mercredi 4 avril 2018

Ma montagne

Il m'attend, "Il y a ce rocher qui est bien, et ma main qui est là".
Mon grimpeur et ma montagne.  

Nageant samedi dans les acidités, je lui ai écrit.
Dans un brouillon ici et dans un carnet à rayures, à l'aube d'un sommeil lourd de somnifère.
Je vous extrais ce que je veux vous partager, glisse le reste entre nous deux, remplis l'espace qu'il a laissé.
Ses trois pas.

J'aimerais que vous sentiez comme il était incroyable, sensible, drôle, gentil, intelligent, bienveillant, attentionné, aimant et aimé.
Aimant et aimé.

Tellement aimant, tellement aimé.

Vous l'auriez adoré.

C'était l'homme qui parlait peu, économisait ses mots pour ne dire que les plus beaux.
C'était l'homme qui me disait qu'un jour, je ferai des choses plus grandes que ma vie, qu'il n'en revenait pas de m'avoir rencontrée. Il croyait en moi même quand je ne faisais rien.
C'était l'homme qui pendant des mois est descendu chaque soir offrir un café et un truc à manger à un type qui s'apprêtait à dormir en bas de l'immeuble.
C'était l'homme qui me serrait dans ses bras au tout début de la dépression, quand je me réveillais parce que je pleurais. Il ne me promettait pas que ça allait aller, juste qu'il était là et le resterait.
C'était l'homme qui m'avait organisé un refuge dans son salon, un endroit où moi seule avait le droit d'aller. Quand je m'y glissais, c'est que j'avais envie d'être seule avec les autres. Alors personne ne me parlait et moi je restais dans ma bulle, coussins, plaids, jolis papiers au mur et petites lanternes. J'écoutais la vie et regardais.
C'était l'homme qui me présentait à des gens en disant que je faisais des choses incroyables, que je n'avais juste pas encore réalisé qui j'étais. Certains disaient même "Oh, c'est toi la fameuse Mathilde !". Je rougissais et lui lançais un regard paniqué que je voulais vaguement assassin.
C'était l'homme qui m'envoyait des photos des chiens qu'il avait croisé sans moi.
C'était l'homme qui a été là quand j'ai eu envie de mourir et puis en fait non. Il m'a fait manger, me réveillait les matins pour me donner mes comprimés, me lavait, me lisait des trucs, embrassait longuement mon front, me tenait la main quand je sombrais encore dans un sommeil anesthésié par la médecine.
C'était l'homme qui glissait des petits mots dans mes chaussettes. J'ai découvert un "Prends soin de toi. P.S.: tu es belle" quand je suis partie en vacances sans lui, caché dans une paire de chaussettes kaki à pois jaunes.
C'était l'homme qui m'a dit un jour "On t'aimera même quand tu te détesteras. En tout cas, moi je t'aimerai".
C'était l'homme qui avec ses quelques années de plus que moi, me distillait les avertissements les plus drôles. "Tu verras, à 25 ans et trois semaines, tu sentiras que tu commences à préférer le café avec un tout petit peu de lait dedans".
C'était l'homme qui aimait la moindre de mes originalités. C'est celui qui a souri jusqu'au bonheur en voyant que pour un mariage, j'avais astucieusement glissé mes pieds dans mes Converse à pin's, tatouages et paillettes. Parce que je ne sais pas et ne veux pas savoir marcher avec des escarpins. Et lui, il a juste souri et dit "Ma Mathilde...". Ses yeux pétillaient de lui, de moi et de nous. Les copains criaient qu'on y était, pourtant, avec ma robe de muse, que. Je ne sais pas trop, je ne regardais que ses yeux en scintillements d'admiration et d'amour.
C'était l'homme qui après avoir découvert que je buvais du thé en prenant ma douche à installer une bouilloire dans sa salle de bain, une douceur à motif blague et tendresse.
C'était l'homme qui jouait de la guitare dans le canapé, pieds nus sur le tapis, cigarette au coin des lèvres. Son pouce droit était un peu rugueux, et je l'aime encore maintenant jusqu'au bout de son pouce droit un peu rugueux. Il s'arrêtait parfois, semblait réfléchir à quelque chose, puis reprenait.
C'était l'homme incroyablement loyal avec ses amis. Il accourait au moindre pépin, sans poser de questions ni établir de jugements. Il était le gentil mec aux apéros que les filles regardaient parce qu'il avait une allure de mystère touchant. Il a été pleuré par des gens que je ne connaissais pas vraiment, qui m'ont raconté combien il leur a été précieux à un moment donné, combien il les a fait rire, encouragé, aidé, soutenu, enthousiasmé. Aujourd'hui encore, ça me réchauffe.
C'était l'homme qui a dit au téléphone à un collègue, un soir, "Je suis très occupé à regarder les fesses de ma meuf". Je me souviens avoir rougi et eu envie de l'embrasser, là, vite. Et je l'ai embrassé, là, vite.
C'était l'homme qui s'enflammait devant mes magies maladroites, mes mots glissés dans sa boîte aux lettres en secret et les cafés que je prenais toujours soin de lui préparer avant de filer les matins ouvrés.
C'était l'homme qui discutait avec les enfants comme avec de nouveaux amis. Il leur posait des questions sur la vie, les amis, l'amour et les dessins animés. Et il les écoutait, parce que c'était important pour lui. D'écouter. Quand il me croisait du regard, il me souriait et reprenait sa discussion.
C'était l'homme qui a dit "Bien sûr" quand les copains ont dit que justement, des enfants, on en aurait, et qu'ils allaient avoir les parrains les plus cool de l'Ouest. J'ai éclaté de rire et lui... Je me souviens de son regard, celui qui m'a bouleversée de ses certitudes.
C'était l'homme avec qui les gens étaient ravis de bosser. Parce qu'il était attentif, enthousiaste et respectueux. Un anglais timide, discret et si talentueux, celui avec lequel on a bu des verres clandestins, lui a un jour envoyé un email pour lui dire qu'il avait été ravi de l'avoir eu comme ingénieur du son pour son unique concert à Rennes. Le revoir des mois après fut une fête incroyable, en forme de "tout est possible à qui rêve, ose, travaille et n'abandonne jamais". Entre temps, il avait gagné deux Brit Awards et des tampons sur son passeport.
C'était l'homme qui appelait ses parents en disant "J'ai pensé à vous, du coup, fallait que je vous le dise". Il envoyait des fleurs à sa mère et des bouquins historiques à son père.
C'était l'homme dont la peau sentait le tabac blond, le savon Cleopatra, l'ambre, la mer et le soleil. Et la crème Nivea aussi, juste sur ses mains.
C'était l'homme qui a soigné sa petite sœur de son premier chagrin d'amour avec des bières, de la glace et Gilmore Girls sous la couette. Il était allé la chercher dans son lycée nantais un midi, lui avait dit "Tu as plus important à faire. Tu dois être triste. C'est important, ça". Il l'avait ramenée à Rennes, larmoyante sur le siège passager, après avoir dit à leurs parents "c'est ça, mon rôle". Alors on a passé deux jours à lui frotter le dos, insulter ce con, lui caresser les mains et la laisser dormir entre nous.
C'était l'homme avec qui j'ai regardé des films qui font encore maintenant palpiter ma vie. Tout Hitchcock, Fellini et Ken Loach en une saison. Des classiques muets un hiver. Le projecteur que je n'ai jamais su utiliser, mon thé fort comme un impossible à porter de cœur et l'odeur de ses cigarettes. Il riait de mon imitation de Mia Farrow dans Rosemary's baby, qu'on a vu tant de fois, toujours fous devant cette fin et cette musique.
C'était l'homme qui m'offrait les riens les plus précieux. Un flacon de paillettes, des jouets à remonter, un crayon lumineux, une boîte en cuir, un carnet à pois.
C'était l'homme qui appelait mon installation nocturne "les pôles". De son côté, la couette nue. Du mien, la couette, deux édredons et un plaid.
C'était l'homme avec qui j'échangeais des livres en disant juste "ça, c'est vraiment beau". On se laissait des mots dedans, ensemble même dans les pages en solitaire.
C'était l'homme dont j'embrassais en vite et indiscret la nuque quand je passais derrière lui dans ces soirées, il souriait en doux et continuait sa conversation.
C'était l'homme qui riait de mes moindres blagues, même les plus affligeantes.
C'était l'homme qui m'a dit devant la porte de mon immeuble alors qu'on parlait de tout et de rien "Je voudrais t'embrasser tout le temps". Et je lui ai dit que je voulais qu'il m'embrasse tout le temps. Le couloir résonne encore de ses lèvres sur mon visage, mes mains, ma bouche, mes paupières, mon cou, mon ventre, nous et nos heures.
C'était l'homme qui m'a répondu "Tu verras... Mais on a le temps, ne t'inquiètes pas" quand je lui ai dit que j'avais peur de dire que j'étais avec quelqu'un, que je préférais l'appeler encore mon non-amoureux pour le moment. Même si ça faisait des années, c'était bien, un non-amoureux, c'était rassurant de détachement.

C'était l'homme qui ne m'aurait jamais, jamais laissée tomber. Jamais. Même maintenant, il ne me laissera jamais tomber.
C'était l'homme qui m'aimait en grand et en beau, dans l'extraordinaire des jours normaux. Toujours. Même maintenant, il m'aime en grand et en beau.

C'est l'homme que je ne pourrais jamais vous raconter en entier, parce que je n'aurais pas assez de ma vie, de mes mots.
C'est l'homme que je ne pourrais jamais vous raconter en entier, parce que je garde des tant et des beaux entre nous deux, pour couvrir la distance de ses trois pas.



C'est l'homme à qui j'écris parfois, sous les pluies acides...



On m'a dit de te créer un autel, vendredi soir.
On m'a dit que j'allais devoir te laisser partir.
On m'a rassuré, en me disant que j'allais penser à toi tous les jours, toute ma vie.
On m'a fait peur, en me disant que j'allais penser à toi tous les jours, toute ma vie.

Chaque jour, je me recueille.
Parfois, c'est chaque heure un hommage profond et respectueux.
Parfois, c'est une respiration que je te dédie à la fin de la journée.
Il suffit que je regarde à la fenêtre, que je te chante une chanson, que j'allume une bougie, que je m'allonge sur le tapis, que je regarde dans ma main droite le souvenir de ton tee-shirt bleu marine, que je respire l'odeur de ton cou, là, à sous ton oreille gauche, ou.
Tu es un peu là et bien trop loin.
Alors qu'on nous a parfois appelé les siamois, tu restes le plus jamais au bout de mes doigts.

J'ai rêvé de toi dans la nuit, samedi.
Et j'aimerai un jour que tu me dises quelque chose.
Par pitié, dis-moi un truc.
Là, il faut que tu me gardes encore avec toi, plus fort que ça. 



Regarde ce que tu as fait...
Parfois, je suis un peu en colère, parce que je ne comprends pas. 
Puis je m'écroule contre nous, ce gâchis monstrueux.
J'aimerai pleurer contre toi. Et serrer tes mains entre les miennes.



De toi, il me manque ta main dans mes cheveux quand tu m'enlaces, ton souffle quand je dors contre toi, tes cigarettes écrasés dans le cendrier de ma cour, tes phalanges que je caresses, tes baisers sur le grain de beauté ponctuant mon cou, tes orteils sous les miens quand je m'endors, nos cafés en silence sur ton balcon, les vinyles éparpillés, nos films dans la nuit, nos années ensemble si nombreuses qui ont désormais un goût de trop peu, la musique qu'on met la nuit pour s'endormir, tes danses enthousiastes avant de te jeter à la mer, ma main sur ta joue, ton grain de beauté à gauche au-dessus du nombril, ta silhouette dans les rochers, ton sommeil paisible au parc, ton rire dans la nuit, ta bienveillance et ton amour inconditionnels, ta guitare dans le canapé, ta façon hilarante d'encourager ta voiture, ton sourire contre mes lèvres quand je cours t'embrasser quand

Tu as vu ?
L'appartement s'est retrouvé dans le noir et je t'ai demandé si c'était toi.
Là, dans le canapé, j'ai ri dans mes larmes, "C'est toi ?".
Là, dans le canapé, j'ai pris un instant pour me demander si j'allais remettre le disjoncteur parce que si c'est toi alors il faut sûrement que je
Regarde ce que tu as fait...

Et puis, je n'ai pas réussi à t'écrire au passé, c'est étrange. Mais c'est ça, l'absence. Du passé dans le présent, en éternité.
Et puis peut-être que ça veut dire que c'est toi, la nuit, qui emmêle mes cheveux et applique de la magie sur mes heures à jamais bouleversées.

Un jour j'aimerai un homme.
Ce ne sera pas toi.

Il faudra que je l'aime avec tout ce que je suis. 
Parfois, ça me parait insurmontable, d'aimer avec autant d'application, de beauté dans le normal. 



Mon grimpeur et ma montagne. 

14 commentaires:

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    1. Il était souvent "waw", cet incroyable ordinaire.

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  2. Tu es aimée Mathilde. T. était, avec la justesse de tes mots, sans aucun doute une magnifique personne. C'est toi qui maintenant, nous fait partager un peu de votre amour, et c'est un cadeau magnifique.

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    1. Je rayonne de ce petit mot.
      Et échafaude des plans fous pour son pas d'anniversaire.

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    1. Merci mille fois de déposer un petit mot ici.

      Je suis en wahou et joie.

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  4. La beauté de tes mots me fais quelque chose à chaque fois. On te tient Mathilde, ne t’inquiète pas on te tient. ❤️

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    1. Lire que mes mots te touchent, c'est une douceur merveilleuse.
      Merci...

      Et puis Merci en wahou.

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  5. J’ai envie d’en dire quelque chose mais mes mots ont fui à nouveau. Comme la première fois que je t’ai lue, dans le bateau.
    Le silence, ça va aussi.

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    1. Alors je le prends, ce silence, ce beau silence.

      <3

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  6. C’est drôle j’ai ressenti en lisant ceci ce qu’un enfant ressent quand on lui raconte comment sa mère était, mère qu’il n’a jamais connu mais qu’il aime, qu’il trouve fantastique et qu’il rêve de rencontrer pour voir de ses yeux ce qu’on lui raconte. C’est ce sentiment là, l’envie de le connaître, T, ce petit être de lumière. C’est très beau ♥️

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    1. C'est beau en cool, que des inconnus le connaissent maintenant un peu.

      <3

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  7. De lire ça, même sans jamais l'avoir connu, ni connaître qui l'écrit, ça donne envie d'être un peu plus comme cet homme qui… (attentif aux autres, à aimer tout ce qui peut l'être)

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    1. C'est une huile essentielle de gentillesse et de simplicité.

      (Merci, de t'égarer ici <3)

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