dimanche 3 juin 2018

Remparts


(Et pourtant, me hantent d'autres phrases.
"Pourquoi dedans c'est le Groenland ?")



Mon corps allongé sur le futon, en manteau-basket-larmes.
Le rendez-vous chez le médecin, 12 heures 15, en catastrophe.
C'était un jeudi, il y a plus de dix jours.

Après, il y a eu cette nouvelle molécule.
Seroplex, 20 mg chaque matin.
La dose maximale.
Imaginez-vous prendre ce comprimé, l'effet de la drogue sur votre organisme.
C'est bon, vous l'avez ?
Bien, alors sachez que c'est pire.

Je suis restée allongée des heures et des heures, aucun mot ne franchissant mes lèvres, paupières closes. Fonctions vitales et. Juste fonctions vitales.
Ventre vide pendant deux ou trois jours, migraine et goût oublié de l'eau.
J'ai du réapprendre à me tenir debout, à marcher, à parler, à manger, à boire.
C'était dur, de sentir mes jambes si faibles, de me rendre compte que je ne m'étais levée que trois fois ce jour-là, de réaliser que je n'avais bu qu'une gorgée d'eau en 24 heures pour avaler ce traitement.
C'était dur.
Dans une certaine mesure, ça l'est toujours.
Je ne sais plus trop manger, je ne d...
Ne parlons pas de ça.



Je pensais m'être remise.
De plein de trucs.
Et en fait non.
Pour faire court, je crois que je cache bien trop de choses, aux autres et à moi-même.
Non, ce n'est pas que ma langueur et ma mélancolie, cette impression d'être toujours en trop, en moins, en pas là.
Non, ce n'est pas que mon hyperémotivité et mon hypersensibilité, ces mille réflexions en moi, cette terreur du jugement, cette peur maladive de l'abandon.
Sous l'exubérance, l'absence de confiance.
Sous la jovialité, les ombres dévorantes.
Ce qui me tue, c'est que plusieurs fois on m'a dit que je ne trompais personne. J'en ai fait des blagues, à chaque fois. Evidemment.
J'ai beaucoup de travail.
Beaucoup.
Je traîne tout ça depuis tant, tant d'années.
J'ai remis des pelletées de chagrin sur du chagrin, sur du chagrin, sur du chagrin.
J'ai amorcé des choses et me suis dit "ça va en fait".
Alors que non.
Je n'ai pas réussi à travailler en thérapie avec authenticité, j'ai choisi mes mots, comme si je devais ne garder la vérité de cette douleur qu'en moi.
On nous serine que ça va passer, on y croit.
Alors que non, ça ne passe pas, et ça nous tue.
Ça me tue.



Nous sommes dimanche soir.
Je reprends le travail demain, après cette semaine d'arrêt maladie.
Le premier de ma vie.
J'aurais préféré que ce soit pour un bras cassé.
Je vais lire dans le canapé.
Cheveux encore humides de l'orage.



Organisme encore troublé dans la tempête.

4 commentaires:

  1. Tempête en mer sur un bateau gonfable.
    Bienvenue la belle.

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    1. S'accrocher.
      Ce mot est parfois si loin de la vérité.

      Des coeurs sur toi.

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  2. C'est difficile
    Parler
    Exprimer ses émotions
    Cacher c'est compliqué
    Garder
    Montrer
    Dévoiler
    On nous le demande tout le temps
    Tout le monde à tout le monde
    Comme si personne ne savait
    <3

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    1. C'est vrai, on nous demande de se livrer mais il n'y a que trop rarement quelque chose de salvateur là-dedans. Les mots font de toute façon déjà office de filtres.

      J'ai parfois l'impression de mener une double vie.
      Vie sociale et vie intime.

      <3

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