lundi 17 décembre 2018

Colette Marcassin, 2016

Voilà.
Se dessine en moi de nouvelles années de ma Colette.
Les premiers mots, c'était en 2016.
Je l'ai laissé quelques mois, mais je pense souvent à elle.
Souvent, très souvent.
Je sais qui elle fréquente, ce qu'elle porte pour dormir et où elle promène son chien.
J'aime l'odeur de ses bises et la vue depuis son salon.
Colette n'existe qu'en moi, un peu en vous depuis quelques heures, et c'est chouette façon fanfare et concours canin où le but est seulement d'être mignon.
Colette Marcassin.
Colette Marcassin...


Elle marchait à petits pas pressés dans un Paris pluvieux. Elle esquivait les plaques d'égouts, échaudée par la chute. La fameuse chute, celle qui lui avait valu fracture-col du fémur-entre quatre murs et enfants-parents au regard « Que va-t-on faire d'elle ? » rageant.

Elle, c'est Colette. Colette Marcassin, 77 ans, une passion immodérée pour l'immodéré, les croissants les matins de semaine et les pains au chocolat les matins de week-end, la consommation appliquée de deux verres de vin par jour et d'un carré de chocolat avec le café. Colette Marcassin, c'est les parties de Scrabble avec les copines le mardi et le vendredi dans le café un peu chic, avec une boîte de pâtisseries (« on n'est pas des sauvages, quand même »). Colette Marcassin, c'est une dame conciliante, qui a bien voulu suivre le conseil farfelu d'un jeune médecin farfelu. « Marchez, au moins ! ». C'est ce qu'il avait dit, en baissant un peu les armes concernant son cheval de bataille. L'ubuesque, l'incompréhensible, le « on en a entendu parler mais on ne l'a jamais vu », le vénérable Rééquilibrage alimentaire. C'est ça, son flambeau, ce qui l'anime en ouvrant la porte aux mamies en phase de dodusation. Alors il lui a dit de marcher, au moins, un peu, quand même, voyons. Il a baissé les bras, oui. Mais si vous n'avez jamais essayé de mettre une vénérable vieille dame au régime, vous ne savez pas ce que c'est. Il avait abdiquer le jour où Colette Marcassin avait fini par enfiler son manteau en agitant un doigt autoritaire et en bramant « Au régime ?! J'ai fait attention toute ma vie, monsieur, alors maintenant, je mange. Je mange ! »

Colette ne se goinfre pas. Elle ne bouffe pas. Elle mange. Elle déguste. Elle cherche. Parce que ce que notre jeune chevalier ne sait pas, c'est que Colette marche pour la gastronomie, rien que ça. Elle marche pour rencontrer le meilleur pain de seigle de Paris, elle marche pour entrer dans une chocolaterie willywonkée, elle marche pour débusquée le maraîcher le plus attentionné. Elle marche pour la liberté de manger.

Colette part tous les matins à 8 heures 45. Elle dit à Pascal, son chien (un épagneul très con mais fort sympathique au demeurant) : « je pars en reportage ». Elle croise son regard implorant en fermant la porte et se promet de lui ramener un souvenir. Un bout de brioche, un os à moelle, une anecdote. Je vous laisse deviner vers quelle offrande le cœur du noble animal balance.

samedi 24 novembre 2018

Novembre en samedi





Je n'ai pas tellement envie de dire des choses ni d'en écrire d'autres.
Des mots se bousculent et d'autres dégringolent, se camouflent dans les vapeurs du brouillard.
Mes doigts froids effleurent ma nuque, jaugent les mèches. Dois-je encore couper quelques boucles, raccourcir et amputer ? On verra. On verra sur l'oreiller et sous la douche, on verra dans la paresse et les élans fébriles.

Mon ventre se tord d'un apprentissage. Apprendre à manger et.
Oh, rien que de l'écrire (j'allais taper "équilibre", c'est drôle), je sais que j'ai un travail fou. Et là, j'allais écrire fourbe.



J'entends des hommes parler sur la terrasse du bar, voix graves. Je ne distingue pas les mots, entends juste un bourdonnement, un rire féminin.
Et mes doigts froids, si froids.



Verlaine prend une place folle sur le canapé, flanc doux et patte sur le museau.



Un thé ?
Oui, peut-être.
Mais surtout, là, 22h27 : le lit.

vendredi 9 novembre 2018

Vendredi sur novembre en automne


Encore des bornes à faire.



Sur le bras gauche, la blessure.
Sur la main droite, l'autre blessure.
A gauche, Verlaine, le chat mignon mais en plus mignon parce que c'est mon chat.

Je me suis réveillée écrasée, troublée et défaite.
Il y avait pourtant cet endroit entre mes omoplates, le triangle de la solitude, celui qu'on ne peut pas toucher seul. Il était apaisé et vibrant de calme.
J'aime me dire que quelqu'un l'a caressé et béni pendant mon sommeil.



13 heures 58.
Appartement ouvert sur mes espoirs de froid.
Verlaine s'endort, rêve un peu. Une moustache tremble, minuscule mouvement de patte et variations de souffle.

14 heures.
J'ai l'impression de devoir lutter, à cet instant précis.
Mais je ne sais pas trop contre quoi.
Sûrement moi, encore et toujours.
C'est toujours moi.

14 heures 01.
Comment vais-je trouver un jour l'apaisement complet ?
Quels mots seront là pour me repêcher ?
Soirs délirants et pensées obsessionnelles.

14 heures 02.
Pourtant, bizarrement, ça va.
C'est inconcevable, mais ça va.
Je pense que j'ai un peu peur.
Cet apaisement relatif rend les morsures bien plus effrayantes.
Comme un plein phare et mon regard sur une ombre qui s'étale sur tout un souffle.



14h04.
La traque.

mardi 6 novembre 2018

Novembre


Je crois que j'écoutais ça à cette époque.
Paris la nuit, à l'arrière d'un scooter.
Je me retourne et regarde les arbres du boulevard me bénir sur mon passage, le vent me gifle et m'enlace. 
En rentrant, on a fait l'amour sur le parquet. Il y avait des gouttes de pluie près de la fenêtre et le tapis faisait un pli sous la table basse.


Dans un bol, la soupe.
A la fenêtre, les bougies.
Dans la cour, les feuilles.
Sur la corde à linge, rien.
Dans la tasse, le thym.
Sur les épaules, un manteau sur un gilet sur une blouse sur un tee-shirt.
Poche droite, des mitaines.
Poche gauche, un bonnet.
Sur les bras, un vague flou de l'été, cicatrices qui se fondent dans la peau.
Sur les cuisses, chair de poule des matins loups.
Aux pieds, deux paires de chaussettes et un monde glacial entre les orteils.
Dans le canapé, un plaid et un livre, le chat et une nuit infinie.



Avec application, le magnésium dans le petit verre rose de la salle de bain, le lainage dans lequel je me cache et mes bras qui s'étirent s'étirent s'étirent s'étirent.
Ventre couleur pleine Lune offert aux dénouements, ils atteindront un jour un monde céleste.
Cristaux de palpitants sous les ongles, poignets mordus de regards étrangers et peau caressée de dialectes ancestraux.
Les pieds sur le carrelage, je regarde le terrier se refléter dans les fenêtres, nuit opaque troublée par l'éclairage de la ruelle.
Je tapote avec mon majeur droit l'os de ma pommette puis mon front, os contre os rassurant et inexplicable.
Je repense à cette étreinte, en animal et en craque-moi, en peaux éprouvées et en yeux révulsés, en souffles perdus et oublis lovés.
Je ne me souviens plus du nom de sa rue.
Il avait une constellation sur le bras gauche et une cicatrice sous le nombril.



Les pieds sur le carrelage, tempêter novembre.
Craque-moi.

dimanche 4 novembre 2018

Avancer


(Je m'en veux souvent, de ne pas chercher à faire un truc de mes mots.
Je me sens gâchée et paresseuse)



Alors voilà, j'ai eu peur.
Elle m'a dit que j'avais beaucoup avancé en quelques semaines.
Et j'ai eu peur.
Je me suis drapée dans cet humour maladroit, celui de la gêne qui maîtrise l'agressivité.
J'ai encore un peu peur.
J'ai souvent envie de mordre quand on me fait sentir que ça s'arrange pour moi.
Parce qu'en vrai, je me sens toujours aussi loin, étrangère aux vies et l'étrange à vie.

Souvent, je n'ai pas envie d'avancer.
Sûrement un vilain reste de traumatismes au pluriel et à l'acide, à coup sûr la compagne de ce long travail.
Pourquoi j'avancerais ?
Pour me maquer et faire des enfants ?
Avoir une carrière et des collègues, un devis dans l'entrée d'un petit appartement pour une nouvelle cuisine et... ?
Pourquoi j'avancerais ?
Je me dis parfois que de toute façon, maintenant c'est juste rester en vie, le but.
On valorise les hommes à blessures, c'est rendu beau et émouvant, ils ont de gentilles compagnes solides.
Et les femmes à blessures, ce sont juste des hystéros qu'on n'aime pas. On les baise, mais hein. C'est faute de mieux.
Parce qu'une femme, c'est la Vierge et la putain, l'amante et la mère.
Pas la femme qui lutte parfois pour se lever. Pour prendre une douche et parfois même pour manger, boire, marcher, parler.
Mais chut Mathilde, chut.
Ce n'est même pas beau, ce que tu écris.
Inspire.
Expire.
Tout ira bien.
Ou pas.
Ou.
Tout ira.
Voilà, tout ira.



Une migraine cingle mon front, le goût du café en souvenir.
A mes pieds, baskets impatientes.
Du linge à récupérer à la laverie.
La bibliothèque en but, braver les promeneurs pour quelques centimètres de pages.
Et puis je vais faire de la compote et de grandes rêveries à la fenêtre, demander des bisous à Verlaine Ty Miaou et faire infuser du thé.

samedi 27 octobre 2018

Parfois, ça suffit, un merci

(J'ai été ceuillie. Tiens, encore une histoire de fleurs...
Bande de doux, de couillons de doux)


Le 27 octobre.
Nous sommes samedi soir et en automne, samedi soir à 5 degrés.
Je découvre que je suis devenue le portier de Verlaine, mon chat (tu entres ou tu sors, mais tu ne me miaoutes pas sur ce ton, merci !)
J'ai sorti un sachet de Chrismas Tea, celui de chez Yogi Tea. Du coup, c'est un genre de Noël indien avec pléthore d'épices et un message de baba cool sur le petit papier. Attendez, il y a quoi ? Ah ! "Love your soul". Namaste.
J'ai sorti un sachet de Chrismas Tea, parce que 5 degrés, samedi soir, automne, 27 octobre.
Je crois que ma saison du thé de Noël, c'est dès novembre.
On va dire que là, c'est parce que 5 degrés, samedi soir, automne, 27 octobre.


J'ai les abdos tout abdominés, les mains un peu froides et le tapis de yoga qui attend.
J'ai pris la grêle au parc et des livres à la bibliothèque.
Vous allez bien ?
Je suis contente de je ne sais quoi, c'est sûrement le super dîner sur le pouce et sous le plaid.
Ou alors, oui, non, je sais, c'est ça.
C'est cette chanson.

Oui : merci.
Pour le soutien, la tendresse, la fidélité, la loyauté, la douceur, l'estime, l'humourr.
Merci toi, et puis toi. Et toi.
Trois lettres qui rappent et un M. qui enchante, les gens autour d'eux et.
Et puis toi toi toi toi.
Et puis re toi.
Et puis toi toi toi toi toi toi...


Je pourrais clore ce billet sur un truc poétique, vous raconter le museau de Verlaine derrière le coussin, la façon marrante qu'il a de regarder mes mains quand il veut jouer à la bagarre.
Je pourrais vous raconter en détail que depuis quelques jours, je tire les cartes.
Comme Madame Irma, oui.
Et sachez que c'est fou.
Absolument fou.
Je les tire pour d'autres et...
C'est fou.
Absolument.
Féminin sacré et sorcellerie moderne, druidesse des rues pavées.
Mais bon, je suis trop émue et j'ai la vaisselle à faire.

dimanche 21 octobre 2018

Des couleurs

(Je me demande si tout n'est pas vain, tiens.
Je ne sais pas quoi écrire, à qui.
Voilà.)



Alors voilà.
Juste après, juste après, tellement juste après, j'ai repensé à ce bleu marine délavé.
Il sentait toujours un peu la lessive et le sable, ce bleu marine délavé.
Je me souviens, le trou minuscule et les variations qui apparaissaient. Brun d'été ourlé d'automne, paix d'hiver au pouls ralenti. Odeurs de nuque baisée et souffles éventrés.
Je m'y suis glissée, dans ce bleu marine délavé.
Seins nus et cheveux d'été, cette flamme au-dessus du front.
Seins nus et nuit griffée, soupirs d'oublis.

Alors voilà.
Les saisons ont passé.
Seins nus sous des noirs et des bleus et des gris et des blancs.
Mais jamais, plus jamais sous ce bleu marin délavé.
Je me souviens de chaque fil mais ignore parfaitement où il est passé.



Nous sommes le 21 octobre.
J'ai aperçu cet homme avec lequel j'ai couché et qui... Je... On. Marcher vite et le fuir, son regard qui m'avait sûrement déjà oubliée.
Nous sommes le 21 octobre.
Tiens, je ne vous ai pas dit ? La semaine dernière, il y avait le concert de ces gus. J'ai revu M. et livré un carnet des années 30, avec des fleurs dedans. On en revient toujours aux fleurs, tiens.
Nous sommes le 21 octobre.
A l'instant, je me sens épuisée et un peu lasse.

Nous sommes le 21 octobre, je f

Tiens, j'ai un peu envie de pleurer.