lundi 18 octobre 2021

Nuit


Prends comme ça,

Le vent, la pluie, l'ennui et l'effroi et la nuit, 

Prends tout ça.

Il y a la rue, les passants qui te dépassent et dont l'élan t'enlace, ton sac trop lourd et le jour trop raide, trop raide à avaler puis dévaler,

Il y la musique du manège aux toitures, chants d'un mort et de l'acier scié, 

Il y a tout, puis plus rien, 

Plus rien, comme la nuit, 

                                                        comme cette             

                                                                                        nuit.



dimanche 17 octobre 2021

Dimanche, bleu

 


21 petits moineaux dans la cour,

12 soupirs, il est automnal de prendre le vent.

Bleu, le ciel,

Et puis mes mains et ma bouche et mes pieds.


C'est le jour du lessivage des cheveux, trombes d'eau et de grimaces, ça tire et se coince et tombe et s'emmêle. C'est le jour du petit rien déjà trop. J'ai mal dormi et le réveil a été perdu, entre sept heures et dix heures. J'ai tourné et somnolé, senti le froid sur mes épaules et l'envie d'un thé qui ne résiste pas au poids de la couette et du rivage. 

Il est cette heure idiote, 14H58 de rien du tout, de bâillements à tout, à mes mains et ma bouche et mes pieds. 

jeudi 14 octobre 2021

Jeudi comme en novembre


J'ai voulu dormir, faire une petite sieste comme un gardien de parking dans sa guérite, mais je n'ai pas réussi. Je ne m'endors qu'en tout bien abandonnée, alors en un peu assise et un peu préoccupée, la ligne ne se coupe pas et je continue de mordre sur la veille.

Il fait grand soleil et grand jeudi, je guette le frais et le retour au terrier. Vite, le pyjama, vite un petit truc à manger, regretter sûrement de ne pas avoir fait de soupe (dans dix jours, ma mâchoire sera mise en location à force d'avoir été inutilisée, soupe & crêpes & porridge & curry)(Je mange des pommes et du pain un peu sec et très grillé, pas d'inquiétude). J'enlèverai mes lentilles et ferai le lit, je sortirai le livre de mon sac et le trimballerai, paillasson & salle de bain & cuisine & lit. Vite, vite fini le jeudi, je suis fatiguée comme en novembre.

mardi 12 octobre 2021

Coriandre


J'ai dansé sous la douche puis je me suis souvenue que je n'avais pas de mutuelle, alors j'ai juste rappé, très mal et très fort, mais très sérieusement. 

J'ai mis un pull sur un pull et mes mains sur ma fatigue, si je me frotte les yeux ça va partir. C'est toujours comme ça, mes départs, je frotte jusqu'au feu et file un peu, ne reviens pas vraiment. Je vis en recluse et c'est parfait, j'ai des mondes à entretenir et puis dehors, ça fait tout pourrir. J'ai marché hier dans la rue, je voulais voir des livres et le soleil, j'ai juste goûté les regards de quelques hommes, chiens des quais. Alors je suis rentrée. 

J'ai bu du thé dans la cuisine, j'ai trié le bouquet de kale déjà fatigué. J'ai trouvé que la coriandre était vraiment une herbe qui exagérait. J'ai trouvé que les jours passent et rien ne s'efface. Je me suis demandé si c'était avant comme ça, avant les portes fermées et le monde figé. Je me suis demandé comment je faisais, comment ça se faisait, que je n'avais pas encore hurlé, que je n'avais pas encore frappé, que je n'avais pas encore craché sur leurs gueules en biais et enfoncé mon genou dans leurs ventres mous, leurs bites puantes. J'ai jeté la coriandre,

j'ai repris mon souffle, 

et frotté mes yeux.

lundi 11 octobre 2021

Décalage


Le réveil prend des fantaisies. Il se bloque puis repart, me flatte en me laissant croire que je me suis réveillée à 8 heures alors que 9 va sonner à l'église en haut de la rue. Je vis sur une parallèle, un fuseau horaire personnel et imprévisible. J'ai tiré le rideau et c'était le brouillard des matins frais qui deviendront bientôt froids. J'ai tiré le rideau et me suis recouchée, petit pull et gros thé, petit lundi et beau livre, "Et toujours les Forêts" de Sandrine Collette. Il parle de la fin du monde et de la faim d'un futur, n'importe lequel, de cet élan perpétuel au cœur de l'homme parce qu'il ne peut pas se résoudre à rester bloqué dans une situation. Il n'y a plus un arbre et plus une plante, du gris et les failles, l'animalité en chacun, l'acidité des ruines et le sucre de l'imaginaire salvateur.

Je me suis demandé comment je ferais, si la fin du monde arrivait en un instant, une fraction de seconde. 

Puis j'ai vu le ciel bleu tirer mon deuxième matin, j'aurais bien le temps de penser au gris


dimanche 10 octobre 2021

La nuit au matin


Mon dos m'a réveillée, cette douleur qui pointe et se fraye un chemin sous la couette et la peau. C'était la nuit plus vraiment noire, nuit encore, c'était la première fois depuis longtemps. J'ai pensé au livre commencé, mis la radio dans le noir (pour écouter un monsieur parler de jardins, c'est mon histoire préférée des matins France Inter au lit) et mon corps en petit rond faussement tranquille. Si je pointe mon pied, non, si j'enfonce mon talon, un peu, si je prends ma cuisse, oui, si je, non là ça fait trop mal alors je me mets sur le dos et fais le gisant. J'ai mal depuis deux ou trois jours mais j'ai l'impression que ça fait deux ou trois siècles. 


Je crois que ça fait deux ou trois fois que je tape des mots et les efface, je n'ai rien à dire.

On dirait un télégramme.

Je vais cuisiner des trucs STOP J'ai fait un chutney de tomates et je me suis sentie très adulte en retournant le pot pour le stériliser STOP je voudrais aller voir Deen Burbigo STOP j'aimerais qu'il ramène à cette date Jazzy Bazz STOP c'est presque devenu une condition STOP parfois tout me manque STOP d'autres je prends le rien des vents STOP souvent je STOP

vendredi 8 octobre 2021

Vendredi, un octobre

 



Je me suis assise, bizarre comme ça parce que dos coincé comme ça, douloureux plutôt.

Je me suis assise, et je note : 13 heures 56.


Il y a, 

Le chat qui est un ami dans le placard, oui,

Le bleu du ciel qui serait un royaume seulement si,

L'odeur de la gaulthérie, sur mes mains et mon teeshirt et mon dos et ma hanche et ma fesse et aïe.

Je ne sais pas trop ce que j'attends, si je guette la nuit ou le froid, si j'aimerais pleurer ou crier, si j'aimerais contenir encore et contraindre toujours, fuir les foules et goûter la mer d'hiver. Je piaffe ces derniers jours, je m'impatiente, je voudrais un tourbillon. Je crois parfois que je ne ressens plus rien et j'ai peur, peur du vide aux lèvres et du cœur raide. 

Alors je lis, beaucoup beaucoup, et j'écoute, beaucoup beaucoup. J'écris dans un carnet, couverture éraflée d'un jour étalé dans un jardin. Je n'écris pas ici, alors ce n'est plus trop chez moi, il n'y a plus un miroir et un fond de thé. Alors tu vois, voilà, depuis, j'ai les cheveux longs pour en donner, mes bras très tatoués pour embrasser et mes mains à jamais encrées, bandit bandit, pour me rattraper. J'ai changé l'armure et sûrement le cœur, j'ai pris des coups de soleil et des semaines sans sommeil. J'ai écrit de la poésie sur une feuille abîmée, puis Desnos sur mon bras, la paix dans un café et l'amour à la plage sans l'ahou chachacha. 

Et puis aïe, ouhlala, 

Je lis mon corps au sol, bleu pas loin et m'étire, taquine la douleur et sur le tapis, 

gaulthérie.