jeudi 7 mars 2019

Colette Marcassin, extrait soudain

"Nan mais regarde-le... Ulysse ! Ulysse ! Lâche ce vers de terre ! Oh nan mais nom de Dieu de NOM DE DIEU, NE LE RENIFLE PAS !"
Béatrice se laissa tomber sur le banc, sur sa maternité et dans le désespoir. Colette hasarda un regard vers elle, essaya de cacher son sourire en coin.
"Il expérimente, ce n'est pas très grave...
- Il expérimente ? Avec des vers de terre ? A sept ans ? Non maman, il est à ça d'être frapadingue, ton petit-fils !
- Non mais... On est frapadingue selon une norme, ma chérie, c'est quoi la norme en ce qui concerne les vers de terre ? Tu devrais être contente d'avoir un enfant conscient de son environnement, conscient de...
-... Allez, c'est parti...
- ... la nature qui l'entoure, des êtres, de l'Autre. C'est une vertu incroyable, ce don de voir l'Autre, même si aussi petit et répugnant qu'un vers de terre. Tiens, d'ailleurs ça aussi c'est une histoire de norme, qui a décidé que les vers de terre sont repoussants ? Non mais vraim...
- Maman... Maman, le camion à crack est de nouveau en bas de l'immeuble ? Je t'ai déjà dit de ne pas passer devant !
- Roh, t'as vu comme t'es !"
Colette écrasa un revers de main reconnaissant sur le bras de sa fille. Reconnaissant pour les petites boutades quasi quotidiennes, la fossette de Béatrice et même le temps gris.
"Et puis ton frère aussi jouait avec des vers de terre, quand il était petit.
- C'est censé me rassurer ?"

lundi 25 février 2019

Note d'un lundi


Vous ne pouvez pas imaginer comme j'aime ce son.
Je pense que ça a été bien un an de ma vie, d'écoute quotidienne et d'ondulations.
Et ce clip... Vous avez vu, ces doubles qui étouffent l'image ?
Mon Dieu...
Oui, oui, le même titre que dans le précédent billet, les mêmes mots...
Mais que voulez-vous...


Il est 21 heures 36.
Nous sommes un lundi et je suis un peu saoule.
J'ai envie de miauler, d'étirer mes bras jusqu'aux automnes et sentir mon dos se crisper et se détendre, le sommeil m'envelopper et les beaux jours arriver.
Je ne sais pas comment accueillir la chaleur.
Je souris au soleil mais tremble en voyant le mercure grimper, j'ai peur des deuils des jours d'été et.

Nom de Dieu, je suis bien trop ivre pour un lundi.
Je vois des diagonales qui dansent, j'ai un rictus au creux de la fossette et les sourcils qui se haussent quand j'essaie de réfléchir.
Réfléchir à "comment j'en suis arrivée là ?"
(J'ai débouché une bouteille pour fêter la castration de mon Verlaine Ty Miaou)

Lisez donc Le coeur battant de nos mères.
C'était génial et ça a fait mon week-end.

Des bises.


lundi 11 février 2019

Note du Lundi


(Ce titre, c'est presque un an de ma vie.)


Il est presque 22 heures, un lundi où il y a eu du gris, un peu de pluie, puis une belle lumière. Et du vent, un peu.
J'avais juste mon sweat pour aller à la piscine, et c'était exactement ça.
De la lumière et du vent frais, la promesse des muscles qui s'allongent et du souffle qui combat toutes les rafales des lundis de février.

Il y a eu ce moment à la piscine où j'ai senti que j'allais pouvoir nager encore des kilomètres et des kilomètres.
Il y avait le couloir offert qu'à mes brasses, les musiciens qui s'ajustaient pour un prochain concert et mes muscles chauds.
C'était drôle, de passer de ce silence plein à ces voix qui s'élevaient sous la voûte de la piscine.
Je ne sais plus trop à quoi je pensais, peut-être à mars, à ma cheville blessée, à un livre, à à à à à.
J'écoutais mon souffle et sentais mes épaules.

Demain, encore, le couloir à moi.
Mais avant, le sommeil salvateur et.
Et ?

J'espère que vous allez comme vous voulez aller.

lundi 17 décembre 2018

Colette Marcassin, 2016

Voilà.
Se dessine en moi de nouvelles années de ma Colette.
Les premiers mots, c'était en 2016.
Je l'ai laissé quelques mois, mais je pense souvent à elle.
Souvent, très souvent.
Je sais qui elle fréquente, ce qu'elle porte pour dormir et où elle promène son chien.
J'aime l'odeur de ses bises et la vue depuis son salon.
Colette n'existe qu'en moi, un peu en vous depuis quelques heures, et c'est chouette façon fanfare et concours canin où le but est seulement d'être mignon.
Colette Marcassin.
Colette Marcassin...


Elle marchait à petits pas pressés dans un Paris pluvieux. Elle esquivait les plaques d'égouts, échaudée par la chute. La fameuse chute, celle qui lui avait valu fracture-col du fémur-entre quatre murs et enfants-parents au regard « Que va-t-on faire d'elle ? » rageant.

Elle, c'est Colette. Colette Marcassin, 77 ans, une passion immodérée pour l'immodéré, les croissants les matins de semaine et les pains au chocolat les matins de week-end, la consommation appliquée de deux verres de vin par jour et d'un carré de chocolat avec le café. Colette Marcassin, c'est les parties de Scrabble avec les copines le mardi et le vendredi dans le café un peu chic, avec une boîte de pâtisseries (« on n'est pas des sauvages, quand même »). Colette Marcassin, c'est une dame conciliante, qui a bien voulu suivre le conseil farfelu d'un jeune médecin farfelu. « Marchez, au moins ! ». C'est ce qu'il avait dit, en baissant un peu les armes concernant son cheval de bataille. L'ubuesque, l'incompréhensible, le « on en a entendu parler mais on ne l'a jamais vu », le vénérable Rééquilibrage alimentaire. C'est ça, son flambeau, ce qui l'anime en ouvrant la porte aux mamies en phase de dodusation. Alors il lui a dit de marcher, au moins, un peu, quand même, voyons. Il a baissé les bras, oui. Mais si vous n'avez jamais essayé de mettre une vénérable vieille dame au régime, vous ne savez pas ce que c'est. Il avait abdiquer le jour où Colette Marcassin avait fini par enfiler son manteau en agitant un doigt autoritaire et en bramant « Au régime ?! J'ai fait attention toute ma vie, monsieur, alors maintenant, je mange. Je mange ! »

Colette ne se goinfre pas. Elle ne bouffe pas. Elle mange. Elle déguste. Elle cherche. Parce que ce que notre jeune chevalier ne sait pas, c'est que Colette marche pour la gastronomie, rien que ça. Elle marche pour rencontrer le meilleur pain de seigle de Paris, elle marche pour entrer dans une chocolaterie willywonkée, elle marche pour débusquée le maraîcher le plus attentionné. Elle marche pour la liberté de manger.

Colette part tous les matins à 8 heures 45. Elle dit à Pascal, son chien (un épagneul très con mais fort sympathique au demeurant) : « je pars en reportage ». Elle croise son regard implorant en fermant la porte et se promet de lui ramener un souvenir. Un bout de brioche, un os à moelle, une anecdote. Je vous laisse deviner vers quelle offrande le cœur du noble animal balance.

samedi 24 novembre 2018

Novembre en samedi





Je n'ai pas tellement envie de dire des choses ni d'en écrire d'autres.
Des mots se bousculent et d'autres dégringolent, se camouflent dans les vapeurs du brouillard.
Mes doigts froids effleurent ma nuque, jaugent les mèches. Dois-je encore couper quelques boucles, raccourcir et amputer ? On verra. On verra sur l'oreiller et sous la douche, on verra dans la paresse et les élans fébriles.

Mon ventre se tord d'un apprentissage. Apprendre à manger et.
Oh, rien que de l'écrire (j'allais taper "équilibre", c'est drôle), je sais que j'ai un travail fou. Et là, j'allais écrire fourbe.



J'entends des hommes parler sur la terrasse du bar, voix graves. Je ne distingue pas les mots, entends juste un bourdonnement, un rire féminin.
Et mes doigts froids, si froids.



Verlaine prend une place folle sur le canapé, flanc doux et patte sur le museau.



Un thé ?
Oui, peut-être.
Mais surtout, là, 22h27 : le lit.

vendredi 9 novembre 2018

Vendredi sur novembre en automne


Encore des bornes à faire.



Sur le bras gauche, la blessure.
Sur la main droite, l'autre blessure.
A gauche, Verlaine, le chat mignon mais en plus mignon parce que c'est mon chat.

Je me suis réveillée écrasée, troublée et défaite.
Il y avait pourtant cet endroit entre mes omoplates, le triangle de la solitude, celui qu'on ne peut pas toucher seul. Il était apaisé et vibrant de calme.
J'aime me dire que quelqu'un l'a caressé et béni pendant mon sommeil.



13 heures 58.
Appartement ouvert sur mes espoirs de froid.
Verlaine s'endort, rêve un peu. Une moustache tremble, minuscule mouvement de patte et variations de souffle.

14 heures.
J'ai l'impression de devoir lutter, à cet instant précis.
Mais je ne sais pas trop contre quoi.
Sûrement moi, encore et toujours.
C'est toujours moi.

14 heures 01.
Comment vais-je trouver un jour l'apaisement complet ?
Quels mots seront là pour me repêcher ?
Soirs délirants et pensées obsessionnelles.

14 heures 02.
Pourtant, bizarrement, ça va.
C'est inconcevable, mais ça va.
Je pense que j'ai un peu peur.
Cet apaisement relatif rend les morsures bien plus effrayantes.
Comme un plein phare et mon regard sur une ombre qui s'étale sur tout un souffle.



14h04.
La traque.

mardi 6 novembre 2018

Novembre


Je crois que j'écoutais ça à cette époque.
Paris la nuit, à l'arrière d'un scooter.
Je me retourne et regarde les arbres du boulevard me bénir sur mon passage, le vent me gifle et m'enlace. 
En rentrant, on a fait l'amour sur le parquet. Il y avait des gouttes de pluie près de la fenêtre et le tapis faisait un pli sous la table basse.


Dans un bol, la soupe.
A la fenêtre, les bougies.
Dans la cour, les feuilles.
Sur la corde à linge, rien.
Dans la tasse, le thym.
Sur les épaules, un manteau sur un gilet sur une blouse sur un tee-shirt.
Poche droite, des mitaines.
Poche gauche, un bonnet.
Sur les bras, un vague flou de l'été, cicatrices qui se fondent dans la peau.
Sur les cuisses, chair de poule des matins loups.
Aux pieds, deux paires de chaussettes et un monde glacial entre les orteils.
Dans le canapé, un plaid et un livre, le chat et une nuit infinie.



Avec application, le magnésium dans le petit verre rose de la salle de bain, le lainage dans lequel je me cache et mes bras qui s'étirent s'étirent s'étirent s'étirent.
Ventre couleur pleine Lune offert aux dénouements, ils atteindront un jour un monde céleste.
Cristaux de palpitants sous les ongles, poignets mordus de regards étrangers et peau caressée de dialectes ancestraux.
Les pieds sur le carrelage, je regarde le terrier se refléter dans les fenêtres, nuit opaque troublée par l'éclairage de la ruelle.
Je tapote avec mon majeur droit l'os de ma pommette puis mon front, os contre os rassurant et inexplicable.
Je repense à cette étreinte, en animal et en craque-moi, en peaux éprouvées et en yeux révulsés, en souffles perdus et oublis lovés.
Je ne me souviens plus du nom de sa rue.
Il avait une constellation sur le bras gauche et une cicatrice sous le nombril.



Les pieds sur le carrelage, tempêter novembre.
Craque-moi.