dimanche 20 mai 2018

Soir de deuil


(Parfois, dans mes soirs chagrins)



Il y a des soirs comme ça.
Quelques mots, dire et se raconter, confier et se détricoter, quand soudain, en grand, géant, néon et montagnes russes : il me manque.

Ce soir, j'aimerais l'odeur de son tabac dans la cour, son silence. Juste un rien de lui, du lui dans rien.
Si je me concentre fort, ferme les yeux, invoque avec tendresse violente et tendre violence son image, il sera là.
Vivre sans lui et avec sa mort.
Vivre sans lui et

Là, tout de suite, je regarde devant moi la clef dans la porte, et mes yeux en marée haute.
La nuit sera vaguement grinçante, viens me hanter s'il te plaît.

Respirer.
Evidemment, ça fait mal.
Mais je le fais bien, ce aïe.
Tout ira bien.



Alors, on se tient.
Des mots et trois choses magiques, on se tient.
Dans mon sac, tissu à nouer et sécateur, coin à fleurs débusqué à explorer, on se tient.
Pieds nus sur le tapis, muscles des bras en costaud Jojo, on se tient.
Des riens annulés pour l'honorer, on se tient.
On se tient ?
"Il y a ce rocher qui est bien, et ma main qui est là", ce qu'il a dit sur une plage il y a des années.



On se tient.
Tenez-moi.
Rocher un peu haut et pieds nus.
Depuis lui, dans mon pied gauche, un petit os arraché mal réparé.
Du deuil physique, à vie une dilution.



On se tient.

samedi 19 mai 2018

De la magie douce


(J'ai reçu un email concernant cet homme.
Je suis émue, touchée, fière.
La vie est un beau hasard.
Et je laisse quelques magies derrière moi, c'est doux)



Au réveil, j'étais déçue d'être moi.
Je n'aimais pas grand chose, je m'exaspérais d'être.
Mais j'ai su me sauver la peau, et c'est rassurant de voir que j'ai désormais les clefs.

Aujourd'hui, du beau en cotillon :
- Les gentillesses de la secrétaire du cabinet d'analyses, cette femme qui rit à mes blagues et mes contes du rien. Elle m'a dit que j'étais... Oh... Rougissement jusqu'au nombril.
- La discussion avec le chef du resto voisin, sur les histoires du quartier et mon potager urbain.
- La fleur ramassée par terre au parc.
- Le bière dans l'herbe avec les copains.
- Savoir que et sourire de.
- Les jolis emballages reçus, résultat d'un troc avec Elle Emballe.
- La merlette qui grignote dans la cour. Depuis trois jours, je me fais croire que c'est chaque soir la même invitée qui sautille sur le béton et piaille de joie.




Il y a le frais du soir, gilet dans lequel se glisser.
C'est mon gilet timide, celui dans lequel je peux me cacher théâtralement quand on me dit une beauté.
C'est toujours pratique, la rigolade quand on est gêné.
C'est un peu se saboter aussi, tourner en dérision le mignon.
Mais une étape à la fois, calmons-nous.



Dans quelques jours, la visite.
Une jamais rencontrée, papotages entre filles et une soirée.
En flash éclair, moins de temps qu'il n'en faut pour dire "magie d'Instagram et d'un jeudi en confettis".
Ça me rappelle le soir où des copains ont dormi à la maison. Deux dans la cuisine, deux sous une tente dans la cour.
C'est doux et ça me fait courir jusqu'à lundi (attends Mathilde, mets d'abord les bières au frais).

vendredi 18 mai 2018

Frissons d'été


(Petite danse hystérique dans l'appartement)



C'est l'heure des frissons d'été.
Ceux qui font grésiller la peau après le soleil.
Ceux qui délassent le dos mais crispent les bras.



Je ne sais pas trop quoi vous raconter.
Je ne sais pas si ça vous intéresse.



Il y a les sandales rangées dans le placard, le sac abandonné dans la cuisine.
Je suis rentrée vite vite vite, traversant en regardant encore moins que d'habitude, parce que j'avais très faim.
Là, tout de suite, il y a des messages de la rigolade, la tisane terminée et la petite vaisselle.
Le yoga qui m'attend (Love you Adriene, to the moon and back), le sommeil en tout léger.

Dans mon demain, il y a le grand test du granola fait cet après-midi (crevure de hippie), la sauge et le romarin à marier pour faire des bâtons de fumigation (crevure de hippie) et le running (crevure tout court). C'est un jour off (CREVURE !).



Je ne sais pas trop quoi vous raconter.
Je ne sais pas si ça vous intéresse.



J'ai vu un chien mignon très pressé, des moineaux patrouillés au-dessus de mon soir et mes plantes se noyer sous les sucs du sureau.
J'ai écouté de la musique dans le métro, pieds fourmillant des frappes rapides contre le bitume, sac glissant de l'épaule bronzée.



Prenez soin de vous.
C'est la grande heure, celle où on peut écouter le nouveau Beach House (le son d'hier, oui) et laisser le jour se diluer dans les petites ombres étirées.





jeudi 17 mai 2018

Et soudain


(Le nouvel album de Beach House. 
Ce son, c'est mon soir.
Jambes nues et pieds échauffés des nouvelles sandales. Celles qui me font appeler Spartacus et dire bonjour en grec (Kaïré !))


C'était beau ce jour.
J'ai traîné et travaillé, couru au parc alors que je m'étais dit que j'allais juste marcher un peu.
C'était beau ce jour, comme un "ohla, fait chaud hein !" chez le primeur et la gourde d'eau qu'on remplit à une fontaine.

Ce soir, j'ai arrosé mon gang végétal, une oreille distraite suivant le match.
Je rêvais d'hommes ivres de joie et de sauts dans le vieux port.
J'aime bien le foot mais adule surtout les bonheurs autour, les inquiétudes et les mains sur la tête après une action malheureuse, les copains qui s'enlacent dans les tribunes et les voitures qui klaxonnent.
Désolée l'OM, désolée les supporters.
Vous étiez tout de même très beaux.
Encore plus beaux que ce jour.



Je suis sortie prendre l'air, tongs aux pieds et mains dans les poches.
Et soudain, j'ai vu cet homme.
Fouillant les poubelles.
Je l'appelle en souriant, un "Monsieur ?" et la fausse assurance que je me brode au cœur.
Sa voix à lui est fluette et douce.
Quelques mots et je repars à la maison.
Attrape dans un gros pain au levain et quelques fruits.
Et les douleurs.
A quel moment ce pays a merdé ?
On vend des avions et des armes, on attire des touristes et des investisseurs, on.

On laisse des hommes dormir dehors.
On laisse des hommes se nourrir de nos poubelles.

On apprend à être plus productif, plus épanoui, plus sportif, plus relaxé, plus spirituel, plus plus plus plus.
On consomme toujours plus plus plus plus. On se bat étonnement contre ça. Me plonger dans le délire Zéro Déchet et Minimalisme me fait mesurer combien j'étais habituée à avoir.
Mais si un jour, un compte Instagram se met en tête de partager comment donner plus plus plus plus, je signe.
Si un jour une chaîne Youtube se lance pour montrer comment être pour les autres plus plus plus plus, je signe.



Aujourd'hui, j'ai donné à cet homme à manger. Gros pain au levain, pommes et bananes. 
A un autre de l'eau et un peu d'argent.
A une femme quelques mots.

Je ne me sens pas utile.
Je ne me sens pas fière.
Je me sens désarmée.

C'est à nous de gérer ça.
Faisons un truc.
Par pitié, faisons un truc.

mercredi 16 mai 2018

Sous la glycine


(Parce que j'ai acheté un pack de blanches en prévision de ce weekend. Et que ça m'a fait penser à certaines d'entre vous. 
Et avoir une culotte en introduction de billet, c'est sans prix)


Je n'ai pas très envie d'écrire ce soir.
Alors je vais écrire que je n'ai pas envie, et c'est déjà écrire.

Il y a le linge à enfin ramasser, le kale à planter et les plantes à arroser.
La vaisselle à faire, les pieds à masser et les cheveux à détacher.
Le mauvais temps est censé arriver demain, je ne suis pas prête.

J'ai hâte.
De lundi et d'une visite, de rigolades et de wahou wahou.
Il y a aussi une magie drôle avant, un truc à taire qui me fait sourire.



Il y a l'odeur de la glycine, le vent du soir frais et les rigolades écrites aux copains.



Je n'ai pas très envie d'écrire ce soir.
Je vais me faire un petit thé, réchauffer mes bras frissonnants et vous dire des mignons.

Vous êtes plus wahou qu'un matin d'avril.
Vous êtes plus mignons que des lol cats.
Vous êtes estimés et importants.

Je vous estime.
Vous m'êtes importants.

Prenez soin de vous.



mardi 15 mai 2018

Distillerie de sommeil


(Dans ma playlist de yoga de ouf)



23 heures 18.
Au coin des lèvres, une rigolade et des bâillements.
La journée a été riche en émotions, rebondissements et épuisements.
J'occulte un peu et décide clairement de faire de mon bien-être émotionnel une priorité.
C'est dans cette situation que je mesure que j'ai changé depuis quelques temps.
Avant, j'aurais subi.
Désormais, je mets de la distance.
Je mérite d'aller bien, alors il n'y a rien d'égoïste à choisir de ne pas s'impliquer dans un désastre jusqu'aux os.



J'ai vu R. et ses chiens.
Je lui ai acheté des bagels au Super U, des bananes et de la bonne brioche du coin.
Je lui ai rapporté de la maison de l'huile essentielle de laurier noble, pour ses dents.



Je suis enchantée de certaines paillettes de ce soir :
- Votre gentillesse et vos rigolades à mes blagues (on se rejoint au Badaboum, on racontera des blagues de camionneur).
- Les vidéos de capybaras (à quand un lol capybara ?)
- Le basilic géant (la plante, pas le serpent) acheté chez le maraîcher. Entretenir un basilic, c'est être scrupuleux sur l'arrosage, il ne faut pas déconner. Les feuilles qui font grise mine et c'est fichu. Ce nouveau plant est vraiment vraiment grand, j'ose espérer qu'il garde cette étoffe.
- La tisane qui m'attend et mon pyjama que je guette.
- Les perspectives de nouvelles marrades.
- Le jardinage qui m'attend demain.



Rideau.
Genre d'un coup.
Lentilles enlevées, cheveux pas coiffés encore plus décoiffés et chaussettes jetées dans le panier dans un magnifique lancé.

lundi 14 mai 2018

Faisons un truc


(Pas de musique aujourd'hui, mais ma nouvelle inspiration. 
J'aimerai trouver sur Rennes quelqu'un de motiver pour proposer un coup de peigne et de la papote)


En ce moment, beaucoup de choses me révolte, me bouleverse, me trouble.
J'ai toujours été très (rajoutez une puissance et des adjectifs) émotive, mais j'ai l'impression que ça caresse une empathie décuplée.
Ce n'est pas une impression d'ailleurs, mon psychiatre comme ses confrères en conviennent : être très émotif permet plus facilement de se mettre à la place des autres, et donc d'éprouver une profonde empathie.

Depuis quelques semaines, après de nouvelles rencontres avec des jeunes bouleversants assis sur des trottoirs, ma révolte : nous sommes dans un pays qui envoie des mecs dans l'espace et crée de nouvelles applications chaque jour mais nous ne sommes pas foutus de faire en sorte que chacun mange à sa faim et dorme à l'abri.

Il y a R., dite Nini Peau de Chien, rencontrée vendredi après-midi en bas de ma rue. Je vous en ai parlé vaguement ici, et suis inquiète parce que je ne l'ai pas vue hier. J'avais pris du pain et des pommes, ça attend dans la cuisine. J'espère la voir demain. Je lui avais promis un petit café...
Quatre chiens et un joint, une allure dégingandée et une gouaille touchante.
Je lui dépose deux euros, lui demande si elle va bien et si je peux faire quelque chose pour elle.
C'est important, ces deux questions.
Parce que ça m'intéresse, de savoir si elle a bien dormi, si elle a soif, si elle a besoin d'un truc précis.
On parle longtemps, elle me présente ses chiens.
Elle me raconte un peu sa vie, on rit beaucoup.
D'un point de vue matériel, je lui ai donné des vêtements, un casserole, une cafetière à l'italienne, de la nourriture, un téléphone, de l'eau, une couverture, du Paracétamol, et, et, et. De l'écrire, son sac pèse dans mon dos.
D'un point de vue émotionnel, elle m'a donné son année de galère.
Elle a 25 ans, perdu 5 centimètres selon un médecin à cause de son lourd bagage quotidien, a connu deux tentatives de viol, a failli se faire voler un de ses chiens, doit se faire soigner les dents, et...

Non mais vous vous rendez compte ?
On a vendu des avions et des armes à des nations mais on laisse des nanas comme elle à la rue.
On a laissé des hommes mourir sur des trottoirs, des jeunes hommes se faire violer dans des squats, des femmes se défoncer dans des camions.
Il y a des centres d'hébergement de nuit, ok, mais vous savez quoi ? Il y a la violence, les agressions sexuelles, les vols, les chiens qu'on ne peut pas emmener.
La rue, c'est la vulnérabilité.
La santé qui décline, le corps en objet.
Et tant d'autres terreurs, mes yeux se noient et je secoue la tête.



Je donne des trucs et du temps, de l'estime et des mots.
Mais j'ai l'impression que c'est vain.
Je me suis déjà engagée bénévolement, mais je n'avais pas l'impression de faire bouger les choses.
Le Samu social me désespère. Un jeune homme m'a dit qu'il les voyait souvent passer, mais ils ne s'arrêtaient jamais, il ne leur a jamais parlé...



Mais merde, révoltons-nous !
Ce n'est la priorité d'aucun parti. AUCUN !
Faisons des choses, donnons de soi.
Visiblement, c'est à nous de gérer ça.
Un euro, ce n'est même pas une baguette de pain.
Une banane.
Un peu d'eau.
Une blague.
Un bonjour.
Ce n'est rien.
Et c'est pourtant beaucoup.

Il existe des cafés et des repas suspendus dans certains bars, guettez.
Il y a des frigos solidaires.
Il y a l'action Gamelles Pleines pour les chiens.
Il y a l'application Homeless Plus, pour créer un petit réseau de bras forts.
Il y a toujours beaucoup de bouffe dans nos placards, il y a votre déjeuner qui ferait pour deux. Une boîte en plastique, vos baskets et demandez poliment si ça leur ferait plaisir.

Il y a nous.

Je fais du café l'hiver pour ceux qui font la manche dans mon quartier.
Je donne de l'eau l'été pour humains et chiens.
Je donne des vêtements que je récupère à droite à gauche.
J'ai des petits kits pour les femmes. Je n'achète des serviettes hygiéniques jetables uniquement pour ces petits kits. J'ai réalisé il y a si peu de temps, grâce à une initiative anglaise, que c'était une galère sans nom de vivre ses règles sereinement quand on est à la rue. Accès compliqué à l'intimité des toilettes, produits chers.
Je...
Et aussi...
Je me sens un peu utile et pourtant si, si, si loin d'arriver à un truc.

Faisons quelque chose.
Je vous en supplie, faisons un truc.
Ce n'est pas possible.
Nous sommes en 2018, elle a 25 ans et dort dehors depuis plus d'un an.

Faisons un truc.