mardi 1 mai 2018

La grande messe


(Merci T., pour l'amour et la force, incommensurables.
Merci pour cette soirée au goût d'immortalité.

Merci vous, pour la douceur et l'attention.
Merci pour les mots si touchants)




Dernières heures de la nuit, premières heures du matin.
Courbatures aux jambes, visage déshabillé.
J'ai noirci un carnet dans le canapé de B., eux qui continuait à crier, danser, chanter, boire. 
Je me suis endormie contre l'accoudoir.
Et réveillée sous une caresse, une voix qui me guide jusqu'au lit douillet et la couette chaude. Baiser sur le front et corps bordé.
Merci l'amour. 



Mes yeux noyés, des dizaines de fois.
Ma gorge grattée d'un rire, des dizaines de fois.
Des baisers, par cargaisons pétaradantes : joue droite, front, joue gauche, main droite, cou. Je suis armée pour mille terreurs. 



"J'ai vécu la pire chose qu'une mère peut vivre. Mais vous voir tous là, c'est..."
Il y avait ces dizaines et dizaines de beaux vivants. 
Corps qui ondulent, sautent, s'embrasent, s'embrassent et s'étreignent.
Elle rit, clame que leur mariage était nettement moins fou.
Et me raconte, la première fois où on a tous déjeuné chez eux.
Ce jour-là, en bref tête à tête avec son fils, notre doux T. : "Elle est drôle, cette fille".
Et lui, les mains chargées de verres : "Oh, c'est Mathilde ça ! Elle est tellement géniale !"
Elle me dit, son sourire immense et ses yeux brillants.
Me serre dans ses bras. 
Mon T. ! 



J'ai entendu des merveilles sur lui.
J'en ai même découvert quelques unes. 
Quand il était petit, il faisait des chantiers en roulant avec son petit vélo dans la ferme de son grand-père. Il tendait son poignet pour saluer les gens, comme son papy aux mains sales.
Certaines merveilles me concernaient, en vrai de vrai et en mots confiés au-dessus de bières. Lui qui raconte qu'il m'aime. J'en ai pleuré des rires fous au-dessus de mon verre. 
Certaines merveilles me concernaient, en vrai de vrai et en mots jetés dans une voiture. "J'ai tellement, tellement peur qu'elle ne meurt..."  : T., ses larmes rageuses contre le volant et B. qui lui sert l'épaule. Je m'en suis réfugiée contre eux, et on s'est extasié devant notre force. Ils m'ont raconté le lendemain de ma grande confession, après les chutes et les glissades, celle en forme de "j'ai voulu me tuer et en fait non". T. pensait avoir échoué, alors encore une fois, les larmes. Cette nuit-là, ils ont râlé, braillé, bu, fumé et constaté : c'était pour lui que j'avais fait demi-tour. Pour eux. Pour les lendemains. Je me suis réfugiée contre eux et on s'est extasié devant ma force.

D'autres merveilles effleuraient sa douceur infinie, sa beauté grandiose, sa bonté incroyable. 
Il a aimé.
Il a été aimé.
Il est aimé.

Il est sacrément aimé.
Il aime sacrément. 
Disparaît le corps, reste l'amour. 



Je suis arrivée seule, avec des fleurs sauvages et le ventre noué.
Je suis repartie avec mon clan, ma bande, voiture-balai derrière un groupe d'infatigables fêtards, bar fermé et émotion intense.
Là, sur ce trottoir, il y a  B., qui me dit "Wait a second". Attrape ma main gauche et vite, si vite, m'enlace en si fort et pieds au-dessus du bitume. Mes bras en costaud, encore une poignée de secondes et on serait passé l'un à travers l'autre.



En vrac, il y a eu : 
- Les copains australiens qui ont joué quelques uns de leurs morceaux.
- La sœur de T. qui raconte des histoires adorables de leur enfance.
- Soudainement, nous quatre, le clan, la bande, côte à côte et silencieux au comptoir du bar. Regards complices, main sur main sur main sur main, pile des inséparables. Brève étreinte et un shot, pour celer un tout. 
- Les parents de T., qui dansent l'un contre l'autre, les joues trempées. 
- La playlist incroyable et P. qui me remercie d'avoir glissé tant de souvenirs là-dedans. 
- Les danses endiablées et hilares. Les danses quasi chamaniques et émues. 
- Le patron du bar, à la sortie, qui nous raconte. Que jamais, jamais, il n'aurait pensé vivre ça un jour. Que c'était beau. Parce que oui, c'était beau, sacrément, sacrément beau. 
- Des paroles de chansons hurlées dans cette foule, murs vibrants de dizaines de voix. 
- Le retour à pied chez B., marche étrangement rapide. 
- Le sentiment merveilleux d'avoir célébré en grand, en immense. 





Dernières heures de la nuit, première heures du jour. 
Nous y sommes.
Joyeux pas d'anniversaire, T. ! 





Et merci.
Pour la belle vie que j'aurai.
Parce que tu as été. 
Parce que tu es.
Parce que tu seras. 

Parce que ta main tendue dans la nuit.
Encore maintenant.
Parce que ta main tendue dans la nuit.

Toujours.

4 commentaires:

  1. Magnifique comme d'habitude ✨.

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  2. Je pleure. Je ne sais pas de quoi mais je pleure.

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  3. Alors on dira que tu pleures du beau en éternité.
    <3

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