jeudi 26 mars 2020

Et le printemps, sans nous

De chez moi, je ne vois pas le soleil. Juste une brassée de ciel bleu, des toits. J'ai souvent l'impression d'être au fond d'un puits. C'est parfois lumineux et doux, un nid sous la clémence de dieux que je m'écris. Et puis une page se tourne, une encre se sèche et un orage gronde : la paille du nid irrite les contours du corps étriqué, tricote une camisole et la folie.
Rez-de-chaussée sur cour, je mesure le beau temps à la température du béton sous mes orteils.
Avril arrive, pas un fil et des rivages que j'ai du mal à garder près de mes brassées, mes cieux bleus et mon émoi. Alors la main sur le cœur, me rappeler que c'est là, la maison. Sous ma paume. Peu importe les murs qui se resserrent autour de moi, les jours qui passent et dépassent l'espoir que ça rentre vite dans l'ordre. Parce que l'ordre, il n'y en a plus, alors maison, maison, maison sous la paume et en chœur : maison maison maison.

Je guette les bourgeons de l'arbre.
Je sais déjà que je soupirerai comme agacée d'une blague trop longue.
Je guette les hirondelles.
Je sais déjà que ça me pincera comme chagrinée du deuil d'une mort hypothétique.



C'est un long dimanche, fil d'Ariane qui défie la folie entre les immeubles et les mésanges. Peut-être que ce sont elles, entre leurs pattes et sous leurs ailes, qui floutent les jours et les terrassent. Elles volent et se posent sur les murs et sous les fenêtres, figent l'heure et la vie, chantent et malgré tout, merde, malgré tout, me font rêver. Alors j'attrape un printemps et le fait paume sur le cœur, maison maison maison.

mercredi 15 janvier 2020

"Setter irlandais"






10 heures 36

Hier, j'ai vu deux énormes poubelles jaunes passer alors que je sortais de l'immeuble. J'ai failli faire demi-tour, mais pour une sombre affaire d'âge adulte et de salaire, j'ai affronté la tempête.
Ça m'a permis de voir ce setter irlandais toujours ravi et cinq bus coincés dans un carrefour. Si j'avais eu le temps, je serais restée pour me moquer.
Des chauffeurs, pas du chien. C'est un chien quand même, mettez du respect.

Alors mercredi de pluie, encore.
J'ai juré devant la fenêtre et entendu l'église sonner une cérémonie funéraire.
Et espéré revoir ce chien, quitte à me faire rincer la gueule.


(Pourquoi j'ai déménagé ici ?)



mardi 14 janvier 2020

"Janvier"


J'avoue, je mets ce son la plupart du temps directement au passage de 2Fingz : le passe-passe entre Népal et Doums me laisse toujours aussi essoufflée.




10 heures 54

En janvier, c'est facile de trouver que la vie, c'est de la merde.
Je vois à peine mon reflet dans le miroir les matins, entre la mine de vampire chagriné et le sommeil parti probablement en vacances.
Il pleut depuis le milieu de la nuit et ma liste de pays ensoleillés me tourne dans le crâne, alors que l'été, ce n'est pas non plus mon truc, rapport aux deuils, à la peau trop offerte aux regards masculins sans dentelle et désormais aux tatouages que je vais devoir couver.
Ouais, nan... Janvier...
Du thé.

lundi 13 janvier 2020

"Quand la mer se retire"





10 heures 45

J'ai passé des jours sombres. C'est finalement plutôt risible, il y en a eu des bien plus noirs, bien plus lourds. Mais quand on est déjà passé à ça du suicide, tout paraît plus léger. Je ne crois pas que ce soit une histoire de recul, cette période reste si trouble. Et puis j'étais parfaitement... Inexistante ? Oui, inexistante. Ne pleurez pas, d'accord, il est minuscule ce "Ça" mais visiblement je suis plus grande que lui et c'était il y a presque longtemps. Et puis je ne suis même pas désolée pour moi, j'ai trop à faire quand je dois me sauver la peau.
Reste ce petit accroc irritant : désormais, quand je trébuche, je vais très loin et très vite.

Alors samedi, j'ai erré dans les rues au bord des larmes et des cris.

Là, ça va.
Il y a eu plus glorieux, mais je prends, je prends même bien volontiers, parce que je sais l'odeur de la peur quand la mer se retire.
Je sais la gorge nouée quand le temps se fige et l'envie viscérale de mourir.
Il n'y a pas d'autres mots, parce que c'est ça : mourir.
Mais l'eau part et je garde au ventre ce mantra : C'est une réponse permanente à une douleur temporaire.
Et je ne meurs pas.

vendredi 10 janvier 2020

"Rien"






11 heures 02

Je n'ai rien à dire alors je l'écris.
Je finis mon café en grimaçant, l'appartement sent la tartine grillée et le weekend qu'on voudrait immédiat.
J'observe mon dernier tatouage pelé, se faire petit désert étonnant et étonnamment intrigant.
Je suis censée écrire, tout ça et plus encore, mais je suis fatiguée.
Alors je me distrais, j'ondule dans le terrier (et la tartine grillée donc) et sautille mes classiques.
Je m'abîme à écouter l'album de Népal et trouve que posthume est le mot le plus obscène de nos jeunesses et ce rappeur qui n'avait rien de spécial un type si génial.

jeudi 9 janvier 2020

"V2"


Je fais très souvent l'intro à mon public blasé.
En Diva Voyelle mais quand même jusqu'au "Au volant dans ma caisse".
Quelle chienlit.




10 heures 13

Je regarde le ciel nous tomber sur la tête, ça fait des tempêtes intimes et une bruine vicieuse.
Se lever dans la nuit, travailler dans le jour gris et rentrer dans l'obscurité.
Il y a de quoi devenir fou.
Mais je suis folle de mille petits tracas précédents et pas météorologiques, alors j'ai une longueur de pluie d'avance.

Je reprends Supernova depuis le début.
Et bizarrement avec entrain.
Je réalise que j'ai changé, ou alors c'était en moi depuis toujours, parce qu'après tout, je suis capricorne. Acharnée, têtue, bosseuse, donc.
Mais exigeante aussi, perfectionniste.
Alors que j'écris des dialogues je me massacre de plein de petites notes. Est-ce que je veux que le lecteur rit, est-ce que je ne fais pas trop coller cette héroïne à moi, est-ce que ces deux personnages ne sont pas trop similaires.
Doucement, doucement.
Page 1, Supernova V2.

mercredi 8 janvier 2020

"Jamais tiède"






9 heures 38

Lumière allumée et café que j'espère encore fumant, c'est un matin aux soupirs de soulagement mais aux craintes déjà amorcées.
Je compte les réveils nocturnes et décide que si, j'ai gagné.

Lampe allumée et sur le bras, feu du tatouage encore neuf.
J'aime l'excès et les rien à moitié.
Octobre, aucun dessin et janvier, sept.
Rien à moitié, tout en entier, jamais tiède.
Aiguilles indexées sur le taux d'ensoleillement, calendrier soumis à un budget et campagne militaire où je prie une souffrance et découvre ma surprenante endurance.
Pas un sourcil, pas de dents serrées.

Lampe allumée, jour neuf que j'aimerais bref pour m'y créer une cabane en plaid et carnet.
Quelle endurance.