vendredi 9 novembre 2018

Vendredi sur novembre en automne


Encore des bornes à faire.



Sur le bras gauche, la blessure.
Sur la main droite, l'autre blessure.
A gauche, Verlaine, le chat mignon mais en plus mignon parce que c'est mon chat.

Je me suis réveillée écrasée, troublée et défaite.
Il y avait pourtant cet endroit entre mes omoplates, le triangle de la solitude, celui qu'on ne peut pas toucher seul. Il était apaisé et vibrant de calme.
J'aime me dire que quelqu'un l'a caressé et béni pendant mon sommeil.



13 heures 58.
Appartement ouvert sur mes espoirs de froid.
Verlaine s'endort, rêve un peu. Une moustache tremble, minuscule mouvement de patte et variations de souffle.

14 heures.
J'ai l'impression de devoir lutter, à cet instant précis.
Mais je ne sais pas trop contre quoi.
Sûrement moi, encore et toujours.
C'est toujours moi.

14 heures 01.
Comment vais-je trouver un jour l'apaisement complet ?
Quels mots seront là pour me repêcher ?
Soirs délirants et pensées obsessionnelles.

14 heures 02.
Pourtant, bizarrement, ça va.
C'est inconcevable, mais ça va.
Je pense que j'ai un peu peur.
Cet apaisement relatif rend les morsures bien plus effrayantes.
Comme un plein phare et mon regard sur une ombre qui s'étale sur tout un souffle.



14h04.
La traque.

mardi 6 novembre 2018

Novembre


Je crois que j'écoutais ça à cette époque.
Paris la nuit, à l'arrière d'un scooter.
Je me retourne et regarde les arbres du boulevard me bénir sur mon passage, le vent me gifle et m'enlace. 
En rentrant, on a fait l'amour sur le parquet. Il y avait des gouttes de pluie près de la fenêtre et le tapis faisait un pli sous la table basse.


Dans un bol, la soupe.
A la fenêtre, les bougies.
Dans la cour, les feuilles.
Sur la corde à linge, rien.
Dans la tasse, le thym.
Sur les épaules, un manteau sur un gilet sur une blouse sur un tee-shirt.
Poche droite, des mitaines.
Poche gauche, un bonnet.
Sur les bras, un vague flou de l'été, cicatrices qui se fondent dans la peau.
Sur les cuisses, chair de poule des matins loups.
Aux pieds, deux paires de chaussettes et un monde glacial entre les orteils.
Dans le canapé, un plaid et un livre, le chat et une nuit infinie.



Avec application, le magnésium dans le petit verre rose de la salle de bain, le lainage dans lequel je me cache et mes bras qui s'étirent s'étirent s'étirent s'étirent.
Ventre couleur pleine Lune offert aux dénouements, ils atteindront un jour un monde céleste.
Cristaux de palpitants sous les ongles, poignets mordus de regards étrangers et peau caressée de dialectes ancestraux.
Les pieds sur le carrelage, je regarde le terrier se refléter dans les fenêtres, nuit opaque troublée par l'éclairage de la ruelle.
Je tapote avec mon majeur droit l'os de ma pommette puis mon front, os contre os rassurant et inexplicable.
Je repense à cette étreinte, en animal et en craque-moi, en peaux éprouvées et en yeux révulsés, en souffles perdus et oublis lovés.
Je ne me souviens plus du nom de sa rue.
Il avait une constellation sur le bras gauche et une cicatrice sous le nombril.



Les pieds sur le carrelage, tempêter novembre.
Craque-moi.

dimanche 4 novembre 2018

Avancer


(Je m'en veux souvent, de ne pas chercher à faire un truc de mes mots.
Je me sens gâchée et paresseuse)



Alors voilà, j'ai eu peur.
Elle m'a dit que j'avais beaucoup avancé en quelques semaines.
Et j'ai eu peur.
Je me suis drapée dans cet humour maladroit, celui de la gêne qui maîtrise l'agressivité.
J'ai encore un peu peur.
J'ai souvent envie de mordre quand on me fait sentir que ça s'arrange pour moi.
Parce qu'en vrai, je me sens toujours aussi loin, étrangère aux vies et l'étrange à vie.

Souvent, je n'ai pas envie d'avancer.
Sûrement un vilain reste de traumatismes au pluriel et à l'acide, à coup sûr la compagne de ce long travail.
Pourquoi j'avancerais ?
Pour me maquer et faire des enfants ?
Avoir une carrière et des collègues, un devis dans l'entrée d'un petit appartement pour une nouvelle cuisine et... ?
Pourquoi j'avancerais ?
Je me dis parfois que de toute façon, maintenant c'est juste rester en vie, le but.
On valorise les hommes à blessures, c'est rendu beau et émouvant, ils ont de gentilles compagnes solides.
Et les femmes à blessures, ce sont juste des hystéros qu'on n'aime pas. On les baise, mais hein. C'est faute de mieux.
Parce qu'une femme, c'est la Vierge et la putain, l'amante et la mère.
Pas la femme qui lutte parfois pour se lever. Pour prendre une douche et parfois même pour manger, boire, marcher, parler.
Mais chut Mathilde, chut.
Ce n'est même pas beau, ce que tu écris.
Inspire.
Expire.
Tout ira bien.
Ou pas.
Ou.
Tout ira.
Voilà, tout ira.



Une migraine cingle mon front, le goût du café en souvenir.
A mes pieds, baskets impatientes.
Du linge à récupérer à la laverie.
La bibliothèque en but, braver les promeneurs pour quelques centimètres de pages.
Et puis je vais faire de la compote et de grandes rêveries à la fenêtre, demander des bisous à Verlaine Ty Miaou et faire infuser du thé.