dimanche 23 septembre 2018

Et soudain





Et soudain, me revoilà.
Il n'est même pas 21 heures, je suis en pyjama et cheveux emmêlés.
Le chat joue dans la cour, parce que oui, il y a maintenant un chat.
C'est le jour du plaid tricoté par ma mère, celui qu'elle m'a offert à Noël. C'était censé être un poncho, et puis vu qu'elle s'est dit qu'on allait en mettre quatre comme moi dedans, elle a cousu, cousu et recousu, pris un virage et offert du doudou en laine et automne.

Me revoilà.
Verlaine, Verlaine Ty Miaou, le chat donc, tripatouille dans la cuisine. Je crois qu'il cherche un jouet ou se crée des aventures.
Il attend peut-être que je revienne vers lui pour nos jeux. Sans musique ni distraction, je prends très au sérieux ces instants. Je fais semblant d'être surprise quand il me saute dessus au détour du mur et la statue quand il rôde autour de moi.

Me revoilà.

Me revoilà...

Je ne suis pas douée pour tout ça.
Pour vous, pour eux, pour tout.
J'ai du mal avec les gens.
Beaucoup.
Je ne sais pas vraiment me placer, j'érige des murs autour de barrières, de frontières, de vallons et d'océans.
Je ne sais pas vraiment me placer et me rend trop disponible.
Je me plie, me plie encore et encore, elle a dit "femme-objet".
La psychiatre a dit "femme-objet", et c'était enfin la conclusion de tourments.
Ceux imposés par les abandons parce que je n'étais plus récréative.
Ceux imposés par le simple fait que je suis si mal à l'aise quand on prononce mon prénom. "Les gens vous donnent de l'estime", et je ne sais pas la recevoir.
Ceux imposés par les étreintes que j'aurais... Je ne sais pas. Il y a certains hommes avec qui je n'aurais pas couché si je n'avais pas été cette jeune femme.
Celle qui.
Celle qui se juge atrocement après chaque interaction sociale.
Celle qui...
Celle qui...

Mais il y a les pointillés, c'est bien les pointillés.
Ça veut dire qu'on peut construire et déconstruire, qu'on peut changer des choses.
Evidemment, ça prend du temps, c'est éprouvant.

Mais hein, les pointillés.

Les pointillés...

...


Et puis Verlaine a sauté sur le clavier, tout s'est éteint.
J'ai eu un peu mal au ventre mais les mots sont restés, fidèles.
Étrangement fidèles, compagnons des en amer et sincères amours dilués.


21 heures 01 : bruit d'une valise sur les pavés, le vrai son de la  rentrée.
Chaque dimanche, j'en entends quelques unes.
Des étudiants rentrant d'un week-end chez leurs parents.
J'imagine la légère mélancolie.


2 commentaires:

  1. Oh que si tu es douée.
    Quel immense plaisir de te lire à nouveau.
    OUF

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  2. Merci mille fois, pour ton enthousiasme et ta fidélité <3

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