mercredi 11 décembre 2019

Cette nuit

Cette nuit, j'ai terminé d'écrire mon premier roman.



La suite se dessine déjà, la relecture et les corrections amorcées le matin venu.
Trois mois, c'est colossal.
Trois mois d'eux et de mes mots, trois mois.
Je suis émue, perdue, n'arrive pas à concevoir que dans quelques jours, ce sera bel et bien fini. Vraiment vraiment fini.



Cette nuit, j'ai terminé d'écrire mon premier roman.
J'en garde le titre, et l'intensité.

mardi 26 novembre 2019

Mardi

Je suis partie, 113 pages et un tatouage, la semaine dernière et novembre en assaillant.
Ce soir, 149 pages et trois tatouages, un mardi épuisant et novembre en exigeant.

J'ai peur de deux ou trois choses que je cache sous une colère mutique.
Je me vois en écrivain raté, meuf aigrie par 'échec.
Alors je me concentre sur la douleur de la cheville toujours enflammée, trois ans merde !, les traits frais sur les bras, le document ouvert.
Je l'ai appelé Le grand jet-pro, TMTC mamène, ne révélerai le titre que si...

Couper, là.
Les écouteurs et des étoiles qui vagabondent, sourire parce que j'écris aussi un peu ça, l'Univers et son intransigeance.
Couper, là.
Juste là.

lundi 11 novembre 2019

Lundi 11 novembre, 23 heures 25

Il faut que je le souffle, que je glisse les mots dans ma bouche.
J'écris un roman.
Quand je le dis, c'est lunaire et magie noire, lunaire et terrifiant, lunaire car évident.
Quand je le dis, je laisse reposer les mots et la certitude que si ça ne marche pas comme je le voudrais, j'en mourrais.
Alors je ne le dis pas, pas trop.
Je me laisse avoir peur, et puis travailler.
Beaucoup travailler.
Selon moi, jamais assez.
Je suis tellement dure avec moi que je pense parfois à mettre mon index sur Suppr et m'endormir.
Essayer de convenir à la vie que je trouve toujours étriquée, aux échanges que je n'arrive pas à mener.

J'écris un roman et je tatoue ma peau, comme ça.
En secret des copains, en leur regard surpris le soir glorieux.
C'est qu'à moi, rien qu'à moi, et c'est beau de m'évider de l'espèce de sacralisation dont on m'avait bernée.
Il a traîné avec des gens peu recommandables, mon corps, il a été mal aimé et aïe baisé.
Je l'ai détesté avec application et le pulvérise encore bien trop.
Alors maintenant, j'en fais ce que je veux.
J'y glisse des verres à limonade si je veux.
Je lui mets un bonnet jaune moutarde à mon corps et même des baskets cool.
Je le promène et l'abrutis de rap, très fort dans les écouteurs, plus fort encore au cœur.

On se rejoint sous les aiguilles, mon corps.


(113 pages.
Putain de merde...
113 pages.
Putain.
J'écris un roman...)

samedi 9 novembre 2019

Extrait, page 69 sur 112


C'était un sortilège, un pacte avec l'horreur.
Une accalmie, le pouce en l'air des enfants suppliciés, l'occasion de créer la magie viscérale en ma mère pour se cacher de l’inéluctable, se diluer avant l'indicible.
Un instant alors, d'accord ?
Un instant...
Juste un.
Pas de décompte, pas encore. On énumérera les pertes plus tard, qu'on nous laisse la simplicité des nombres premiers, alors doucement, doucement et un instant, juste un.
Un.

vendredi 1 novembre 2019

Page 3 sur 100 - Prologue


Je suis la somme des pays perdus, des rivages quittés et des heures ravagées.
Je suis la somme des hommes disparus, des paix oubliées et des terreurs dessinées.
Je suis la somme des nuits oblongues, des nuques caressées et des mots ravalés, consciencieusement digérés.



C'est l'exil des corps, l'abandon des terres, les odyssées dont on aimerait bien se passer.
Ce sont les nébuleuses, la pénombre et l'ivresse de mains sur des mains caressant des pleins et des déliés.
C'est la rive inatteignable.
Et la nuit oblongue.

C'est la lumière qui grésille malgré tout, corps étranger contre une paupière bétonnée.
C'est le sabotage en règle de toutes les lois établies.
C'est la chirurgie des années, sublimées.
Et la nuit, oblongue.

Refuge à portée d'heures, elle reste là, maternelle et meurtrière.
La promesse d'une fin lumineuse, sacrifice salvateur au temps qui s'égare dans les ombres.
La douceur d'un ailleurs en son sein, maternel et meurtrier.

vendredi 18 octobre 2019

86 pages

J'ai perdu le sommeil et du poids, gagné du café et des inquiétudes.

J'écris sur l'exil, regarde des cartes de la Grèce et me rappelle de mythes.
J'écris sur l'univers et les étoiles, guette le ciel même quand je ne le cherche plus.
J'écoute du rap et du rap et du rap, j'essaie de trouver mes mots et pas ceux d'hommes qui disent ce que je ne m'avoue jamais.
J'ai dansé, parce que le corps.
Quand les mots me manquent, tête à l'envers et sang inversé.



Il est 12h41, 42 le temps que je respire et m'accroche à D'où sors-tu ta douceur tue, j'écrivais "D'où sors-tu ta douceur tue ?", Il était 12h10, j'étais de sortie.



Et parce que la marche, préparer le manteau lourd à droite d'un carnet et filer.



mardi 8 octobre 2019

78 pages

J'écris un roman.
J'écris. Un. Roman.

78 pages, ce n'est rien.
78 pages, c'est tout.
Je suis mon pire piège, à banger en écoutant très fort du rap très lourd, alors que je pourrais délier mes doigts et raconter.

Allez.
J'écris un roman.
J'écris un putain de roman !

lundi 12 août 2019

#1

mercredi 7 août 2019

Note d'un mardi

15h04.
A cette heure, des exploits :
- être à la verticale
- avoir couru
- avoir mangé

Je me sens très seule alors qu'au final on ne l'est jamais.
Peut-être qu'il faut épuiser le corps pour tarir l'amer.
Nager et courir, sentir le cœur cavaler pour retrouver la raison.

Alors j'ai couru.
J'ai vu beaucoup de lapins, des écureuils (dont un un peu replet qui a mon amour éternel) et des chemins de terre.

Et vu que rien ne va sortir de cet instant, assise dans le canapé et aussi créative qu'une pince-crocodile, je vais partir.
Faire la vaisselle puis sortir, marcher et revenir, écrire ici et là, respirer jusqu'à ce que vie s'en suive.

lundi 5 août 2019

Note d'un lundi

Et au réveil, la sueur et les cheveux emmêlés, le corps lourd et la peau brûlante.
Nuque humide et nuit tourmentée par un rêve en boucle.
Et sous le robinet, le cou et dimanche en écoulé.



Je ne sais pas trop quoi faire de moi en ce moment.
Et je ne peux pas dire grand chose, parce que d'abord je ne sais pas trop comment ni à qui et puis je ne veux pas qu'on me dise quoi faire alors que personne ne sait.
Je pourrais égorger les "Tu devrais" et les bonnes idées d'enfoirés bien pensants.
Alors je ne dis rien.



J'essaie de remplir le vide de mots, mais je n'en ai pas ni l'envie ni le talent.



Peau à l'odeur de café
Verlaine Ty Miaou sur son bureau
J'écoute ça
Alors que j'écoutais ça tout à l'heure 
Je calcule une fenêtre de tir pour étendre du linge (l'après-midi)
Rêve de nouveau de mer et d'eaux froides (rapport à la Manche)
Hésiter entre un café et du thé
Boire les deux
Pleurer un peu
"Pensées suicidaires"
Mettre une robe et partir
Grignoter des bonbons dans le canapé
Me sentir un peu mal aimée


Et puis partir, encore.


vendredi 2 août 2019

Inlassablement

J'ai souvent l'impression d'être une sclérose, le résultat d'une guerre intime et de l'incendie systématique des victoires.
Il faut travailler pour ne pas se buter.
Je ne sais pas si c'est une histoire d'immaturité ou de tectonique des fractures, je ne sais pas si c'est un ego démesuré ou un saut dans la folie.
Je sais juste que parfois, ça passe à ça.
Ça passe mortellement à ça.
Je ne sais pas vraiment comment on en revient.
On pleure juste et beaucoup.
Enfin non, on ne pleure pas, c'est plus intense, éprouvant et édifiant.
Permettez-moi cette arrogance, j'en ai vraiment chier.
On pleure sa race et ses grands morts, on souhaite en crever mais on en restera là, à l'étourdissement.
On rêve d'en saigner, gorge écrasée et

rien.

Evidemment que ça s'arrête, tu crois quoi ?



Je n'aime pas la certitude que c'est une accalmie.
Mais j'en profite malgré tout, je reviens des Enfers, dévore le soleil et plonge dans le sel.
J'attends comme un clébard guette la branlée d'un maître assassin, comme une ado attendant l'addition de ses échecs.
J'essaie d'oublier que je me déteste avec application et je vis.

Je bois du thé et des livres, des bières et des albums.
Je marche                     marche                     marche et
nage plus loin encore.
Encore plus loin.
Je ris très bien et très fort, parce qu'on va crever très bien et très fort.



Si je devais en tirer une leçon, de tout ça...

Nan, laisse.
Je suis encore bien trop cynique.

jeudi 18 juillet 2019

La planche

La planche de salut.
C'est parfois ça, les jours anxieux.
Les orteils au bord du gouffre, saut de géant ou mots tordus.
Alors faire des choses vagues et vaguement stupides pour ne pas, ou ne plus, ou au contraire.

Kumbhakâsana dandâsana.
Sur le tapis, la fameuse, la d'abord détestée puis vaguement adulée planche.
Pousser le sol, mains et orteils forts, corps aligné et souffle ample.
Être forte à 9 heures, moins à 12 heures, invincible parfois.
Ma posture de repos, c'est chien tête en bas.
Changer les perspectives, imaginer que les soucis tombent du crâne jusqu'au tapis, par le chakra couronne.
Petite trappe, ardoise magique.

La planche.
Sur les vagues se laisser flotter.
Et l'eau lécher le cou, noyer les cheveux et rafraîchir le crâne.
Ecouter.
Laisser le sel caresser ma bouche, chatouiller mes yeux.


Demain, toutes en un jour, escapade et solitude, ciel couvert et corps à nu.

lundi 1 juillet 2019

Note d'un lundi

C'est un lundi gris, à la robe trop courte qui joue sur les cuisses.
J'ai l'impression d'avoir oublié que la température a chuté.

C'est un lundi gris, au goût de sieste au coin des yeux et à la paresse sur l'oreiller.
Un lundi travaillé tôt, ronronnant vite, un lundi qui passera au mardi en moins de temps qu'il n'en faut pour dire fin d'année scolaire.

C'est un lundi gris, à la soif étonnante et aux robes sur la corde à linge.
Des oiseaux y atterrissent parfois, funambules, font sautiller le fil et s'en vont. Alors de leur passage reste un bruissement de coton, du linge même pas froissé et du lin frais. Peut-être qu'ils ne sont pas vraiment là, alors. Peut-être que ce n'est qu'une poésie sur la rétine, une promesse de beaux jours et de chants sacrés.

C'est un lundi gris, au sommeil qui

C'est un lundi gris sieste.

samedi 29 juin 2019

Note d'un samedi

Il est 21 heures 30, et je me dis que le temps de taper ces lettres, il sera 21 heures 31.
Alors le 21 heures 30 du samedi 29 juillet 2019 n'existera plus jamais.

C'était un samedi à la peau qui dore et grésille, au sommeil lourd et long et à la chaleur explosive.
Un samedi où à l'oreille bourdonne encore l'hélicoptère de la gendarmerie et gouttent les glaces à l'eau sur le chemin vers la maison.

Kilomètres de peau nue, rien de salvateur pourtant si ce n'est l'eau glacée assassine aux premiers jets.
Mon estomac fait ce bruit, comme si j'avais créé dedans une nappe phréatique.
Si je reste là, en culotte, un îlot brûlant va naître entre le lino et mon ventre et atomisera l'atmosphère.
Ce n'était donc pas l'idée du siècle de m'allonger ici.
Mais je repousse l'arrachement au sol et regarde.
La pénombre et les ombres, les couleurs qui s'effacent et la lumière qui se fane.
Le chat paresse sur le bureau, et je crois écrire là la chose la plus élémentaire au monde.
Je surprends son regard sur moi, tendre présence à rendre simple.
Pas simplet, non.
Simple.

Je suis devenue simple de ce seul fait : je suis excitée le soir à la perspective de rentrer à la maison et le voir.

Tout comme je deviens simple à l'idée de me lever et filer sous le jet froid cruel, glapir, crier un peu puis sourire.
Peau fraîche pour un instant.

lundi 17 juin 2019

Sur la pointe des pieds


(Il y a du soleil les amis, il n'est pas interdit que j'aille en terrasse avant d'aller bosser)



C'est un peu honteux, de se pointer comme ça, l'air de rien.
De prétendre écrire des choses intéressantes, alors que franchement, l'intime intéresse qui ?
C'est délicat, de me raconter.
Est-ce que je peux encaisser de tout mettre dans des mots qui seront à peine survolés ?
Est-ce que je peux n'écrire que des petites bricoles, comme ça, au risque d'en perdre certains ?

Parce que je ne suis pas certaine que ce soit intéressant, tout ça.
Je suis d'ailleurs persuadée de ne pas être très intéressante. Des histoires de chat, de thé, de moi, ça ne fait pas bander les foules.
Je suis celle qui fait des stories sur Insta et les efface, qui envoie des messages et les efface.
Ne me donnez pas plus de gomme magique.

Alors je vais faire comme si.
Je suis tellement, tellement douée pour ça !



Nous sommes le lundi 17 juin, il est presque 13 heures 30, et le soleil fait son travail de soleil (enfin), Verlaine Ty Miaou son travail de chat (toujours).

Liste d'un certain weekend dans le Nord :
- Ouibus (si long)
- Lille, Béthune, Liévin
- Géniale N.
- Et famille géniale de N.
- Gros chien d'amour
- VSO
- et Maxence, du coup
- Vin blanc dans gobelet en plastique
- Vin blanc dans gobelet en plastique
- Vin blanc dans gobelet en plastique
- Vin blanc dans gobelet en plastique
- Vin blanc dans gobelet en plastique
- Pluie
- Pipi en duo sur un parking
- Moquette d'hôtel
- Couloir d'hôtel
- Droit d'asile
- Bleus partout partout partout partout
- Bercy
- Cinémathèque
- Aire de repos

J'arrête là parce que c'est long et que Verlaine chasse une mouche.
Et j'aime bien quand Verlaine chasse une mouche.
Même si c'est dangereux, quand Verlaine chasse une mouche.

jeudi 25 avril 2019

Ephémère


C'est sûrement cette parcelle de béton qui résume mes étés d'enfance. Carrelage brûlant, béton salvateur, la piscine municipale ouverte sur une ville endormie.
Je me souviens qu'à chaque fois que mes pieds trouvaient ce refuge, je me surprenais à vouloir rester là. A peine quinze centimètres, jonction entre deux températures torrides, seule dans les cris de juillet.

Solitaire des mille lunes.

Les cinquante mètres de nage, regarder le ciel sous l'eau chlorée. Saigner souvent du nez, dilution écarlate dans les couloirs jaunes, comme si j'avais passé mon enfance à me prendre des trempes.


Ils ont rasé la piscine, il y a bien une douzaine d'années.
Puis mon école primaire, l'an dernier.
Ils en ont fait un parking.
Je viens d'un Oural de province, de ces terres qu'on modifie et putréfie, d'hommes qui partent et d'ados qui meurent.
Je viens d'un Oural au béton brûlant qui se fait étonnement refuge, d'un endroit rasé et oublié dont il reste une parcelle sous mon pied gauche, d'un trop loin de la mer et de l'air.
Je viens d'un Oural où tout se sait et rien ne se dit, murmures et on dit toxiques, pépés à gapettes et vieilles presque cruelles.
Je viens d'un Oural où une famille, trop longtemps, et.



D'ici, je vois la mer.
Je regarde les vagues, ondulations des algues et promesse glaciale d'absolution et d'anesthésie salvatrices.
Aujourd'hui, pôle nord dans le thorax.
C'est ma première baignade, mi-avril et pleine inconscience.
Il y a les copains, la rumeur de leur conversation.
Il y a ma voix, bien trop grave pour un jour léger.
« Si on n'y va pas maintenant, on n'ira jamais ».
Je serai la seule à fendre la morsure du sel.
Je serai seule quand ils regarderont mon corps disparaître dans l'aigue-marine.
J'ai l'impression d'être aussi impatiente qu'un chien qu'on s'apprête à lâcher.

Aujourd'hui, pôle nord dans le thorax.
Dans quinze jours, c'est.
Iceberg.
La tête sous l'eau, il paraît que les larmes ne coulent pas.
J'ai mis ma robe des jours de mer, j'ai déjà froid.
Le lin fatigué, des étés entre les mailles.
Je me retourne leur faire coucou.
Trois connards râlant sur un banc.
Mais ce sont mes trois connards, donc ça va.
Et c'est maintenant : lin qui s'envole, bras au ciel gris. Si je me mets sur la pointe des pieds, je pourrais attraper avril, mai, la date fatidique et créer un orage, partir enfin, revenir un peu, jouer les tempêtes et l'insolence.

J'ai beau nager vite, penser à du thé chaud, à la serviette dans mon sac... Mon dos crépite sous le glacial, j'ai tellement froid que j'en ai mal au ventre.
Alors vite, nager.
Viteviteviteencoreplusvite.
Sous l'eau, paraît que les larmes ne coulent pas.
Je compte mes brasses en apnée, attrape du sable et le sens m'échapper.
A la surface, il y a un presque renouveau, un saisissable.
Je regarde ces maisons inestimables et quasi éternelles, jardins qui se précipitent vers la mer.
Je me laisse sentir combien je n'ai plus pied, mes bras se font béton armé, béton brûlant, et je nage.

Ce n'est pas le moment de rêver.
De me chanter des comptines et des espoirs.
De penser au perdu, à l'oublié, à l'abandonné.
C'est le moment de nager.
De fendre l'eau, laisser mes bras s'abattre contre les vagues et mon souffle se perdre.
Vite.
Ma vie tient à des endroits qui n'existent plus et des océans traîtres, des mers mouvantes.
Nager.
Viteviteviteplusviteencoreplusvite

Si j'avais su que c'était si dur, j'aurais souhaité être bercée être un peu plus près du mur.

mercredi 10 avril 2019

La fin des amours



Je pensais vous mettre un autre blues nicotiné, et puis...
Mon Kurt Vile adoré.


Il y a la pile de livres en équilibre précaire sur l'accoudoir, deux tasses de café qui traînent et la carafe ébréchée. Il y a le chat qui paresse au soleil, une photo d'eux, quatre pulls sur le fauteuil et cette tache au plafond. Elle a une forme de chien et quelques nuances de beige. C'est soit un fox-terrier, soit un beagle. Il aurait su, lui.
Il lui donnait des réponses, même quand elle ne voulait pas les avoir. Surtout quand elle ne voulait pas les avoir.
Elle s'étire, regarde ses avant-bras gagner son ciel, sa main masquer le chien. Une marque brune ponctue son index et son majeur. Nicotine blues du départ des amours, elle ne fume qu'après une rupture.
Ado, elle fumait des Pink Elephant. Les chagrins d'amour sentaient la vanille, se dessinaient sous ses yeux en rose bonbon. Elle écoutait cette chanson de Cure, chantait « Friday I'm in love » dans l'ascenseur et attendait l'âge où elle saurait aimer.
A vingt ans, c'était d'indécentes cigarettes avec d'indécents amants, elle se souvient du mec aux Lucky Strike, il y a eu trop de garçons à Camel et elle a fumé des Fleurs du Pays avec cet homme, celui qu'elle a détesté aimer un peu.

Ça faisait longtemps qu'elle ne fumait plus. Depuis la cuisine du Quartier Latin, l'appartement qu'elle partageait avec Constance. Cette fête qui ne prenait pas et le type maussade à la fenêtre. « Vous ne devriez pas laisser le basilic dans son pot en plastique. Il va crever. » C'est ce qu'il a dit quand elle est passée prendre du Sopalin, du sel, « vite vite, ça va tâcher ». Elle ne sait plus trop ce qu'elle a répondu. Elle sait juste que Constance est arrivée en courant, rapport au vin sur la couverture, jurons et joues rouges. Elle râle tout le temps, Constance.
Alors là, dans ce soir aux clopes, elle sourit. Elle sourit Constance et ses pull trop grands, le plaid qui a gardé une tâche bordeaux-lilas, et puis le basilic mort.
Parce qu'évidemment, il avait raison. Il a crevé, le basilic, dans son pot en plastique. Elle l'a rapporté quand ils ont emménagé ensemble, il trouvait cette lubie inquiétante. « Ça va nous porter la poisse, ton truc »

C'est peut-être à cause de lui, la péremption de la tendresse.
C'était en septembre dernier, été indien. Elle n'avait plus ce pincement aux doux quand elle le regardait. Alors elle a continué.
Elle a essayé de rester, de garder, d'aimer.
Mais l'automne passe, l'hiver flambe, et le basilic est sans appel.
Ils ont crevé dans leur pot en plastique.

Elle lui a dit, il y a quelques jours.
« Je ne sais pas si je mérite mieux, et puis c'est méchant. Ce n'est pas que je ne t'aime plus. C'est juste que je n'ai pas envie de t'aimer avec autant de médiocrité »
Il n'a pas dit grand chose, comme d'habitude.
Elle aurait aimé qu'il s'emporte, qu'il hurle, qu'il supplie.
Il a juste fini sa bière, ils sont rentrés en sentant un espace entre leurs deux épaules.
Encore maintenant, elle sait que cet espace avait tant de silences à écorcher, des regrets à n'en plus finir et des remords assassins.

Six ans.
Ça aura duré six ans.
C'est énorme, six ans, ça fait gens sérieux.
Bien trop sérieux.
Elle se demande si maintenant elle peut se permettre de partir en vrille.
Baiser en YMCA et tout plaquer.
Voir l'Amérique latine, enfin, danser pieds nus et boire du rhum, aimer en espagnol et prendre des routes sinueuses vers des endroits dont elle ne sait pas prononcer le nom.

Mais pour le moment, nicotine blues.
Il est temps de pleurer un peu, elle lui doit bien ça, faire un nouveau café, fumer à la fenêtre, regarder les passants sortir de la bouche de métro, Paris se diluer et la nuit s'installer. Attendre que son pote vienne chercher ses cartons, les jours effacer son pouls contre sa peau, son rire au téléphone et ses erreurs de femme pressée.
Briquet.
Nicotine blues.
Et la pluie continue de tomber.

jeudi 7 mars 2019

Colette Marcassin, extrait soudain

"Nan mais regarde-le... Ulysse ! Ulysse ! Lâche ce vers de terre ! Oh nan mais nom de Dieu de NOM DE DIEU, NE LE RENIFLE PAS !"
Béatrice se laissa tomber sur le banc, sur sa maternité et dans le désespoir. Colette hasarda un regard vers elle, essaya de cacher son sourire en coin.
"Il expérimente, ce n'est pas très grave...
- Il expérimente ? Avec des vers de terre ? A sept ans ? Non maman, il est à ça d'être frapadingue, ton petit-fils !
- Non mais... On est frapadingue selon une norme, ma chérie, c'est quoi la norme en ce qui concerne les vers de terre ? Tu devrais être contente d'avoir un enfant conscient de son environnement, conscient de...
-... Allez, c'est parti...
- ... la nature qui l'entoure, des êtres, de l'Autre. C'est une vertu incroyable, ce don de voir l'Autre, même si aussi petit et répugnant qu'un vers de terre. Tiens, d'ailleurs ça aussi c'est une histoire de norme, qui a décidé que les vers de terre sont repoussants ? Non mais vraim...
- Maman... Maman, le camion à crack est de nouveau en bas de l'immeuble ? Je t'ai déjà dit de ne pas passer devant !
- Roh, t'as vu comme t'es !"
Colette écrasa un revers de main reconnaissant sur le bras de sa fille. Reconnaissant pour les petites boutades quasi quotidiennes, la fossette de Béatrice et même le temps gris.
"Et puis ton frère aussi jouait avec des vers de terre, quand il était petit.
- C'est censé me rassurer ?"

lundi 25 février 2019

Note d'un lundi


Vous ne pouvez pas imaginer comme j'aime ce son.
Je pense que ça a été bien un an de ma vie, d'écoute quotidienne et d'ondulations.
Et ce clip... Vous avez vu, ces doubles qui étouffent l'image ?
Mon Dieu...
Oui, oui, le même titre que dans le précédent billet, les mêmes mots...
Mais que voulez-vous...


Il est 21 heures 36.
Nous sommes un lundi et je suis un peu saoule.
J'ai envie de miauler, d'étirer mes bras jusqu'aux automnes et sentir mon dos se crisper et se détendre, le sommeil m'envelopper et les beaux jours arriver.
Je ne sais pas comment accueillir la chaleur.
Je souris au soleil mais tremble en voyant le mercure grimper, j'ai peur des deuils des jours d'été et.

Nom de Dieu, je suis bien trop ivre pour un lundi.
Je vois des diagonales qui dansent, j'ai un rictus au creux de la fossette et les sourcils qui se haussent quand j'essaie de réfléchir.
Réfléchir à "comment j'en suis arrivée là ?"
(J'ai débouché une bouteille pour fêter la castration de mon Verlaine Ty Miaou)

Lisez donc Le coeur battant de nos mères.
C'était génial et ça a fait mon week-end.

Des bises.


lundi 11 février 2019

Note du Lundi


(Ce titre, c'est presque un an de ma vie.)


Il est presque 22 heures, un lundi où il y a eu du gris, un peu de pluie, puis une belle lumière. Et du vent, un peu.
J'avais juste mon sweat pour aller à la piscine, et c'était exactement ça.
De la lumière et du vent frais, la promesse des muscles qui s'allongent et du souffle qui combat toutes les rafales des lundis de février.

Il y a eu ce moment à la piscine où j'ai senti que j'allais pouvoir nager encore des kilomètres et des kilomètres.
Il y avait le couloir offert qu'à mes brasses, les musiciens qui s'ajustaient pour un prochain concert et mes muscles chauds.
C'était drôle, de passer de ce silence plein à ces voix qui s'élevaient sous la voûte de la piscine.
Je ne sais plus trop à quoi je pensais, peut-être à mars, à ma cheville blessée, à un livre, à à à à à.
J'écoutais mon souffle et sentais mes épaules.

Demain, encore, le couloir à moi.
Mais avant, le sommeil salvateur et.
Et ?

J'espère que vous allez comme vous voulez aller.