samedi 29 septembre 2018

J'ai vu


(Mais l'homme est un nomade
Et toute sa vie, un homme normal, quel qu'il soit, rêve de foutre le camp, rêve d'aventures.

Jacques Brel, en interview)



J'ai vu un chat roux qui s'apprêtait à sortir par la chatière d'un garage.
Il a été surpris et est rentré chez lui, mais je suis bêtement restée là, à parler trop aigu pour être digne, à faire des ronrons de voix et des roucoulades de compliments.

J'ai vu Verlaine Ty Miaou, mon chat, créer tout un scénario extraordinaire dans la cour. Il y avait des courses, des dérapages, des petits sauts, des arrêts brusques, des roulades et des extensions. Si il avait eu du budget, il aurait mis des explosions aussi, mais vous savez ce que c'est, le statut des intermittents, les financements, tout ça...

J'ai vu une jeune fille au téléphone, avec à ses pieds une petite chienne mignonne. Elle la décrivait, racontait ses couleurs et son harnais. J'ai pensé longtemps à cette fille et ses amis, à cette chienne pas du tout flippée mais carrément perdue et son harnais en corde et bricolage.

J'ai vu beaucoup de bestioles au final, et ça m'intéresse toujours, les bestioles.
Les chats qui traînent dans la rue sont la raison de mes petits retards et mes promenades qui traînent en longueur.
Les chiens qui attendent à la sortie des magasins se trouvent toujours une copine pour patienter (moi, suivez un peu). Je ne peux pas m'en empêcher. Le maître revient et moi je m'éclipse en souhaitant une bonne soirée, un peu à l'humain, carrément au chien.



Vous avez remarqué, depuis le temps ?
J'écris presque exclusivement de façon instinctive.
Je ne sais pas si c'est une bonne ou une mauvaise chose (je repense soudain à ce monologue sur la situation de scribe...).

Vous aimeriez lire de la fiction, ici ?
Il y a ce truc que j'écris, que j'aimerais voir grandir, mais bon.



Sinon, j'ai reçu un énorme paquet de trucs à lire, annoter, apprendre, réciter.
Je crois que ça s'appelle "reprendre des études", et quelques années après la fac, ça fait cric crac pouët dans mes journées.

vendredi 28 septembre 2018

Défaire




En ce moment, je n'arrive pas à feindre.
La chaleur et l'enthousiasme, l'aisance et l'optimisme.
Je dois m'en défaire, alors je passe par cette période où je voudrais ne voir personne pour ne pas avoir à travailler.
Parce que c'est un réel travail. Je ne sais absolument plus qui je suis, bien que je ne sois pas certaine de l'avoir su un jour. Celle qui blague avec des inconnus, c'est moi ou ... ? Celle qui tourne tout en dérision, c'est ... ?
J'ai l'impression d'avoir deux personnalités, celle que je prends pour faire face à chaque échange social et celle que je prends quand je suis seule. Pas celle que je suis, non, encore une fois, parce que je ne suis pas certaine d'être.

Et puis merde, à quoi ça sert, tout ça ?
Pourquoi je continue à écrire ici, pourquoi, pour qui ?
J'apporte quoi et à qui ?

J'ai l'impression d'avoir déjà écrit ces mêmes conneries, c'est désespérant.

Là, tout de suite, me revient cet instant il y a quelques saisons.
A un moment donné et à cette heure, dans un jour et dans un souffle, sans masque.
Je croisais M. devant le pub, elle installait la terrasse et il venait de mourir. Je me souviens, c'était la première semaine. J'avais du mal à marcher. Il y avait la côte de la place du Parlement et je sentais mes jambes si lourdes.
Il faisait très beau.
Elle a vu ma tête déconfite et m'a demandé.
J'ai fondu en larmes, j'ai dit quelques mots, ceux qui puent toujours et encore.
Mais ces mêmes mots, ce sont déjà des filtres, des masques. Ce sont ces putains de mots qui me tiennent à distance de tout et de tous.

Je ne sais plus trop.
Quoi, qui, quand, mais ?



Nous sommes vendredi, il est bientôt midi.
Le chat trotte et s'imagine des mondes, j'écoute le jour et m'étire.

dimanche 23 septembre 2018

Et soudain





Et soudain, me revoilà.
Il n'est même pas 21 heures, je suis en pyjama et cheveux emmêlés.
Le chat joue dans la cour, parce que oui, il y a maintenant un chat.
C'est le jour du plaid tricoté par ma mère, celui qu'elle m'a offert à Noël. C'était censé être un poncho, et puis vu qu'elle s'est dit qu'on allait en mettre quatre comme moi dedans, elle a cousu, cousu et recousu, pris un virage et offert du doudou en laine et automne.

Me revoilà.
Verlaine, Verlaine Ty Miaou, le chat donc, tripatouille dans la cuisine. Je crois qu'il cherche un jouet ou se crée des aventures.
Il attend peut-être que je revienne vers lui pour nos jeux. Sans musique ni distraction, je prends très au sérieux ces instants. Je fais semblant d'être surprise quand il me saute dessus au détour du mur et la statue quand il rôde autour de moi.

Me revoilà.

Me revoilà...

Je ne suis pas douée pour tout ça.
Pour vous, pour eux, pour tout.
J'ai du mal avec les gens.
Beaucoup.
Je ne sais pas vraiment me placer, j'érige des murs autour de barrières, de frontières, de vallons et d'océans.
Je ne sais pas vraiment me placer et me rend trop disponible.
Je me plie, me plie encore et encore, elle a dit "femme-objet".
La psychiatre a dit "femme-objet", et c'était enfin la conclusion de tourments.
Ceux imposés par les abandons parce que je n'étais plus récréative.
Ceux imposés par le simple fait que je suis si mal à l'aise quand on prononce mon prénom. "Les gens vous donnent de l'estime", et je ne sais pas la recevoir.
Ceux imposés par les étreintes que j'aurais... Je ne sais pas. Il y a certains hommes avec qui je n'aurais pas couché si je n'avais pas été cette jeune femme.
Celle qui.
Celle qui se juge atrocement après chaque interaction sociale.
Celle qui...
Celle qui...

Mais il y a les pointillés, c'est bien les pointillés.
Ça veut dire qu'on peut construire et déconstruire, qu'on peut changer des choses.
Evidemment, ça prend du temps, c'est éprouvant.

Mais hein, les pointillés.

Les pointillés...

...


Et puis Verlaine a sauté sur le clavier, tout s'est éteint.
J'ai eu un peu mal au ventre mais les mots sont restés, fidèles.
Étrangement fidèles, compagnons des en amer et sincères amours dilués.


21 heures 01 : bruit d'une valise sur les pavés, le vrai son de la  rentrée.
Chaque dimanche, j'en entends quelques unes.
Des étudiants rentrant d'un week-end chez leurs parents.
J'imagine la légère mélancolie.