lundi 14 mai 2018

Faisons un truc


(Pas de musique aujourd'hui, mais ma nouvelle inspiration. 
J'aimerai trouver sur Rennes quelqu'un de motiver pour proposer un coup de peigne et de la papote)


En ce moment, beaucoup de choses me révolte, me bouleverse, me trouble.
J'ai toujours été très (rajoutez une puissance et des adjectifs) émotive, mais j'ai l'impression que ça caresse une empathie décuplée.
Ce n'est pas une impression d'ailleurs, mon psychiatre comme ses confrères en conviennent : être très émotif permet plus facilement de se mettre à la place des autres, et donc d'éprouver une profonde empathie.

Depuis quelques semaines, après de nouvelles rencontres avec des jeunes bouleversants assis sur des trottoirs, ma révolte : nous sommes dans un pays qui envoie des mecs dans l'espace et crée de nouvelles applications chaque jour mais nous ne sommes pas foutus de faire en sorte que chacun mange à sa faim et dorme à l'abri.

Il y a R., dite Nini Peau de Chien, rencontrée vendredi après-midi en bas de ma rue. Je vous en ai parlé vaguement ici, et suis inquiète parce que je ne l'ai pas vue hier. J'avais pris du pain et des pommes, ça attend dans la cuisine. J'espère la voir demain. Je lui avais promis un petit café...
Quatre chiens et un joint, une allure dégingandée et une gouaille touchante.
Je lui dépose deux euros, lui demande si elle va bien et si je peux faire quelque chose pour elle.
C'est important, ces deux questions.
Parce que ça m'intéresse, de savoir si elle a bien dormi, si elle a soif, si elle a besoin d'un truc précis.
On parle longtemps, elle me présente ses chiens.
Elle me raconte un peu sa vie, on rit beaucoup.
D'un point de vue matériel, je lui ai donné des vêtements, un casserole, une cafetière à l'italienne, de la nourriture, un téléphone, de l'eau, une couverture, du Paracétamol, et, et, et. De l'écrire, son sac pèse dans mon dos.
D'un point de vue émotionnel, elle m'a donné son année de galère.
Elle a 25 ans, perdu 5 centimètres selon un médecin à cause de son lourd bagage quotidien, a connu deux tentatives de viol, a failli se faire voler un de ses chiens, doit se faire soigner les dents, et...

Non mais vous vous rendez compte ?
On a vendu des avions et des armes à des nations mais on laisse des nanas comme elle à la rue.
On a laissé des hommes mourir sur des trottoirs, des jeunes hommes se faire violer dans des squats, des femmes se défoncer dans des camions.
Il y a des centres d'hébergement de nuit, ok, mais vous savez quoi ? Il y a la violence, les agressions sexuelles, les vols, les chiens qu'on ne peut pas emmener.
La rue, c'est la vulnérabilité.
La santé qui décline, le corps en objet.
Et tant d'autres terreurs, mes yeux se noient et je secoue la tête.



Je donne des trucs et du temps, de l'estime et des mots.
Mais j'ai l'impression que c'est vain.
Je me suis déjà engagée bénévolement, mais je n'avais pas l'impression de faire bouger les choses.
Le Samu social me désespère. Un jeune homme m'a dit qu'il les voyait souvent passer, mais ils ne s'arrêtaient jamais, il ne leur a jamais parlé...



Mais merde, révoltons-nous !
Ce n'est la priorité d'aucun parti. AUCUN !
Faisons des choses, donnons de soi.
Visiblement, c'est à nous de gérer ça.
Un euro, ce n'est même pas une baguette de pain.
Une banane.
Un peu d'eau.
Une blague.
Un bonjour.
Ce n'est rien.
Et c'est pourtant beaucoup.

Il existe des cafés et des repas suspendus dans certains bars, guettez.
Il y a des frigos solidaires.
Il y a l'action Gamelles Pleines pour les chiens.
Il y a l'application Homeless Plus, pour créer un petit réseau de bras forts.
Il y a toujours beaucoup de bouffe dans nos placards, il y a votre déjeuner qui ferait pour deux. Une boîte en plastique, vos baskets et demandez poliment si ça leur ferait plaisir.

Il y a nous.

Je fais du café l'hiver pour ceux qui font la manche dans mon quartier.
Je donne de l'eau l'été pour humains et chiens.
Je donne des vêtements que je récupère à droite à gauche.
J'ai des petits kits pour les femmes. Je n'achète des serviettes hygiéniques jetables uniquement pour ces petits kits. J'ai réalisé il y a si peu de temps, grâce à une initiative anglaise, que c'était une galère sans nom de vivre ses règles sereinement quand on est à la rue. Accès compliqué à l'intimité des toilettes, produits chers.
Je...
Et aussi...
Je me sens un peu utile et pourtant si, si, si loin d'arriver à un truc.

Faisons quelque chose.
Je vous en supplie, faisons un truc.
Ce n'est pas possible.
Nous sommes en 2018, elle a 25 ans et dort dehors depuis plus d'un an.

Faisons un truc.

2 commentaires:

  1. Réponses
    1. Clairement ce que j'aimerai entendre un jour après un magistral "Le nombre de SDF a diminué".

      (Triple cœur pouëtissime sur toi)

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