jeudi 12 avril 2018

Temps mort




Today you were far away and I didn't ask you why What could I say I was far away You just walked away and I just watched you What could I say How close am I to losing you Tonight you just close your eyes and I just watch you slip away How close am I to losing you Hey, are you awake Yeah I'm right here Well can I ask you about today How close am I to losing you How close am I to losing


Et cette chanson, en adorée.
C'est en la partageant ici que je comprends la tournure terrible qu'elle a désormais. Quelle peine... Et quelle beauté, malgré tout.
Parce que c'est comme deux dessins de ma vie qui se fondent, partage d'encres et d'aquarelles.
The National, c'est une partie de mon adolescence. Quand cette chanson arrive dans ma vie, je n'ai même pas quinze ans.
Je crois même avoir partagé ce trésor avec ma mère.
Je me souviens qu'en me voyant plus tard laisser l'album Hight Violet bercés mes mois, sans relâche, elle m'a offert Trouble will Find me le jour de sa sortie française.
Bientôt, ça fera vingt ans que le groupe existe.
Vingt ans...
The National, c'est un des groupes que j'emporte à travers les années.
C'est une rencontre à La Route du Rock, avec le clan, la bande, qui à l'époque était encore la Famille.
Je n'en reviens toujours pas.
Mes merveilles musicales, mes rencontres bouleversantes, sont toujours liées à T. et B. (un jour, je vous écrirai comment ma main gauche s'est retrouvée sur la guitare de Kurt Cobain, grâce à T., mon à jamais merveilleux)
The National, ce sont des nuits et des nuits d'écoute.
Que je porte jusqu'à mes vingt ans et quelques.
Avec T., corps abandonnés dans la nuit immobile.
Seule, trajets en bus et vie de rien dans le terrier.
Cet album, Cherry Tree...
J'espère que vous en palpitez un truc incroyable. Quelque chose qui vous parle.



Ce soir, je n'ai rien à dire.
Alors je vais essayer de le dire bien.

Je n'ai rien à dire parce que je suis fatiguée, et c'en est fatigant.
En anglais, il y a l'expression "sick and tired" qui dit tout.
Je ne trouve pas vraiment les mots en français.

Mercredi soir, sur mes doigts une odeur de coriandre.
La nuit est tombée, j'en suis arrivée au chaos où je me lance dans des chantiers étranges.
Nettoyer les fenêtres, balayer la cour.
Ranger un placard, m'attaquer à l'armoire.
Laisser mon corps habiter l'endroit alors que j'aimerai être au large, toujours plus loin.



Lui envoyer un texto.
Au fidèle B.
Celui qui à cette heure doit être dans un bar du quartier.
Celui dont j'ai éclaté la voiture et qui rit de cette histoire avec une pointe de consternation.
Celui qui explique par sa nationalité écossaise sa connaissance enviable des jurons gaéliques et une consommation appliquée et quotidienne de whisky.
Celui qui bosse dans la musique et me raconte avec un enthousiasme bouleversant les projets qui se dessinent à l'horizon, vers l'Amérique en fierté.
Celui avec qui j'aime ne pas parler et écouter des vinyles.
Enfermée dans mon silence mutique, laisser ses anecdotes me ramener au port.
Il y aura un verre sur la table basse, les fenêtres ouvertes sur la nuit.
J'aurai un peu froid mais ça ira, il sera là.
Il racontera les concerts que nous nous sommes prévus pour ce mois d'avril.
Il y aura l'odeur de l'encens que j'achète chez l'indien dans ma rue, le bruit du bar à cocktails d'à côté.
Ce sera un temps mort, un souffle qu'on reprend pendant le match.
Il y aura The National et mes paupières lourdes.


Je suis fatiguée, je n'ai rien à dire.
Je n'ai rien envie de dire.



Lui envoyer un texto.
Et lui écrire, en anglais et dévoilé, que rien.
Ma tête sur son épaule, son bras autour de moi, sa voix grave et du calme.

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