dimanche 17 juin 2018

Peau de dimanche


(Les dimanches en quelques mots.
Je n'ai plus tellement le spleen le dimanche soir, ça s'est détricoté de mon ventre avec la fin de la scolarité)


Hier, cette petite sieste clandestine dans l'herbe.
J'avais deux heures à tuer dans ma journée de travail, glissé un fouta dans mon sac en prévoyant un instant beau et glissé mes pieds nus sur cette pelouse au ciel gris et lumière chaude.
J'ai dormi là, une demi-heure.
Abandonnée sur le flanc, veste en oreiller et mains glissées sous ma tête.
Joue droite qui pétille du rougissement printanier.
Au réveil, envie d'être enlevée à ce jour, pour toujours dans ce pré ordonné.



Dimanche.
Mon émission préférée de France Inter est terminée. 
Cuisses nues dans le frais, yeux qui notent par la fenêtre les travaux jardiniers du jour.
Surveiller l'avancée de mon bosquet de fleurs sauvages, noter la croissance des succulentes, préparer les boutures, traiter les blessés.
Cuisses nues dans le frais, yeux qui notent sur la droite du bureau la théière encore pleine.
Verser dans la tasse le doux American Breakfast, avoir envie d'agrumes, tester la solidité de ma nouvelle chaise chinée dans une boutique de récup', réfléchir au dessin du jour.

Parce que oui.
Je me suis mise à écrire des traits.
Il paraît que ce n'est pas mal. Les mots doux que certains m'ont glissé sur Instagram m'ont fait chauffer les joues d'un tout autre soleil (si vous voulez voir du rien, des plantes et des bidules, c'est ici)
Je sens surtout toutes les possibilités qui s'offrent à moi, les choses à apprendre, les envies qui prennent aux mains.
Je veux broder du papier, fabriquer des tampons, dessiner une toute petite BD, travailler de nouveau le lettrage.
Et c'est génial format familial d'avoir envie de faire des choses.
Je suis persuadée qu'apprendre, essayer, et surtout fabriquer, c'est le terreau idéal pour se sentir exister.
Créer quelque chose.
Mettre du sien dans ses mots, ses mains et des traits.



Dimanche.
Publier ce billet et rester assise à ce bureau.
Papier blanc à croquis, stylos noirs. Peut-être prendre mon 0.05, mon préféré.
Faire un animal, ou une frimousse endormie.
Je ne sais pas encore.
Dimanche.



Dimanche.
Thé et stylo noirs.
Un film à regarder, mélancolique et lumineux (Somewhere, de Sofia Coppola)

lundi 11 juin 2018

Odeurs d'huiles essentielles, du lundi en pluie majeure


(Relire quelques mots de lui et le clip qui se dessine sous mes paupières. Jacques Audiard...)



Dimanche.
Minuit et quelques.
Allongée sur le futon, jambes nues offertes au lendemain.
Bashung en tête et un peu trop d'alcool dans le sang.
Un verre de thé glacé, avalé en animal primaire à même la théière, presque nue devant le frigo.
Dimanche.
Bercée de mots d'amour dont je ne connais pas la musique, mots que j'écris un peu floue d'un vin frais en me promettant de vous les livrer sans les remanier.
Dimanche.
Minuit et quelques.
Plants de kale noyés planqués sous la table de jardin en prévision des déluges du lundi.
Dimanche. 
A quelques mi-nuits, les vies.




Lundi.
En inquiétude toute végétal, réconforter des plantations noyées par les pluies assassines, les escargots gloutons et quelques pucerons narquois. Du papier kraft en sauveteur sur un terreau imbibé, un spray fabriqué en priant les dieux du potager.
Par la porte, effluves de cyprès et de lavande, d'une huile que je verse dans une soucoupe de sel, rite vaudou à ça de la sorcellerie.
Gouttes qui font piailler les feuilles d'arbre et mon inquiétude de jardinière urbaine.
Lundi.

dimanche 10 juin 2018

Nuque humide et fraises dans la paume


(Hier, écouter ça puis "On verra" de Nekfeu.
Réponse surprise à cette mélancolie qui agite ce nœud entre mes omoplates) 



14 heures 32.
Cheveux mouillés, goût d'un expresso derrière les dents.
Sur la table basse, brève vaisselle et carnet ouvert, celui qui liste toutes les choses pour lesquelles je reste en vie.

Je regarde la lumière jouer dans le lierre suspendu à la porte, un rouge-gorge sautiller sur le béton et les jours revenir.
Je ne sais pas trop quoi écrire, parce que je ne sais pas trop qui toucher.
Je me sens un peu seule ici, je me sens vaguement loin là-bas.
Je ne sais pas quoi raconter.

Je regarde mes mains qui se tordent au-dessus du clavier, temps flottant dans un léger trac. Quatre bagues, excroissances de la peau devenues symboles intimes.

J'écoute les oiseaux, sonates répétitives, avertissements mystiques et poésie animale.

Je glisse mes doigts dans mes cheveux mouillés, soulève les mèches devenues si fines et bouscule les boucles en mesurant si les petits trous laissés par cette chute se comblent de nouveaux crins.

J'agite mes orteils sur le tapis, cherche une odeur de fraises dans ma main droite, me demande quelle musique écouter, guette les bâillements annonciateurs d'une sieste et regarde les livres de la bibliothèque en me disant que peut-être j'y retournerai cet après-midi.



Jours suspendus, dans mes matinales le rituel immuable : dents brossées, Seroplex avalé.
Jours suspendus, au creux du ventre cette fatigue éternelle : nuits de dix heures, sommeil en invité dès 18 heures.
Jours suspendus, dans mes mots chercher comment enlever ce filtre : même à moi, me cacher les effroyables.



Dimanche suspendu.
Je vais bien.
Je suis en vie.

mardi 5 juin 2018

Bruit blanc


("Tempête en mer sur un bateau gonflable")



En larmes, sac sur les genoux et mouchoir en tissu à la main.
Je crois que j'ai dit la même chose que lors d'une chute il y a quelques années.
"Que puis-je pour vous ?
- Je crois que je ne vais pas top top..."

Je regarde le bureau lisse et rangé, des mots franchissent mes lèvres et me nouent le ventre.
"Je ne veux pas inquiéter, je ne veux pas être un problème pour les gens.
- Vous n'êtes pas leur problème, vous êtes leur solution"



Il y a eu la première chute vers 20 ans.
Le premier traitement.
Un sevrage.
Une autre chute, quelques années après.
Un autre traitement.
Un sevrage.
Une autre chute, quelques années après.
Un autre traitement.
Un autre traitement.
Un autre traitement.
Un sevrage.
Une autre chute, il y a quelques jours.
Un autre traitement.

Je crois que j'ai déjà pris cette molécule, à un dosage moins élevé.
Désormais, posologie maximale chaque matin.
Combat qui s'annonce long, très long.
Je n'ai pas pris ma santé mentale au sérieux avant ça.
Je me sevrais en me disant que ça allait, j'étais juste "comme ça".
Je remettais en doute l'importance de la chimie, me disant qu'il y avait d'autres façons de m'en sortir. Parce qu'on me disait qu'il y avait d'autres façons de s'en sortir. La société entière dépeint la dépression comme une maladie dont on se sort à grand renfort de sport, d'alimentation saine, de vie sociale et de... Merde, oui, ça aide, mais ça ne guérit pas. Je cours, mange des fruits, rigole avec les copains, passe des soirées géniales en terrasse, et je suis dépressive.
Je suis dépressive.
Comme si on soignait une jambe cassée avec des infusions, je pensais pouvoir, pire, DEVOIR, me débrouiller autrement.
Je fais tout mon possible pour qu'on voit la dépression autrement parce qu'on me l'a montrée comme un truc passager, parce qu'on parle uniquement de cette distribution "automatique" d'antidépresseurs en France.
Alors oui, peut-être que l'on prescrit trop facilement des traitements.
Peut-être.

Mais sans, je pense au suicide dès le réveil.
Sans, je ne peux pas me lever.
Sans, je ne peux pas travailler.
Sans, je ne peux pas manger.
Sans, je ne peux pas.

Il y a la thérapie, évidemment.
Mais comment pourrais-je aligner des mots sans ce traitement ?
Le choc de la chimie laissant mon corps moins plombé par la drogue, je sens l'importance de cette étape.
Celle si longue, si longue, des soins.



La dépression est très mal étudiée.
C'est une histoire d'héritage, de construction, d'instabilité, de chocs.
Mais c'est aussi l'histoire d'une maladie physique. Pour schématiser très grossièrement, dans le cerveau d'une personne non dépressive, une cellule envoie un message à un récepteur qui fait office de filtre. Admettons que ce message est "Je suis vaine". Le récepteur fait son travail, filtre cette pensée toxique et la classe. Elle peut revenir, mais son impact est limité dans le temps.
Dans le cerveau d'une personne dépressive, le message retourne à l'émetteur. Qui le renvoie au récepteur. Qui le renvoie à l'émetteur. Qui le renvoie à... Oui, cercle vicieux.
C'est un des traits de la dépression.
Un des traits, il y a tant d'autres choses.



Aujourd'hui, la dépression, c'était me sentir seule et vaguement abandonnée. Même de moi.
Il y a un bruit blanc en moi, un petit coup de froid.
Je ne suis pas triste.
Je ne suis pas légère.
Je suis, c'est déjà pas mal.

Alors je vais boire une tisane en faisant ma ronde du soir au milieu de mes plantations, respirer en regardant les oiseaux faire des patrouilles.
Et je ne serai pas heureuse.
Je ne serai pas vibrante.
Je serai, ce sera déjà pas mal.

Plus tard, je me trouverai pas si mal.
Je serai un peu fière d'être moi.

dimanche 3 juin 2018

Remparts


(Et pourtant, me hantent d'autres phrases.
"Pourquoi dedans c'est le Groenland ?")



Mon corps allongé sur le futon, en manteau-basket-larmes.
Le rendez-vous chez le médecin, 12 heures 15, en catastrophe.
C'était un jeudi, il y a plus de dix jours.

Après, il y a eu cette nouvelle molécule.
Seroplex, 20 mg chaque matin.
La dose maximale.
Imaginez-vous prendre ce comprimé, l'effet de la drogue sur votre organisme.
C'est bon, vous l'avez ?
Bien, alors sachez que c'est pire.

Je suis restée allongée des heures et des heures, aucun mot ne franchissant mes lèvres, paupières closes. Fonctions vitales et. Juste fonctions vitales.
Ventre vide pendant deux ou trois jours, migraine et goût oublié de l'eau.
J'ai du réapprendre à me tenir debout, à marcher, à parler, à manger, à boire.
C'était dur, de sentir mes jambes si faibles, de me rendre compte que je ne m'étais levée que trois fois ce jour-là, de réaliser que je n'avais bu qu'une gorgée d'eau en 24 heures pour avaler ce traitement.
C'était dur.
Dans une certaine mesure, ça l'est toujours.
Je ne sais plus trop manger, je ne d...
Ne parlons pas de ça.



Je pensais m'être remise.
De plein de trucs.
Et en fait non.
Pour faire court, je crois que je cache bien trop de choses, aux autres et à moi-même.
Non, ce n'est pas que ma langueur et ma mélancolie, cette impression d'être toujours en trop, en moins, en pas là.
Non, ce n'est pas que mon hyperémotivité et mon hypersensibilité, ces mille réflexions en moi, cette terreur du jugement, cette peur maladive de l'abandon.
Sous l'exubérance, l'absence de confiance.
Sous la jovialité, les ombres dévorantes.
Ce qui me tue, c'est que plusieurs fois on m'a dit que je ne trompais personne. J'en ai fait des blagues, à chaque fois. Evidemment.
J'ai beaucoup de travail.
Beaucoup.
Je traîne tout ça depuis tant, tant d'années.
J'ai remis des pelletées de chagrin sur du chagrin, sur du chagrin, sur du chagrin.
J'ai amorcé des choses et me suis dit "ça va en fait".
Alors que non.
Je n'ai pas réussi à travailler en thérapie avec authenticité, j'ai choisi mes mots, comme si je devais ne garder la vérité de cette douleur qu'en moi.
On nous serine que ça va passer, on y croit.
Alors que non, ça ne passe pas, et ça nous tue.
Ça me tue.



Nous sommes dimanche soir.
Je reprends le travail demain, après cette semaine d'arrêt maladie.
Le premier de ma vie.
J'aurais préféré que ce soit pour un bras cassé.
Je vais lire dans le canapé.
Cheveux encore humides de l'orage.



Organisme encore troublé dans la tempête.

jeudi 24 mai 2018

Silence











Tout est déjà dit.










Dans le chaos


(Parce que.
Je n'ai pas envie de me sauver et d'écouter des trucs solaires.
Je me suis déjà bien trop battue, laissez-moi énormément pleurer, faire une pause et revenir)


Tout a été si dur aujourd'hui.
Si dur...
Je ne trouve rien de doux en ce jour, je doute de l'importance de lutter pour ma survie, je doute de tout jusqu'à mon ombre.
Ce n'est même pas un doute, c'est l'exil de la volonté.
A quoi bon putain, à quoi bon ?

Je sais que c'est la dépression qui me chuchote ses horreurs, je sais que c'est elle qui froisse mes cils et les alourdit d'une rage avide, d'un chagrin insurmontable.
Mais là, ce soir, je n'ai pas le courage de me battre.
Je n'ai plus le courage.
Après une journée pareille, je baisse les bras. Je rends mon tablier et passe à la compta.
Ras la caisse.
A quel moment lutter pour me mettre à la verticale est un combat acceptable ?
A quel moment me remettre sur pieds est devenu capital ?
"Parfois le moral est si bas, je voudrais me foutre en l'air"


Les larmes, entre temps.
Je ne sais pas combien de temps.
J'ai trouvé une nouvelle posture de la larme, en boule sur le tapis, la tête sur un bout du canapé.
Je me sens...
Je vais me coucher.





mercredi 23 mai 2018

Entre les parallèles


(Parce que quelque chose me dit que ces personnages de type Je ne sais quoi mettre comme adjectif à l'instant puisque le mot "Je suis un chat et je frotte en rapido ma tête contre ton épaule" n'existe pas (et c'est décevant) préparent un truc. "18". Et ils ne s'installent probablement pas dans le Cher)



Soir frais, épaules frissonnantes.
Nuit et linge à ramasser, nouveau cactus qui attend sur le bureau.
Un orage se prépare, et sur ma cheville douloureuse une poche de glace à poser.



Je n'ai pas envie d'écrire ce soir.
Je n'ai rien à dire.

Je pourrais me plaindre un peu, de ce normal gênant. Celui de ma vie en parallèle, proche des autres mais de l'autre côté de la glissière de sécurité.
Je ne sais pas comment ça fait, de me sentir à ma place, normale et équilibrée.
C'est bête, de dire "normale", alors qu'on est normal qu'en réponse à une norme. Un fou n'est fou qu'aux yeux des autres, pour lui ce sont les autres qui sont fous.
C'est peut-être ça qui fait que je me sens si souvent à côté de la plaque : pour moi, les autres s'en sortent si bien. Ils n'ont pas de mal à se lever le matin, sont à l'aise socialement.
Je sens pourtant que ça évolue, que j'ai bien moins de mal à interagir avec les gens par exemple.
Mais quand même.
Dans la droite parallèle.

Mais chut, gardons le loin en discret au moins ce soir.



Ce soir, j'ai trouvé un pot de fleurs et demandé à une copine son arrosoir en doublon.
J'ai vu un pigeon sur le toit des archives départementales, vers 21 heures. On aurait dit qu'il était vigile du bâtiment, j'ai souri.
J'ai vu un paquet de morceaux de sucre sur une poubelle de la ville. Ouvert et presque plein. Mystère et boules de gomme.
J'ai vu des stickers géniaux sur des murs, pris des photos de trucs et de bidules.



Vague de douleurs dans la cheville, le chaos domestique attendra.
Le linge à sauver de la pluie en rôdeuse, glace sur l'articulation gonflée.

lundi 21 mai 2018

Airbnb


(Parce que ce sera un peu la BO de ce long apéro.
Avec des trucs que je vais imposer, tout de même.
J'ai du déjà mettre ça ici, mais c'est de circonstance. 
Je suis sûre que le billet posté mardi aura encore un titre d'eux, droits d'auteur et YouTube content.. 
Oh et puis hein, entre ce séjour, et puis Ça...
Donc.)



De cette affaire naît l'incongru.
Recevoir chez moi une inconnue plus si inconnue.
Moi, la vaguement sauvage qui peut passer un temps infini en solitaire. Qui a besoin de prends un temps infini en solitaire.

Sur le côté gauche de mon lit, j'ouvre un Airbnb.
Vous venez ?
Draps propres et serviette de bain.
Beaucoup trop de bières au frais, bien que ce "beaucoup trop" n'a jamais de raison d'être, et un dîner cool à préparer (par contre, bouffe de hippie !).
Bougies sur le pas de la porte, plantes arrosées et vite vite ce lundi.
Ok, l'eau chaude de la douche met du temps à arriver. Je me lave à l'eau froide, alors ça ne me dérange pas. Mais je comprends ce moment de flottement sur l'émail.



Je souris de sourires de vendredi, ravie d'un clin d’œil écrit en mini.
L'impression de créer de la magie, du burlesque en ravi.
J'espère que c'était au final joli.
Tant de rimes, c'est un tiercé... inouï.



Je vais faire des choses ce soir.
Etendre des chaussettes étranges, cerises et paillettes.
Pulvériser une compote.
Ranger des petits riens.

Et c'est faire Rien qui fait tout : on est là.
A faire sécher du linge, sentir l'odeur des pommes et des poires alors que.
Alors qu'on ne pensait pas arriver jusque là.

C'est cool, ce Rien.
C'est bien.
J'espère que vous êtes KABOUM ! et "Wahou !!" et "<3".

dimanche 20 mai 2018

Soir de deuil


(Parfois, dans mes soirs chagrins)



Il y a des soirs comme ça.
Quelques mots, dire et se raconter, confier et se détricoter, quand soudain, en grand, géant, néon et montagnes russes : il me manque.

Ce soir, j'aimerais l'odeur de son tabac dans la cour, son silence. Juste un rien de lui, du lui dans rien.
Si je me concentre fort, ferme les yeux, invoque avec tendresse violente et tendre violence son image, il sera là.
Vivre sans lui et avec sa mort.
Vivre sans lui et

Là, tout de suite, je regarde devant moi la clef dans la porte, et mes yeux en marée haute.
La nuit sera vaguement grinçante, viens me hanter s'il te plaît.

Respirer.
Evidemment, ça fait mal.
Mais je le fais bien, ce aïe.
Tout ira bien.



Alors, on se tient.
Des mots et trois choses magiques, on se tient.
Dans mon sac, tissu à nouer et sécateur, coin à fleurs débusqué à explorer, on se tient.
Pieds nus sur le tapis, muscles des bras en costaud Jojo, on se tient.
Des riens annulés pour l'honorer, on se tient.
On se tient ?
"Il y a ce rocher qui est bien, et ma main qui est là", ce qu'il a dit sur une plage il y a des années.



On se tient.
Tenez-moi.
Rocher un peu haut et pieds nus.
Depuis lui, dans mon pied gauche, un petit os arraché mal réparé.
Du deuil physique, à vie une dilution.



On se tient.

samedi 19 mai 2018

De la magie douce


(J'ai reçu un email concernant cet homme.
Je suis émue, touchée, fière.
La vie est un beau hasard.
Et je laisse quelques magies derrière moi, c'est doux)



Au réveil, j'étais déçue d'être moi.
Je n'aimais pas grand chose, je m'exaspérais d'être.
Mais j'ai su me sauver la peau, et c'est rassurant de voir que j'ai désormais les clefs.

Aujourd'hui, du beau en cotillon :
- Les gentillesses de la secrétaire du cabinet d'analyses, cette femme qui rit à mes blagues et mes contes du rien. Elle m'a dit que j'étais... Oh... Rougissement jusqu'au nombril.
- La discussion avec le chef du resto voisin, sur les histoires du quartier et mon potager urbain.
- La fleur ramassée par terre au parc.
- Le bière dans l'herbe avec les copains.
- Savoir que et sourire de.
- Les jolis emballages reçus, résultat d'un troc avec Elle Emballe.
- La merlette qui grignote dans la cour. Depuis trois jours, je me fais croire que c'est chaque soir la même invitée qui sautille sur le béton et piaille de joie.




Il y a le frais du soir, gilet dans lequel se glisser.
C'est mon gilet timide, celui dans lequel je peux me cacher théâtralement quand on me dit une beauté.
C'est toujours pratique, la rigolade quand on est gêné.
C'est un peu se saboter aussi, tourner en dérision le mignon.
Mais une étape à la fois, calmons-nous.



Dans quelques jours, la visite.
Une jamais rencontrée, papotages entre filles et une soirée.
En flash éclair, moins de temps qu'il n'en faut pour dire "magie d'Instagram et d'un jeudi en confettis".
Ça me rappelle le soir où des copains ont dormi à la maison. Deux dans la cuisine, deux sous une tente dans la cour.
C'est doux et ça me fait courir jusqu'à lundi (attends Mathilde, mets d'abord les bières au frais).

vendredi 18 mai 2018

Frissons d'été


(Petite danse hystérique dans l'appartement)



C'est l'heure des frissons d'été.
Ceux qui font grésiller la peau après le soleil.
Ceux qui délassent le dos mais crispent les bras.



Je ne sais pas trop quoi vous raconter.
Je ne sais pas si ça vous intéresse.



Il y a les sandales rangées dans le placard, le sac abandonné dans la cuisine.
Je suis rentrée vite vite vite, traversant en regardant encore moins que d'habitude, parce que j'avais très faim.
Là, tout de suite, il y a des messages de la rigolade, la tisane terminée et la petite vaisselle.
Le yoga qui m'attend (Love you Adriene, to the moon and back), le sommeil en tout léger.

Dans mon demain, il y a le grand test du granola fait cet après-midi (crevure de hippie), la sauge et le romarin à marier pour faire des bâtons de fumigation (crevure de hippie) et le running (crevure tout court). C'est un jour off (CREVURE !).



Je ne sais pas trop quoi vous raconter.
Je ne sais pas si ça vous intéresse.



J'ai vu un chien mignon très pressé, des moineaux patrouillés au-dessus de mon soir et mes plantes se noyer sous les sucs du sureau.
J'ai écouté de la musique dans le métro, pieds fourmillant des frappes rapides contre le bitume, sac glissant de l'épaule bronzée.



Prenez soin de vous.
C'est la grande heure, celle où on peut écouter le nouveau Beach House (le son d'hier, oui) et laisser le jour se diluer dans les petites ombres étirées.





jeudi 17 mai 2018

Et soudain


(Le nouvel album de Beach House. 
Ce son, c'est mon soir.
Jambes nues et pieds échauffés des nouvelles sandales. Celles qui me font appeler Spartacus et dire bonjour en grec (Kaïré !))


C'était beau ce jour.
J'ai traîné et travaillé, couru au parc alors que je m'étais dit que j'allais juste marcher un peu.
C'était beau ce jour, comme un "ohla, fait chaud hein !" chez le primeur et la gourde d'eau qu'on remplit à une fontaine.

Ce soir, j'ai arrosé mon gang végétal, une oreille distraite suivant le match.
Je rêvais d'hommes ivres de joie et de sauts dans le vieux port.
J'aime bien le foot mais adule surtout les bonheurs autour, les inquiétudes et les mains sur la tête après une action malheureuse, les copains qui s'enlacent dans les tribunes et les voitures qui klaxonnent.
Désolée l'OM, désolée les supporters.
Vous étiez tout de même très beaux.
Encore plus beaux que ce jour.



Je suis sortie prendre l'air, tongs aux pieds et mains dans les poches.
Et soudain, j'ai vu cet homme.
Fouillant les poubelles.
Je l'appelle en souriant, un "Monsieur ?" et la fausse assurance que je me brode au cœur.
Sa voix à lui est fluette et douce.
Quelques mots et je repars à la maison.
Attrape dans un gros pain au levain et quelques fruits.
Et les douleurs.
A quel moment ce pays a merdé ?
On vend des avions et des armes, on attire des touristes et des investisseurs, on.

On laisse des hommes dormir dehors.
On laisse des hommes se nourrir de nos poubelles.

On apprend à être plus productif, plus épanoui, plus sportif, plus relaxé, plus spirituel, plus plus plus plus.
On consomme toujours plus plus plus plus. On se bat étonnement contre ça. Me plonger dans le délire Zéro Déchet et Minimalisme me fait mesurer combien j'étais habituée à avoir.
Mais si un jour, un compte Instagram se met en tête de partager comment donner plus plus plus plus, je signe.
Si un jour une chaîne Youtube se lance pour montrer comment être pour les autres plus plus plus plus, je signe.



Aujourd'hui, j'ai donné à cet homme à manger. Gros pain au levain, pommes et bananes. 
A un autre de l'eau et un peu d'argent.
A une femme quelques mots.

Je ne me sens pas utile.
Je ne me sens pas fière.
Je me sens désarmée.

C'est à nous de gérer ça.
Faisons un truc.
Par pitié, faisons un truc.

mercredi 16 mai 2018

Sous la glycine


(Parce que j'ai acheté un pack de blanches en prévision de ce weekend. Et que ça m'a fait penser à certaines d'entre vous. 
Et avoir une culotte en introduction de billet, c'est sans prix)


Je n'ai pas très envie d'écrire ce soir.
Alors je vais écrire que je n'ai pas envie, et c'est déjà écrire.

Il y a le linge à enfin ramasser, le kale à planter et les plantes à arroser.
La vaisselle à faire, les pieds à masser et les cheveux à détacher.
Le mauvais temps est censé arriver demain, je ne suis pas prête.

J'ai hâte.
De lundi et d'une visite, de rigolades et de wahou wahou.
Il y a aussi une magie drôle avant, un truc à taire qui me fait sourire.



Il y a l'odeur de la glycine, le vent du soir frais et les rigolades écrites aux copains.



Je n'ai pas très envie d'écrire ce soir.
Je vais me faire un petit thé, réchauffer mes bras frissonnants et vous dire des mignons.

Vous êtes plus wahou qu'un matin d'avril.
Vous êtes plus mignons que des lol cats.
Vous êtes estimés et importants.

Je vous estime.
Vous m'êtes importants.

Prenez soin de vous.



mardi 15 mai 2018

Distillerie de sommeil


(Dans ma playlist de yoga de ouf)



23 heures 18.
Au coin des lèvres, une rigolade et des bâillements.
La journée a été riche en émotions, rebondissements et épuisements.
J'occulte un peu et décide clairement de faire de mon bien-être émotionnel une priorité.
C'est dans cette situation que je mesure que j'ai changé depuis quelques temps.
Avant, j'aurais subi.
Désormais, je mets de la distance.
Je mérite d'aller bien, alors il n'y a rien d'égoïste à choisir de ne pas s'impliquer dans un désastre jusqu'aux os.



J'ai vu R. et ses chiens.
Je lui ai acheté des bagels au Super U, des bananes et de la bonne brioche du coin.
Je lui ai rapporté de la maison de l'huile essentielle de laurier noble, pour ses dents.



Je suis enchantée de certaines paillettes de ce soir :
- Votre gentillesse et vos rigolades à mes blagues (on se rejoint au Badaboum, on racontera des blagues de camionneur).
- Les vidéos de capybaras (à quand un lol capybara ?)
- Le basilic géant (la plante, pas le serpent) acheté chez le maraîcher. Entretenir un basilic, c'est être scrupuleux sur l'arrosage, il ne faut pas déconner. Les feuilles qui font grise mine et c'est fichu. Ce nouveau plant est vraiment vraiment grand, j'ose espérer qu'il garde cette étoffe.
- La tisane qui m'attend et mon pyjama que je guette.
- Les perspectives de nouvelles marrades.
- Le jardinage qui m'attend demain.



Rideau.
Genre d'un coup.
Lentilles enlevées, cheveux pas coiffés encore plus décoiffés et chaussettes jetées dans le panier dans un magnifique lancé.

lundi 14 mai 2018

Faisons un truc


(Pas de musique aujourd'hui, mais ma nouvelle inspiration. 
J'aimerai trouver sur Rennes quelqu'un de motiver pour proposer un coup de peigne et de la papote)


En ce moment, beaucoup de choses me révolte, me bouleverse, me trouble.
J'ai toujours été très (rajoutez une puissance et des adjectifs) émotive, mais j'ai l'impression que ça caresse une empathie décuplée.
Ce n'est pas une impression d'ailleurs, mon psychiatre comme ses confrères en conviennent : être très émotif permet plus facilement de se mettre à la place des autres, et donc d'éprouver une profonde empathie.

Depuis quelques semaines, après de nouvelles rencontres avec des jeunes bouleversants assis sur des trottoirs, ma révolte : nous sommes dans un pays qui envoie des mecs dans l'espace et crée de nouvelles applications chaque jour mais nous ne sommes pas foutus de faire en sorte que chacun mange à sa faim et dorme à l'abri.

Il y a R., dite Nini Peau de Chien, rencontrée vendredi après-midi en bas de ma rue. Je vous en ai parlé vaguement ici, et suis inquiète parce que je ne l'ai pas vue hier. J'avais pris du pain et des pommes, ça attend dans la cuisine. J'espère la voir demain. Je lui avais promis un petit café...
Quatre chiens et un joint, une allure dégingandée et une gouaille touchante.
Je lui dépose deux euros, lui demande si elle va bien et si je peux faire quelque chose pour elle.
C'est important, ces deux questions.
Parce que ça m'intéresse, de savoir si elle a bien dormi, si elle a soif, si elle a besoin d'un truc précis.
On parle longtemps, elle me présente ses chiens.
Elle me raconte un peu sa vie, on rit beaucoup.
D'un point de vue matériel, je lui ai donné des vêtements, un casserole, une cafetière à l'italienne, de la nourriture, un téléphone, de l'eau, une couverture, du Paracétamol, et, et, et. De l'écrire, son sac pèse dans mon dos.
D'un point de vue émotionnel, elle m'a donné son année de galère.
Elle a 25 ans, perdu 5 centimètres selon un médecin à cause de son lourd bagage quotidien, a connu deux tentatives de viol, a failli se faire voler un de ses chiens, doit se faire soigner les dents, et...

Non mais vous vous rendez compte ?
On a vendu des avions et des armes à des nations mais on laisse des nanas comme elle à la rue.
On a laissé des hommes mourir sur des trottoirs, des jeunes hommes se faire violer dans des squats, des femmes se défoncer dans des camions.
Il y a des centres d'hébergement de nuit, ok, mais vous savez quoi ? Il y a la violence, les agressions sexuelles, les vols, les chiens qu'on ne peut pas emmener.
La rue, c'est la vulnérabilité.
La santé qui décline, le corps en objet.
Et tant d'autres terreurs, mes yeux se noient et je secoue la tête.



Je donne des trucs et du temps, de l'estime et des mots.
Mais j'ai l'impression que c'est vain.
Je me suis déjà engagée bénévolement, mais je n'avais pas l'impression de faire bouger les choses.
Le Samu social me désespère. Un jeune homme m'a dit qu'il les voyait souvent passer, mais ils ne s'arrêtaient jamais, il ne leur a jamais parlé...



Mais merde, révoltons-nous !
Ce n'est la priorité d'aucun parti. AUCUN !
Faisons des choses, donnons de soi.
Visiblement, c'est à nous de gérer ça.
Un euro, ce n'est même pas une baguette de pain.
Une banane.
Un peu d'eau.
Une blague.
Un bonjour.
Ce n'est rien.
Et c'est pourtant beaucoup.

Il existe des cafés et des repas suspendus dans certains bars, guettez.
Il y a des frigos solidaires.
Il y a l'action Gamelles Pleines pour les chiens.
Il y a l'application Homeless Plus, pour créer un petit réseau de bras forts.
Il y a toujours beaucoup de bouffe dans nos placards, il y a votre déjeuner qui ferait pour deux. Une boîte en plastique, vos baskets et demandez poliment si ça leur ferait plaisir.

Il y a nous.

Je fais du café l'hiver pour ceux qui font la manche dans mon quartier.
Je donne de l'eau l'été pour humains et chiens.
Je donne des vêtements que je récupère à droite à gauche.
J'ai des petits kits pour les femmes. Je n'achète des serviettes hygiéniques jetables uniquement pour ces petits kits. J'ai réalisé il y a si peu de temps, grâce à une initiative anglaise, que c'était une galère sans nom de vivre ses règles sereinement quand on est à la rue. Accès compliqué à l'intimité des toilettes, produits chers.
Je...
Et aussi...
Je me sens un peu utile et pourtant si, si, si loin d'arriver à un truc.

Faisons quelque chose.
Je vous en supplie, faisons un truc.
Ce n'est pas possible.
Nous sommes en 2018, elle a 25 ans et dort dehors depuis plus d'un an.

Faisons un truc.

dimanche 13 mai 2018

Entre ficus et fougère


(Dans ma playlist de yoga, il y a ça. 
Alors après ce billet, 23 heures 27, cheveux baigné de karité et tapis déroulé.
Chien tête en bas, fente haute, guerrier I et II, et et et et)


Je mène une grande campagne de floraison du terrier.
J'ai un petit appartement et une cour plus ambitieuse, le projet se présente donc fou et plein d'enthousiasme.

J'aime les nouveaux intérêts.
J'apprends plein de petites choses en ce moment, dompter le végétal et y trouver un certain contentement.
C'est beau, parce qu'il n'y a pas de résultats immédiats, palpables.
Aujourd'hui, j'ai appris comment faire des boutures de succulentes et de cactus, que faire pousser du kale en jardinière, ça marche (mais alors un plant par jardinière, c'est ce que le monsieur m'a dit) et que dans ma salle de bain sans fenêtre ne vivront que des cactus et des plantes grasses.



Ce matin au marché, il y avait ce groupe génial et tous ces danseurs.
Je suis allée acheter une brioche à ces décrocheurs de wahou.
Après l'avoir glissée dans leur étui à guitare, j'ai entendu une dame m'appeler.
Elle m'a offert une plante, parce qu'elle m'a trouvée "trop mignonne".
Je me suis sentie KO de gratitude, et un peu "trop mignonne".



Finalement, le cool tient à une brioche et du vert.
Après un réveil douloureux, vertiges effrayants et cœur qui s'emballe, je croyais que le samedi allait être étiré en canapé, allongée et petits pas.
Mais non.

De la brioche et du vert.



J'espère que vous allez bien.
Vraiment.
Et que vous allez bien en brioche et vert.

samedi 12 mai 2018

Note du vendredi où je me crois samedi


(A la base, je voulais écouter un autre truc mais ils étaient là.)


J'ai acheté des huiles essentielles.
Et je découvre que ce que la dame m'a donné, c'est un échantillon de comprimés pour le transit intestinal.
J'avais donc aujourd'hui l'aura d'une femme ne pouvait poser culotte.
Bien bien...



L'appartement est toujours dans un chaos, un autodafé des milliers d'affaires.
J'ai fait des sacs à donner à la toute jeune qui fait la manche en bas de ma rue.
On a parlé longtemps longtemps longtemps.
Je lui avais apporté de l'eau pour ses quatre chiens, une pomme pour elle et deux euros.
J'ai fini par lui donner plein de choses et à l'écouter me raconter.
On s'est dit "A demain", et j'ai trouvé ça mignon.
Je connais son prénom, elle connaît le mien.
Je connais les petits surnoms de ses chiens et pense avec mignonnerie à Chèche qui voulait jouer à la balle avec une pomme que je leur avais donné.



J'ai des trucs à faire, du yoga à biscotto.
Et ranger des trucs.
Et laver des trucs.
Et penser à des trucs.
Et rire de trucs (Je suis très forte en blagues, je vais le mettre sur mon CV dès ce soir)

Des cœurs sur vous.

vendredi 11 mai 2018

Note qui sent les fins


("My back is strong, strong enough to take the pain")


Je sens l'intérêt pour ces mots s'étioler.
Je ne sais pas si ça me touche.
Je ne sais pas si ça vous touche.
Chien peureux qui quémande la flatterie.
Je me sens un peu seule en ce moment, ici et là.



B. est venu dormir ici cette nuit.
On a écouté de la musique, cuisse nue contre cuisse nue, l'appartement déjà trop rempli de nous deux.
On s'est chuchoté des trucs et des secrets.
On a surtout laissé la nuit nous enlever.



Il est 22 heures passées.
Comme à chaque vacances, le grand tri.
Dans la salle de bain, dans les vêtements, la cuisine.
C'est une histoire de mise au point, de mise au vert et de mise en abyme.
C'est se délester et s'apaiser, vider et purger.



Il est 22 heures passées.
Mélancolie en légère irritation.
Cheville gauche peinée, tapis de yoga à dérouler.



Je vais prendre le temps de reprendre cette couture déchirée.
Je me sens seule.
En cils baissés et place jamais trouvée.
Je...
Je.

jeudi 10 mai 2018

Note du mercredi


(Oui... Swing est mes matinées et mes déambulations urbaines)


Sur mon bras droit, le bleu géant.
Une histoire de bras chargés d'un sac trop lourd et d'une plante, d'un virage mal négocié et d'une porte d'entrée fracassante.
De petits moineaux sautent dans la cour, le soir se fait frais.
Sur la table basse, des croquis et des noms de fleurs, des marques d'engrais pour cactus et des références de cache-pots.



Ce soir, il y a l'appartement en chaos, le frigo enfin propre et le sommeil évident.
Je n'ai pas fait de sport aujourd'hui, et ça me manque assurément.
Je n'ai pas fait de yoga, et ça me manque énormément.
Mais je crois que c'est très sain, d'annuler des choses. De marquer des temps morts, de marquer une rupture.
Et puis je ne pouvais pas mener cette croisade qu'est le dégivrage du réfrigérateur et... (si, je pouvais prendre deux heures, je me suis juste très mal organisée aujourd'hui).
Je me dis que quand on en arrive à casser la glace avec un couteau à pain en guise de machette, c'est que c'est déjà trop tard.



Alors là, maintenant, je vais pousser le chaos un peu plus loin, me brosser les dents et m'endormir.
Je vais ne pas faire les choses, je vais me laisser en paix.
Je vais peut-être rêver, je vais forcément prendre des forces.
Mes jambes frémissent de la course de demain, traversée du parc en foulées musicales.



(Mon super copain B. vient de m'appeler. Il a chanté Hervé Vilard et m'a dit qu'il venait boire un thé.
Je suis en culotte et lunettes, cheveux flous.
Non, je ne vais pas me glisser dans un pantalon et la vie civile.
Mon clan, ma bande, c'est une histoire bien loin de ça, ce sont des cuculs en slipou et des yeux bouffis de fatigue.)


Des cœurs sur vous.
Vous êtes carrément wahou de chez wahou.

mercredi 9 mai 2018

Au bord de l'eau, corps de printemps


(Obsession format familial. 
En courant au parc hier.
Il y avait un truc de Damso après... "Quand je pète tes implants, j'me sens comme avant" : KABOUM !)


Rendez-moi les 28 degrés et les bretons aux joues rouges.
Rendez-moi les bras brunis offerts au moindre petit bruissement d'arbres et les enfants aux mains poisseuses de glaces.



On est allé se promener autour d'un étang.
Des dizaines de familles en plein pique-nique, barbecue et sieste.
Un couple de papy-mamie en train de bronzer, des centimètres et des centimètres de peau offerts au soleil. Certains rennais ressemblent à des niçois en septembre tant ils ont travaillé leur cuisson.
Plein de chiens, dont deux petits baigneurs.
Des grenouilles, mignonnes et immobiles.
Avant l'expédition, il y a eu le chat roux maboule de la rue Hoche qui m'a attaquée. Je prépare un plan d'action pour l'apprivoiser. Ce serait basé sur des compliments étranges et une voix apaisante et ronronnante.

Il y avait mon corps qui flotte dans les vêtements, ma posture droite de Pilates et de running fou (toujours regarder loin devant soi quand on court, ça aide à bien se tenir).
Mon visage nu offert au mardi et aux regards, les boucles emmêlées de sommeil et la paix gagnée après la sueur.
Mes bras fiers de la nouvelle posture au yoga (un truc fou à partir du bateau-bateau bas... Si vous saviez !)


Il y a eu la rigolade au téléphone avec ma mère.
Si je devais être fière de moi, ce serait pour le nombre de fois où je fais rire mon entourage.
Offrir ça, c'est encore mieux que boulotter les premières fraises françaises de l'année.



Ce soir, il y a le yoga après la tisane, la vaisselle en dansant (bum bum tam tam tam tam tam tam...) et le sommeil en réconfort éternel.
Je délaisse mes multiples plaids mais cherche à lester ma couette pour m'apaiser (salut, l'hypersensibilité).

mardi 8 mai 2018

"Jungle de la chope""


(La qualité n'est pas folle et pourtant le texte vous floute les armes)


C'est toi.
Ça aurait pu être ton copain honnêtement.
Mais c'est comme ça, c'est toi.
Fais-toi croire que c'est une histoire de séduction, de souffles et de regards.

Des heures en déshabillée moins l'intime.
Du cul en cru, l'indécence en décrypté,
Juste un jeu.
Et tes mains, soupirs infirmes,
Attisent encore un peu les bleus.

Il aura suffit d'un regard langoureux,
De lèvres entrouvertes et de mes yeux en "je te veux".
C'est si facile, de la baise sans subtil.
Aucune attente, pouls vicieux.

Trois mots déjà en trop, j'avais déjà dit oui.
Avant même que l'idée ne se dessine au-dessus de ta pinte.



Je me rappellerai de ta bite, mais tes yeux...

Jubilation du vague sauvage, vrai bestial.

Piaffements et lèvres si pâles.

lundi 7 mai 2018

Note du dimanche


(Dimanche soir. Respirer et chercher à ne pas me briser le cœur)


C'était un peu cool.

Il y a les mollets sur la table basse (oui, les mollets, les pieds sur la table ça nique les genoux), les orteils écartés en yogi toes, la gourde vide (pas moi, la bouteille), les joues tièdes de soleil, les bras fourmillants de sport et le terrier figé dans un chaos de départ précipité.

J'ai marché dans la campagne aménagée avec ma copine F.
Elle a 71 ans, une conduite particulière (signe de croix et prières à tout va) et un chien cool qui marche d'un pas de sénateur et qui me fait penser à Charles Bovary.

Mais là, maintenant, il y a le manque.



Alors je vais m'agiter, ranger en tempête et me figer sur le pas de la porte.
Assise sur la petite marche en béton, pieds sur le tapis africain, être le temps et le recueillement.
Je ne pourrais jamais rien contre ça.
Je peux seulement apprendre à flotter avec les vagues.

C'est au final plutôt pas mal.

Je dois garder ça en poche, pour les heures où c'est intolérable.

dimanche 6 mai 2018

Une histoire de samedi



(Je ne sais plus si j'ai prévu d'aller courir demain, il faut que je regarde sur mon carnet.
Mais si j'allais galoper, j'écouterais clairement ça, ce morceau adoré depuis des lustres)



Bien.
Il est 20 heures 44.
Sous mon tee-shirt, des petites coquineries de mon arbre qu'on a ratiboisé.
Il est 20 heures 44.
Et je vais enfin dérouler mon tapis de yoga.
Faire deux heures d'une pratique en costaud puis doux.
Prendre le temps d'avoir le temps.

Honnêtement, je préférais faire autre chose.
Aller boire un coup avec les copains.
Traîner dans le canapé.
Lire une BD.
Ecrire des trucs.
Faire des listes.
Envoyer des textos pour dire "Arrêtez tout, j'ai une semaine de vacances. Je vais descendre jusqu'à République en faisant des dabs".

Mais c'est toujours quand on n'a pas envie de faire du sport qu'on en a le plus besoin.

Alors je vais le prendre, ce temps.
Je bois ma tisane, et j'y vais.
Attendrons les courses posées dans la cuisine (pas de panique, rien ne va au frais. Juste des bidules à transférer des écologiques sacs en tissu aux instagramables bocaux en verre), les copains au bar (on s'est déjà vu deux fois aujourd'hui, soyez un peu autonomes les gougnafiers !), la vaisselle (il faudrait que j'arrête de boulotter ma romaine dans des saladiers) et le démaquillage.
N'attendent jamais le souffle et le corps.


Des bisous sur vous, j'entends la bouilloire sur le feu qui ronronne.
Prenez soin de vous, vous êtes en wahou géant.

samedi 5 mai 2018

Note du vendredi


(Ce film, ça vous ferait un joli soir)


Pas longtemps.
C'est le temps que j'ai pour écrire une petite note.
De ma soirée, j'ai écrit à une jolie rencontre et fait du yoga.
Les chakras sont alignés, merci.

Se dessine dans mon mois de mai la venue de la jolie rencontre au terrier. J'ai hâte en grand.
Se dessine dans les pétillants du vendredi des importants aussi cool qu'une paire de sandales faites en Grèce qui arrivent en tout doux. J'ai fait grec ancien au lycée, en plus du latin : porter ces trésors estivaux me feront crier "Spartacuuuuuus !" dans les rues. Si vous voulez arrêter d'acheter des trucs chers faits à l'autre bout du monde par... (on coupe là, parce que je vous assure que ça me rend folle, ce sujet), c'est ici : les miennes sont si jolies que j'en roucoule.
Se dessine dans mon été la visite de ma mère et notre Airbnb à Saint-Malo (deux jours à me baigner et courir sur les remparts : je signe, oui)

J'ai été ronchon d'une histoire d'écologie (on est trop nul, en France) et d'éditos politiques.
Mais je suis allée courir, super bien, donc tout va bien.



Ce soir, de l'eau très vite sur le tapis de la cuisine.
Les dents et la frimousse, le lit salvateur et le sommeil en vite.
Il a fait si beau, je rêve d'en dormir en bleu.

vendredi 4 mai 2018

Note du jeudi


(Le clip de la beauté)



En ce moment, je dors plus de neuf heures par nuit.
Oui, ça demande un peu d'organisation, de s'éclipser aussi longtemps.
Mais je suis reposée et apaisée, plus forte et stable.
C'est comme une retraite dans un ashram, en moins loin et moins cher.



C'était une journée jolie, faite étrangement de cadeaux.
Parce que mes copains sont gentils et doux, je suis l'heureuse propriétaire d'un caddy pour les courses en wax et la nouvelle amie d'un lierre qui s'appelle Rufus (nom soufflé par une douce amie).
Des gentils, je vous l'avais dit.



En vrac :
- J'ai fait du sport avec plein de muscles et de musique, de la soif et des tremblements.
- J'ai mis de la sauge et du romarin à sécher, pour faire des bâtons de fumigation (hashtag crevure de hippie). J'essaierai de vous en envoyer, dites-moi (sur Instagram, je suppose. Et quand ils seront prêts)
- Je suis allée au marché, j'ai parlé avec la douce F., celle qui vend de très bons légumes. J'étais fière de moi parce que mes courses étaient zéro déchet. Avouons-le, ça demande de l'organisation, tout ça. Je pars demain dans une boutique éloignée de ma zone de confort, à pattes (j'ai dépassé les 25 ans et je n'ai jamais passé mon permis, confettis et fanfare, merci !) et avec des bocaux. Principalement pour des graines de chia et du sel. Voilà voilà... Passionnant, non ?
- Je porte avec élégance un masque argile verte et vinaigre de cidre, je sens la terre et la vinaigrette. Ça me fait penser au jour où j'ai fabriqué un bonhomme-terre en déblayant des gravas, lors d'un séjour en woofing.



Je vais faire des choses aussi intéressantes que brûler une bougie, écouter de la musique en faisant la vaisselle (et en dansant, ok).

Je vous aime.

jeudi 3 mai 2018

Où la distance palpite




Comment la douleur se transforme en souvenir serein ?
C'est une préoccupation. 
J'ai un peu peur de cette mutation. 
Est-ce que ne plus le pleurer à en crever, c'est l'oublier ?
Non, évidemment. Mais c'est à ancrer en moi, encrer sur moi et bercer chaque nuit

C'est un peu intimidant, de voir que les émotions changent.
De sentir que je ne réagis plus de la même manière.
Il m'arrive d'avoir très mal, évidemment. 
Mais désormais, je me sauve la peau.
Là où j'aurais laissé les chagrins m'écorcher, où j'aurais traqué les larmes pour m'y noyer, restent désormais des manœuvres d'urgence, des protocoles de soin et la surprise d'un "ça va tellement mieux".



Je crois que c'est un peu lié à ce jeudi en confettis, à vous.
Je me suis sentie grandir, muer et m'apaiser.
Il reste quelques résistances, évidemment.
Parce que c'est complexe, de se délaisser du chagrin.
C'est bien plus facile de laisser les ombres dévorer les heures, de se conforter dans une adoration funéraire basée sur la douleur.

Mais après ce long weekend de célébrations, après ces semaines avec vous, j'ai réalisé.
Souffrir le martyre n'a rien à voir avec le souvenir.
Il s'agit d'honorer, de se recueillir, pas de s'écorcher.



Passent les jours, les chagrins, les terreurs. 
Restent sa silhouette dans le soleil d'été, ses mains sur le volant, ses yeux bordés de rires.

Passent les saisons, les affres et les regrets.
Restent l'amour, les beaux et les infimes grandioses.



Alors oui, j'aurais mal. 
Encore et encore et encore et encore et encore et encore.
Mais j'irai mieux.
Un peu plus et un peu plus et un peu plus et un peu plus et un peu plus et un peu plus et un peu plus et un peu plus et un peu plus et un peu plus et un peu plus et un peu plus et un peu plus et un peu plus et un peu plus. 


Résidera lui, lumière et paix, à trois pas de moi. 


Vivra moi. 

mercredi 2 mai 2018

De la rigolade dans le recueillement


(Il y a cette chanson adorée, de Sufjan Stevens, cet acoustique que j'ai chanté quelques fois.
Mais cette nuit, sur le tabouret de la cuisine, l'instant parfait.
B. qui joue sur la guitare de T.
Ma voix encombrée puis légère, écho aux années où on la chantait dans la voiture avec lui, avec eux, entre Rennes et des aventures, entre la ville et la mer, entre janvier et décembre.
"You came to take us
All things go, all things go
To recreate us, 
All things grow, all things grow"

On a chanté Bon Iver ensuite, mes pieds froids sur le carrelage, mes mains frissonnantes de l'émouvant.
J'ai tant pleuré ces derniers jours. De beau, en éternelle bouleversée. Le deuil, meilleur alibi pour émotive)



J'ai remonté ma rue dans la magie.
Nuit noire, église flamboyante et béton griffé de couleurs.
Dernière heure de mardi.

Aujourd'hui, je me suis réveillée la porte entrouverte sur la maison silencieuse.
J'ai bu du thé dans la cuisine avec sa mère, en écoutant France Inter.
J'ai arraché des mauvaises herbes dans l'allée, en pyjama.
Je suis rentrée au terrier prendre quelques affaires, pour filer courir sous le ciel bleu avec son père.
On a vu un teckel qui faisait son jogging, en lançant ses pattes très haut. Il avait l'air de penser à son corps de juin en maillot de bain, préoccupé.

On a déjeuné dehors.
Plaid tricoté par ma mère, odeurs de feu de bois.
Attroupement de mecs autour des flammes et cette question éternelle : pourquoi dès qu'il y a une étincelle, les hommes s'approchent en animaux primaires ? Héritage ancestral.
J'ai mangé des trucs de hippie, en pas beaucoup parce que j'avais boulotté deux courgettes crues dans mon transat (comment Mathilde ? Comment ?)

Aujourd'hui, j'ai fait du yoga dans le salon, avec sa sœur et trois copains costauds.
Une cérémonie du cool et du recueillement. Je me trémoussais, j'avais mis ma super playlist de rap.
J'ai fait la sieste sur le trampoline, avec un oreiller, une couette et mon plaid. Parce que contre toute attente et après de longues heures d'expérience, c'est un super endroit pour dormir (ça vient des ressorts).
J'ai joué avec la chienne de B., qui comprend mal le concept et se contente de me regarder sauter partout en criant des mots d'amour. Elle se tournait souvent vers B. avec un regard satisfait : "T'as vu, je fais jouer ton humain de compagnie !"
J'ai eu ma mère au téléphone qui m'a raconté la nouvelle aventure de mon sharpei de l'amour, Nikki. Une histoire de coussinet blessé et de petit produit qui ne pique pas à appliquer. Mais Nikki déteste se faire soigner. Ma mère, ma douce maman, a dit très sérieusement : "J'ai réussi, je lui ai fait une clef de patte". Je rigole encore de cette phrase, et en rirais encore longtemps.
Il y a beaucoup de chiens dans ce billet, la journée était bonne à ce point.



J'ai aussi pris le temps d'être seule.
Ecouter la radio et arroser mes plantes.
Respirer la glycine et boire des herbes.
Dérouler mon tapis et baisser les cils.
Sentir l'odeur de son cou et son tee-shirt bleu marine dans ma main droite.
Avoir un peu peur de juillet, mais ça ira.
Parce que toujours, maintenant.

Il nous a offert des belles vies, alors ça ira.



Après hier soir et cet aujourd'hui doux, je me sens apaisée d'armes et de renforts, de douceurs et d'infinis, d'éternels et de ravis.



Sa main tendue dans la nuit.
Toujours, même maintenant.



Des paumes inconnues dans les heures.
Aujourd'hui et demain.



Demain.
Toujours, des demains...

mardi 1 mai 2018

La grande messe


(Merci T., pour l'amour et la force, incommensurables.
Merci pour cette soirée au goût d'immortalité.

Merci vous, pour la douceur et l'attention.
Merci pour les mots si touchants)




Dernières heures de la nuit, premières heures du matin.
Courbatures aux jambes, visage déshabillé.
J'ai noirci un carnet dans le canapé de B., eux qui continuait à crier, danser, chanter, boire. 
Je me suis endormie contre l'accoudoir.
Et réveillée sous une caresse, une voix qui me guide jusqu'au lit douillet et la couette chaude. Baiser sur le front et corps bordé.
Merci l'amour. 



Mes yeux noyés, des dizaines de fois.
Ma gorge grattée d'un rire, des dizaines de fois.
Des baisers, par cargaisons pétaradantes : joue droite, front, joue gauche, main droite, cou. Je suis armée pour mille terreurs. 



"J'ai vécu la pire chose qu'une mère peut vivre. Mais vous voir tous là, c'est..."
Il y avait ces dizaines et dizaines de beaux vivants. 
Corps qui ondulent, sautent, s'embrasent, s'embrassent et s'étreignent.
Elle rit, clame que leur mariage était nettement moins fou.
Et me raconte, la première fois où on a tous déjeuné chez eux.
Ce jour-là, en bref tête à tête avec son fils, notre doux T. : "Elle est drôle, cette fille".
Et lui, les mains chargées de verres : "Oh, c'est Mathilde ça ! Elle est tellement géniale !"
Elle me dit, son sourire immense et ses yeux brillants.
Me serre dans ses bras. 
Mon T. ! 



J'ai entendu des merveilles sur lui.
J'en ai même découvert quelques unes. 
Quand il était petit, il faisait des chantiers en roulant avec son petit vélo dans la ferme de son grand-père. Il tendait son poignet pour saluer les gens, comme son papy aux mains sales.
Certaines merveilles me concernaient, en vrai de vrai et en mots confiés au-dessus de bières. Lui qui raconte qu'il m'aime. J'en ai pleuré des rires fous au-dessus de mon verre. 
Certaines merveilles me concernaient, en vrai de vrai et en mots jetés dans une voiture. "J'ai tellement, tellement peur qu'elle ne meurt..."  : T., ses larmes rageuses contre le volant et B. qui lui sert l'épaule. Je m'en suis réfugiée contre eux, et on s'est extasié devant notre force. Ils m'ont raconté le lendemain de ma grande confession, après les chutes et les glissades, celle en forme de "j'ai voulu me tuer et en fait non". T. pensait avoir échoué, alors encore une fois, les larmes. Cette nuit-là, ils ont râlé, braillé, bu, fumé et constaté : c'était pour lui que j'avais fait demi-tour. Pour eux. Pour les lendemains. Je me suis réfugiée contre eux et on s'est extasié devant ma force.

D'autres merveilles effleuraient sa douceur infinie, sa beauté grandiose, sa bonté incroyable. 
Il a aimé.
Il a été aimé.
Il est aimé.

Il est sacrément aimé.
Il aime sacrément. 
Disparaît le corps, reste l'amour. 



Je suis arrivée seule, avec des fleurs sauvages et le ventre noué.
Je suis repartie avec mon clan, ma bande, voiture-balai derrière un groupe d'infatigables fêtards, bar fermé et émotion intense.
Là, sur ce trottoir, il y a  B., qui me dit "Wait a second". Attrape ma main gauche et vite, si vite, m'enlace en si fort et pieds au-dessus du bitume. Mes bras en costaud, encore une poignée de secondes et on serait passé l'un à travers l'autre.



En vrac, il y a eu : 
- Les copains australiens qui ont joué quelques uns de leurs morceaux.
- La sœur de T. qui raconte des histoires adorables de leur enfance.
- Soudainement, nous quatre, le clan, la bande, côte à côte et silencieux au comptoir du bar. Regards complices, main sur main sur main sur main, pile des inséparables. Brève étreinte et un shot, pour celer un tout. 
- Les parents de T., qui dansent l'un contre l'autre, les joues trempées. 
- La playlist incroyable et P. qui me remercie d'avoir glissé tant de souvenirs là-dedans. 
- Les danses endiablées et hilares. Les danses quasi chamaniques et émues. 
- Le patron du bar, à la sortie, qui nous raconte. Que jamais, jamais, il n'aurait pensé vivre ça un jour. Que c'était beau. Parce que oui, c'était beau, sacrément, sacrément beau. 
- Des paroles de chansons hurlées dans cette foule, murs vibrants de dizaines de voix. 
- Le retour à pied chez B., marche étrangement rapide. 
- Le sentiment merveilleux d'avoir célébré en grand, en immense. 





Dernières heures de la nuit, première heures du jour. 
Nous y sommes.
Joyeux pas d'anniversaire, T. ! 





Et merci.
Pour la belle vie que j'aurai.
Parce que tu as été. 
Parce que tu es.
Parce que tu seras. 

Parce que ta main tendue dans la nuit.
Encore maintenant.
Parce que ta main tendue dans la nuit.

Toujours.

lundi 30 avril 2018

Avant le pas d'anniversaire, jour 2


(Je me souviens avoir regardé ce clip des dizaines de fois à sa sortie...
Dans la playlist de demain soir, ce titre.
Des chansons adorées de T., de moi, de nous tous.
Des chansons adorées, adulées, pour créer l'immortalité dans le devoir de mémoire désormais noué à nos poignets)



Déluge.
Je reviens d'une course où il fallait avoir la foi.
Même avec mon super tee-shirt Led Zeppelin et une playlist cool, c'était une épreuve de force.
Mains mouillées et baskets inondées.

Au retour, la tasse brûlante sur la table basse et les vêtements qui sèchent sur la porte de la salle de bain. 



Depuis hier, je fais des trajets entre la maison de B. remplie de copains bruyants et ma solitude mélancolique nécessaire.
J'écoute de la musique en marchant dans les rues, franchissant des frontières et caressant des cicatrices.
Je rassemble l'essentiel, offre le subtil et cherche le repos paresseux.
J'ai l'étrange impression que nous sommes des soldats au camp avant la bataille sanglante, les mains sales et les peurs nouées.
C'est certainement parce que chacun, sous un rire tonitruant dans l'entrée, une blague graveleuse dans le jardin, un sommeil paisible dans le canapé, se tait les bras ballants devant le trop grand. 
Chacun, dans cette maison, a perdu T. 

Nous avons perdu T. 



Ça nous rapproche.

Ça nous éloigne.

Parce que face à la douleur, nous serons toujours seul. 
Il y a autant de chagrins que de cœurs brisés. 



Je me suis retrouvée là, au-dessus du marbre.
Pour la première fois depuis l'enterrement.
J'étais un peu troublée de voir l'identité dans le funéraire. Son prénom... Je ne l'ai prononcé qu'une fois, quand ils s'apprêtaient à l'emporter. 
J'avais dans la main droite les fleurs sauvages qui poussent dans ma cour, dans la main gauche les dernières négociations.
Et si je lui parle, il reviendra ? 
Et si je lui chante, il reviendra ?
Finalement, j'ai juste murmuré son petit nom, les lettres sautillantes, les sons riants.
Et j'ai pleuré, pleuré, pleuré, pleuré.
Je crois que ce recueillement gauche, seule sur le gravier, je ne le referai pas.
C'était important, d'y aller enfin. Certainement. Je ne sais même pas.
Mais ce n'est pas mon deuil, fleurir son absence. 



Demain, il y a le grand soir. 
Enfin.
Demain, il y a l'émouvant dans la fête, le tourbillon jusqu'au chaos et la vie, qui à la mort, se fera écho.


C'est certainement ça, finalement.
Une histoire d'échos.

dimanche 29 avril 2018

Avant le pas d'anniversaire, Jour 1




(Nous sommes chez B.
Exilée dans la cuisine, je les regarde venir, repartir, rire, prendre un verre dans le placard du haut, une bouteille dans le placard du bas.
Je prends un temps, observatrice sur la touche.
J'ai imposé Arcade Fire, en direct de l'Accord Hotel Arena.
Ils sont en train de jouer un titre de leur album Funeral, qui a bercé des mois et des mois de nos vies.
Arcade Fire, c'est depuis mes 14 ans, encore un groupe commun avec ma mère et... 
Si vous ne deviez regarder qu'un titre partagé ici, c'est ça... 
Ils ont joué dans un ascenseur. 
Et fendu la foule de l'Olympia pour jouer Wake Up...
ILS ONT FENDU LA FOULE POUR JOUER WAKE UP.
A L'OLYMPIA !
C'est d'une beauté bouleversante, ça vous coud des certitudes)


Il y a la tasse à côté, sur la table un peu abîmée.
Il y a des étiquettes de fruits dessous, blague de l'enfant qui taquine en moi.
Je ne sais pas si cette customisation a été découverte.

Les gars sont dans le salon, dans les canapés avachis.
Il y a mon préféré, celui en velours qu'on a offert à B.
On l'a trouvé dans une brocante, celle du canal Saint-Martin.
On s'était séparé en équipe de l'incroyable, j'étais avec T. et une désormais ex de P. dont j'ai oublié le prénom (oups, pardon pardon)
J'étais tombée sur ce trésor.
Un canapé trois places du vert d'un paon.
On l'a ramené en faisant des pauses, on s'asseyait dedans et regardait les voitures passer.
Des passants nous encourageaient en riant, des mecs sont descendus de chez eux partager une bière avec nous et un chien s'est assis avec moi.

Aujourd'hui, l'anglais règne sur un samedi rythmé par des "J'ai récupéré les gars à la gare" et "Elle arrive quand A. ?"

(Attendez, il y a une de mes chansons préférées, No Cars Go. Sortie en 2007, dans l'album Neon Bible.
Je vais pleurer de joie.
J'ai appris à chanter cette chanson pendant des trajets Rennes-La Torche avec toute la clique. 
T. était encore vivant et...
Oh mon Dieu, merci l'Univers de me donner ce son maintenant, merci. Tu ne me déçois jamais !)



Vous savez quoi ?
Si ma vie c'est désormais ça, je signe tout de suite.
Même la douleur, les matins terribles, les nuits d'angoisse, les rages angoissées, les peurs avides, le deuil parfois acide.
Je prends tout et le reste.
Parce qu'il y a la musique, les bouquins glanés ici et là, les ruelles qu'on redécouvre, les amis qu'on retrouve, les chiens joyeux qu'on rencontre, les concerts brûlants, les brasses déliées dans la mer glacée, les terrasses offertes aux grands vents, la paix qu'on cherche, les dimanches pluvieux et les regards langoureux, l'amour sans limite ni condition, les jours qui s'égrènent et la beauté de l'inconnu.

La vie nous offrira des trésors tels que ça

On y va ensemble ?
A deux.
Pas à trois, on est déjà découragé à trois.
Un...
Deux...

samedi 28 avril 2018

Adho Mukha Svanasana


Le yoga, ce n'est pas un truc d'étranges hippies, ce n'est pas un truc qui ressemble à des étirements.
Le yoga, c'est la sueur et les muscles, la discipline et le contrôle, la respiration et le mouvement. 
Le yoga, c'est se dédier à un instant, à son corps sur ce tapis, dans cet espace.



Rien n'allait.
Le chat que je garde en fuite, sa maman humain absolument pas inquiète (la mère juive en moi est quant à elle désespérée), le pas d'anniversaire.
Alors j'ai créé un refuge, comme un château d'enfants en couvertures et secrets.
J'ai déroulé mon tapis et mes vertèbres.
Et après bientôt dix ans de yoga, j'ai compris Adho Mukha Svanasana, la posture du chien tête en bas.

J'ai compris que cette douce inversion, c'est comme une ardoise magique.
Pour rester comme ça, bouger puis trouver l'immobilité, inspirer puis expirer, il faut laisser les troubles disparaître.
C'est comme dissoudre du sel dans de l'eau. 
Au fil de la pratique s'adoucissent les heurts.
Et à chaque rendez-vous avec mon adoré chien tête en bas, me défaire des amers. 



Ce soir, c'était comme de l'huile sur un rouage grippé.
J'ai pensé à lui pendant un petit temps.
Puis je l'ai laissé penser un peu à moi.



J'aimerai qu'il pense à moi en ce moment, comme on pense à lui. Comme je pense à lui.


J'aimerai qu'il sente cet amour qui s'étire jusqu'à son pas d'anniversaire, apogée.
J'aimerai qu'il sente notre amour, le leur et le mien.
J'aimerai qu'il nous aime autant que nous l'aimons, eux et moi.



Tu le sens, comme on t'aime ? 
On t'adore...
Prends soin de toi.
Prends soin de nous. 

vendredi 27 avril 2018

Effleurer des mémoires


(Ça sera moi et mes démons)



C'est toujours un bouleversement de savoir que des gens pensent à moi, parlent de moi.
Je crois que ça me sidère, me laisse un peu gênée, mal à l'aise.
J'effleure des mémoires.
Des gens pensent à moi.
Des gens pensent à moi...
Des gens pensent à moi ?

C'est peut-être un pied d'argile en moi, un gris dilué de la dépression, un chaos soudain dans un tiroir bien rangé.
Il y a ce nœud dans mes cheveux, celui qui tricote le "personne ne t'aime" en tapoti-tapota-tapote fort fort fort.
Tu n'as aucune valeur, rien rien rien ris fort allez rien rien rien.



A chaque fois que mon cœur s'engonce dans le costume étriqué du Je ne vaux rien, j'essaie de me répéter que j'ai été aimée, que je suis aimée et que je serai aimée.
J'ai été aimée.
Je suis aimée.
Je serai aimée.

Oh, par pitié, démêlez ce nœud.
C'est moche, de ne pas croire en ça.
De ne pas croire que l'on vaut quelque chose.
De ne pas croire l'estime qu'on me porte.
Parce que c'est ça, le pire : voir l'amour offert brûlé à l'acide.
C'est comme le syndrome de l'imposteur appliqué à l'intime.
Qui suis-je pour être aimée ?



A quel moment de ma vie s'est glissé sur moi cette crampe ?
Est-ce que je finirai par prendre ces beautés sans ce pincement sous l'omoplate, sans remise en question immédiate ?

jeudi 26 avril 2018

Mille fois





J'ai pris tous mes mots, mille fois.
J'ai revu la scène, mille fois.
J'ai rêvé ces baisers, mille fois.
J'ai cherché sa silhouette, mille fois.
J'ai senti son tee-shirt bleu marine dans ma main droite, mille fois.
J'ai guetté son visage, mille fois.
J'ai traqué son rire, mille fois.

Je prendrai encore tous mes mots, mille fois.
Je reverrai encore la scène, mille fois.
Je rêverai encore ces baisers, mille fois.
Je chercherai encore sa silhouette, mille fois.
Je sentirai encore son tee-shirt bleu marine dans ma main droite, mille fois.
Je guetterai encore son visage, mille fois.
Je traquerai encore son rire, mille fois.

Je pourrais écrire ça : il me manque. 
Mais ce n'est pas assez fort.
Cette absence, c'est faire, défaire et refaire les mêmes phrases et me retrouver tout autant démunie.
Cette absence, c'est un engrais sur la dépression, un combat à mener en plus de ceux dans mes bras déjà chargés.



Il y a ces jours et ces jours et ces jours vécus, les laisser infuser en moi et me séparer de leur vivacité. Déposer un voile sépia. 



Quand je suis entre deux séries de mille fois, que rien ne me retient plus si ce n'est l'acharnement, je donne tout.
Pas les mots, non. 
Les muscles.
Courir, courir, courir.
Nager, nager, nager.
Pratiquer, pratiquer, pratiquer.
Travailler, travailler, travailler.

Ce soir, courbatures et sommeil.
Il n'est même pas 21 heures.
Je caresse la dernière heure de ce mercredi et file m'écrouler.
Récupérer avant la prochaine course.

mercredi 25 avril 2018

En juillet





Mon tendre, 

Peut-être que si je me fais plus louve, tu reviendras.
T'écrire des mots qui ne seront désormais jamais dit, te parler des amours qui ne seront désormais jamais effleurés.
Peut-être que si je dis ces souffles sous le voilage en lin un soir d'août, tu reviendras.
Te soupirer, en languissante et femme au port.

Le soleil revient, la lumière et la peau offertes, les pas légers et les pluies effacées.
Le printemps revient, les nuages et les muscles effilés, les nuits attendues et les trésors cherchés.

Il y a ton pas d'anniversaire et juillet, les épreuves paraissent insurmontables.
Et pourtant.
C'est douloureux, que ce soit de plus en plus facile.
J'aimerai te saigner jusqu'à ce que cadavre s'en suive. 
Mais ça ne marche plus comme ça.
Il faut que je vive ta mort différemment. 
Vivre une mort... 



J'ai un peu peur de la douleur de juillet, de son corps écroulé et emporté par des bras inconnus, et du mien serré et plaqué au sol par des bras forts.
J'ai un peu peur de sombrer, de pleurer, de peiner, de crier, de trembler.


Mais ça ira.
J'ai tellement mal que ça ira.

mardi 24 avril 2018

Que reste-il de lui ?


(Il aurait aimé ça)


Sur le brouillon posé dans l'étagère, les petits mots.

Bientôt, ton anniversaire.
Ton pas d'anniversaire.

Je trouve ça insensé, que la date reste en moi comme ça.
Peut-être que c'est parce que c'est le 1er mai... Ça doit jouer. Je ne sais pas.

Je trouve tout ça très triste.
Vraiment.
C'est du gaspillage.
La fête sera merveilleuse, ces quelques jours incroyables.
Mais que restera-t-il de toi après tout ça ?
Que reste-il de toi ?
Est-ce que je vais te porter encore ?



Je crois que c'est un travail de chaque instant.
Il y a des jours faciles, où les heures défilent avec aisance.
Il y a des jours plus grinçants.

Je n'étais pas prête à vivre ça.
Je n'étais pas prête à évoluer dans ce "tout est à refaire" permanent.
Mais on n'est jamais prêt à ça, alors ça va, ça ne vient pas de moi.



Nous sommes lundi, en leggings et tisane avalée.
Je vais de nouveau dérouler mon tapis, faire du yoga, une pratique d'Adriene Mishler qui s'appelle "Yoga for self love" et écouter ma respiration.
Ma respiration...
Parce que je suis encore là.

Parfois, ça me fait chier, d'être encore là.
Pas de beaux mots, non, parce que c'est ça : "ça me fait chier".
Je suis dans ces instants vaguement en colère, assurément chagrine, je me sens nulle et conne et moche et et et et et jusqu'au fond de mes émois.

Aujourd'hui, je vais lutter contre tout ça.
A grand renfort de muscles et de respiration.

Ma respiration...

lundi 23 avril 2018

Coquille vide


(J'ai retrouvé cette chanson, quand T. me manquait cette nuit.
J'ai peur de juillet, de l'oubli de l'été, des mots vains et des plus jamais)




Grand chantier du printemps.
Balayer la cour, prévoir son lessivage.
Arroser les plantes et rempoter un petit rosier.

Au milieu de quelques feuilles mortes, des escargots, une vis, des petites fourmis et deux très gros vers de terre.

Découvrir une petite coquille vide, marron blond, blond marron, marron ou blond, blond ou marron.
Ellipses colorées en dilution.
Légèreté friable.

Que devient-on une fois la coquille abandonnée ?

Il est passé où, cet escargot ?
Est-ce un transformiste, qui a voulu vivre sa vie de limace au grand jour ?
Est-ce un minimaliste qui après avoir lu le livre de Marrie Kondo a abandonné son seul bien matériel ?
Est-ce un amoureux transi qui a laissé ses défenses derrière lui ?



Il reste quoi, de nous, une fois notre coquille abandonnée ?

dimanche 22 avril 2018

Note du samedi : Ishnaan




En ce moment, ce qui me fait lever, c'est la perspective de pratiquer ma séance de yoga les portes et fenêtres ouvertes, en écoutant les oiseaux réveiller la journée.

Chaque matin, c'est une victoire. D'atteindre la verticale, de ne pas m'engluer dans la dépression, d'avoir envie de vivre ces nouvelles heures.
Parfois, c'est dur. Très dur.
Et ces parfois sont les pires. Parce que j'ai peur de sombrer de nouveau.
C'est une histoire de jamais plus et de pour toujours.
Je me souviens avec sidération de ces mois passés à penser au suicide dans mon lit. Dès le premier battement de cils, dès la lueur de conscience, c'était là. Je voulais me tuer. Je ne me disais pas "Je veux mourir". Je me disais "Je vais me tuer". Des images se dessinaient en moi, mon corps pendu ou drogué, et. Non, chut, on est samedi soir, je pars tout bientôt rire avec le clan, la  bande, alors chut, chut, chut. Mais en fait, ces images ne sont pas si terribles, c'est plutôt le reste, ce qui restera tatoué sur chacun de mes organes. Je. Chut.
Alors maintenant, c'est une question de survie, ces quelques minutes au réveil. Ce n'est pas une figure de style, un beau ton sépia sur un quotidien, c'est du vrai : c'est une question de survie.

Pour survivre, je médite d'abord quatre minutes. Très exactement quatre minutes, oui. Encore sous la couette, me rappeler que je suis là, et que ce n'est pas si mal. Ecouter ma respiration, sentir se diluer le sommeil et tenir à distance la vilaine.
Pour survivre, je bois un grand verre d'eau. Vite et bien.
Pour survivre, je fais du mini yoga. Je crois que ça consiste surtout à faire le chat en soupirant d'aise.

Après, c'est l'heure d'un autre combat : Ishaan.



Ishnaan, c'est un truc de crevure de hippie que j'ai longtemps pratiqué, un peu abandonné, et gaiement repris.
Ishnaan, ça consiste à ne se laver qu'à l'eau froide. La plus froide possible. Jusqu'à ce que la température soit agréable (je crois que c'est une affaire de trois minutes, comme le brossage de dents).
On pratique ça dans un rituel bien établi, aussi vieux que le yoga. Réveil aux aurores (4 heures, normalement...), ablutions (nettoyage de la langue, rinçage du nez, des oreilles et des yeux, sept coups d'eau sur le visage (pour les sept chakras)), Je coupe là, parce que je suis intarissable sur le yoga mais ça ne vous intéresse probablement pas.
Donc, au moins ce fameux Ishnaan.
D'abord, il faut se brosser le corps consciencieusement, s'enduire d'huile (ça me fait toujours penser aux vieux péplum) et de courage.
Mouiller les pieds et les mains.
Et se jeter à l'eau.
Les petits cris et jurons sont en option.

Pourquoi, me direz-vous ?
Les bienfaits sont multiples, mais le plus cool à mes yeux, c'est de commencer la journée sur une sacrée victoire. Avoir trouvé le confort dans l'inconfort, fait preuve de volonté. On n'a rien à envier à Beyonce, on a vaincu la facilité de l'eau chaude. C'est immense.



Peut-être que c'est ça, les petites victoires.
Faire en sorte de n'avoir rien à envier à Beyonce.

samedi 21 avril 2018

Note du vendredi : une échappée



(Je vous glisse ça ici, c'est tellement chouette...
Si peu connu en France, mais je ne désespère pas : un type en a parlé sur France Inter)




C'est la journée de la fuite, du filons vite et pas si loin.

J'ai couru au parc à dix heures, le dos chauffé au soleil.
J'ai donné un cours de yoga, traîné en short dans ma cour et mangé du melon. J'ai fait un vœu parce que c'était le premier de l'année, mais râlé parce qu'il venait d'Afrique (je n'ai pas vérifié auprès de la dame au marché... Pardon la Terre, j'ai merdé)
J'ai récupéré un super tapis d'acupression et essayé de lâcher prise dans l'inconfort. Sans trop dire de gros mots. Mon dos était brodé de petits trous.
J'ai acheté deux avocats absolument pas mûrs pour les garder en réserve, regardé la météo et réfléchi à ce que j'allais manger ce soir (il n'est absolument pas envisageable de faire chauffer le four ou les plaques)

J'ai surtout pris le temps de ne rien faire d'incroyable et de le faire super bien.



Je suis allée me promener aux Gayeulles.
J'ai vu des petites pousses merveilleuses, un lapin, une superbe voûte de branches que j'aurai voulu en ciel de lit, des canetons qui paressaient dans l'herbe avec leur maman et une minuscule rivière.
J'ai bu plein d'eau à l'ombre, mis deux orteils dans un étang et tendu mes bras au ciel.


Maintenant, je vais couper des légumes et nettoyer un mur de ma cour, appeler les copains pour qu'on s'organise une baignade demain (Rennes a désormais un bassin nordique, je ne suis que joie !) et un verre à Mythos (ça se termine dimanche...).
Ça va être rien, mais ça va être bien.
J'espère que ce billet est un peu ça : rien, mais bien.