dimanche 31 mai 2020

Dimanche

19 heures 01

C'est un dimanche où j'ai peu avancé sur mon manuscrit mais beaucoup sur les terres de ma colère.

Alors une récréation, comme ça, une récréation pour retrouver un sens après.
J'ai les cheveux très propres et les jambes très pâles, sous mes paupières je dessine des pivoines et du feuillage pour mes genoux, imagine déjà la douleur sur la peau comme un trophée. J'ai bu un thé brûlant puis de l'eau glacée, ce n'était pas ma meilleure idée. J'ai lu un peu Sartre, pas fait de sieste (merde) et beaucoup joué avec Verlaine Ty Miaou, l'ami qui est un chat. J'ai beaucoup suivi les infos et écouté Jok'Air, fait de super cookies chocolat-amandes (avec du chocolat noir et du chocolat blanc au lait de riz, amigos), j'ai acheté des sandales vegan et je trouve que ces mots ne ressemblent à rien de joli, mais c'est la vie d'un jour comme ça, un jour qui se vit sans exceptionnel. Je prends juste les petits riens, les garde pour moi. Je les fredonnerai sous la douche plus tard.

Il y a un homme qui fait la manche en bas de la rue, je l'ai rencontré hier. Je crois qu'on s'était déjà vu, il y a quelques années. Il m'a avoué que c'était possible, oui, que c'était sûrement il y a "Deux ans... Ouais, ça doit être ça, je sors de taule et j'ai pris 18 mois". Je lui ai dit, sans mots beaux, que moi je m'en fous. On a papoté longtemps et même de PNL, je lui ai filé de l'eau et des blagues, il a regardé mes tatouages et le chaton de l'immeuble d'en face. On s'est dit "A demain !".



C'était dimanche, pas grand-chose, mais quand on n'a voulu ne plus jamais avoir de dimanche, de lundi, ni d'aucun jour, on prend. On prend tout, même le pas grand-chose, même le pas vraiment beau.

samedi 30 mai 2020

Et l'été, bientôt

21 heures 47

Il y a le manuscrit sur la table, le chat dans le canapé et un ballet d'hirondelles. Je n'appelle jamais le chat comme ça, ce n'en est pas un : c'est un ami. Un ami sur le dos, petits pois sur bidou doux offerts à mes éloges.
Il y a des mots nouveaux, mes cuisses nues et le thé au frigo, quatre cuillères à soupe dans l'eau qui saura apaiser la fièvre et l'étourdissement des degrés en trop d'un mai vite passé, vite fini, vite vu, à peine senti.
Il y a la vaisselle qui attend, le sommeil qui n'attend pas, de belles encres et de la crème solaire sur mes bras. J'aimerais à l'instant la douche et l'eau glacée, alors je vais m'y baigner, et puis peut-être, les mots, mes cuisses, du thé, la fièvre et l'étourdissement, mai en juin et pointillés, tout est passé plus vite que ça n'a été vécu.

jeudi 26 mars 2020

Et le printemps, sans nous

De chez moi, je ne vois pas le soleil. Juste une brassée de ciel bleu, des toits. J'ai souvent l'impression d'être au fond d'un puits. C'est parfois lumineux et doux, un nid sous la clémence de dieux que je m'écris. Et puis une page se tourne, une encre se sèche et un orage gronde : la paille du nid irrite les contours du corps étriqué, tricote une camisole et la folie.
Rez-de-chaussée sur cour, je mesure le beau temps à la température du béton sous mes orteils.
Avril arrive, pas un fil et des rivages que j'ai du mal à garder près de mes brassées, mes cieux bleus et mon émoi. Alors la main sur le cœur, me rappeler que c'est là, la maison. Sous ma paume. Peu importe les murs qui se resserrent autour de moi, les jours qui passent et dépassent l'espoir que ça rentre vite dans l'ordre. Parce que l'ordre, il n'y en a plus, alors maison, maison, maison sous la paume et en chœur : maison maison maison.

Je guette les bourgeons de l'arbre.
Je sais déjà que je soupirerai comme agacée d'une blague trop longue.
Je guette les hirondelles.
Je sais déjà que ça me pincera comme chagrinée du deuil d'une mort hypothétique.



C'est un long dimanche, fil d'Ariane qui défie la folie entre les immeubles et les mésanges. Peut-être que ce sont elles, entre leurs pattes et sous leurs ailes, qui floutent les jours et les terrassent. Elles volent et se posent sur les murs et sous les fenêtres, figent l'heure et la vie, chantent et malgré tout, merde, malgré tout, me font rêver. Alors j'attrape un printemps et le fait paume sur le cœur, maison maison maison.

mercredi 15 janvier 2020

"Setter irlandais"






10 heures 36

Hier, j'ai vu deux énormes poubelles jaunes passer alors que je sortais de l'immeuble. J'ai failli faire demi-tour, mais pour une sombre affaire d'âge adulte et de salaire, j'ai affronté la tempête.
Ça m'a permis de voir ce setter irlandais toujours ravi et cinq bus coincés dans un carrefour. Si j'avais eu le temps, je serais restée pour me moquer.
Des chauffeurs, pas du chien. C'est un chien quand même, mettez du respect.

Alors mercredi de pluie, encore.
J'ai juré devant la fenêtre et entendu l'église sonner une cérémonie funéraire.
Et espéré revoir ce chien, quitte à me faire rincer la gueule.


(Pourquoi j'ai déménagé ici ?)



mardi 14 janvier 2020

"Janvier"


J'avoue, je mets ce son la plupart du temps directement au passage de 2Fingz : le passe-passe entre Népal et Doums me laisse toujours aussi essoufflée.




10 heures 54

En janvier, c'est facile de trouver que la vie, c'est de la merde.
Je vois à peine mon reflet dans le miroir les matins, entre la mine de vampire chagriné et le sommeil parti probablement en vacances.
Il pleut depuis le milieu de la nuit et ma liste de pays ensoleillés me tourne dans le crâne, alors que l'été, ce n'est pas non plus mon truc, rapport aux deuils, à la peau trop offerte aux regards masculins sans dentelle et désormais aux tatouages que je vais devoir couver.
Ouais, nan... Janvier...
Du thé.

lundi 13 janvier 2020

"Quand la mer se retire"





10 heures 45

J'ai passé des jours sombres. C'est finalement plutôt risible, il y en a eu des bien plus noirs, bien plus lourds. Mais quand on est déjà passé à ça du suicide, tout paraît plus léger. Je ne crois pas que ce soit une histoire de recul, cette période reste si trouble. Et puis j'étais parfaitement... Inexistante ? Oui, inexistante. Ne pleurez pas, d'accord, il est minuscule ce "Ça" mais visiblement je suis plus grande que lui et c'était il y a presque longtemps. Et puis je ne suis même pas désolée pour moi, j'ai trop à faire quand je dois me sauver la peau.
Reste ce petit accroc irritant : désormais, quand je trébuche, je vais très loin et très vite.

Alors samedi, j'ai erré dans les rues au bord des larmes et des cris.

Là, ça va.
Il y a eu plus glorieux, mais je prends, je prends même bien volontiers, parce que je sais l'odeur de la peur quand la mer se retire.
Je sais la gorge nouée quand le temps se fige et l'envie viscérale de mourir.
Il n'y a pas d'autres mots, parce que c'est ça : mourir.
Mais l'eau part et je garde au ventre ce mantra : C'est une réponse permanente à une douleur temporaire.
Et je ne meurs pas.

vendredi 10 janvier 2020

"Rien"






11 heures 02

Je n'ai rien à dire alors je l'écris.
Je finis mon café en grimaçant, l'appartement sent la tartine grillée et le weekend qu'on voudrait immédiat.
J'observe mon dernier tatouage pelé, se faire petit désert étonnant et étonnamment intrigant.
Je suis censée écrire, tout ça et plus encore, mais je suis fatiguée.
Alors je me distrais, j'ondule dans le terrier (et la tartine grillée donc) et sautille mes classiques.
Je m'abîme à écouter l'album de Népal et trouve que posthume est le mot le plus obscène de nos jeunesses et ce rappeur qui n'avait rien de spécial un type si génial.