vendredi 6 avril 2018

Vivre en trop

Trajet en bus, paupières lourdes du jour serein.
Lunettes de soleil enfin légitimes, sac un peu lourd d'un jeudi baroudé.
Cri d'un enfant barbouillé d'un Petit Lu humide, regards de l'homme en face de moi sur les adolescentes aux cheveux lisses dont les lèvres bougent bougent bougent.
Odeurs de parfums effacés, de plastique et des sièges.
Dans les oreilles, les habitudes.

Et derrière la vitre défilent.
Les passants, les boutiques, les SDF, les enfants, les voitures, les bus, les vélos, les motos, les jeudis, les carrefours, les jours et les nuits, les possibles et les non-dits, les riens et les acquis.

Et autour d'eux défilent.
Bleu sur la ville, jaune appuyé sur ce bleu, branches griffant des cieux, passages piétons dilués sur un bitume éprouvé, pavés en chaotique et historique, mes pointillés secrets et des vies en solitaire, des attentes et des ravagés.

Et respirer.
Me délester des invisibles.
Hypersensibilité.
C'est ce qu'a dit le voyage.
Quand on a détricoté la dépression, on est arrivé à ce versant.
Hypersensibilité.
Un mot qui m'autorise à passer un temps infini à essayer de comprendre. M'écrire et réfléchir toujours plus en profondeur sur les mêmes choses, cent fois, mille fois, encore et encore.
Un mot qui me raconte pourquoi je note ce que d'autres ne font que voir. Aujourd'hui, le mégot parfaitement glissé entre deux pavés, la carte de jeu sur les gravillons, et des tant impossibles à me remémorer sans être fatiguée.
Un mot qui prend la main de ma langueur éternelle. Cette mélancolie douce et rêveuse qui me donne parfois l'impression de ne pas être, ni d'ici ni d'ailleurs.
Un mot qui présente en grand tadam les larmes, les rires, les wahou très faciles.
L’hypersensibilité, c'est aussi l'empathie en plus plus, la créativité, alors j'en prends soin, j'essaie de ne pas trop l'accabler. De ne pas trop râler après mes "c'est triple aïe pour moi, cette situation".
Elle est aussi sur ma peau, dans mes oreilles et dans mon sommeil.
Arracher la moindre petite peau, fuir les bruits violents, alourdir mes nuits d'étoffes au pluriel.
Fuir les contacts impromptus, les lumières crues, les magasins où tout est trop bruyant, lumineux, habité (oui H&M le samedi, je parle de toi)

Quand c'est trop éprouvant, il me  faut un peu de temps.
Me retirer dans le calme du terrier, me laisser divaguer sur le canapé, me déshabiller des inutiles.

Ce soir.
Je vais le prendre, ce temps.
Du rien dans le canapé, sous les plaids.

Du rien.
Enfin.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire