lundi 30 avril 2018

Avant le pas d'anniversaire, jour 2


(Je me souviens avoir regardé ce clip des dizaines de fois à sa sortie...
Dans la playlist de demain soir, ce titre.
Des chansons adorées de T., de moi, de nous tous.
Des chansons adorées, adulées, pour créer l'immortalité dans le devoir de mémoire désormais noué à nos poignets)



Déluge.
Je reviens d'une course où il fallait avoir la foi.
Même avec mon super tee-shirt Led Zeppelin et une playlist cool, c'était une épreuve de force.
Mains mouillées et baskets inondées.

Au retour, la tasse brûlante sur la table basse et les vêtements qui sèchent sur la porte de la salle de bain. 



Depuis hier, je fais des trajets entre la maison de B. remplie de copains bruyants et ma solitude mélancolique nécessaire.
J'écoute de la musique en marchant dans les rues, franchissant des frontières et caressant des cicatrices.
Je rassemble l'essentiel, offre le subtil et cherche le repos paresseux.
J'ai l'étrange impression que nous sommes des soldats au camp avant la bataille sanglante, les mains sales et les peurs nouées.
C'est certainement parce que chacun, sous un rire tonitruant dans l'entrée, une blague graveleuse dans le jardin, un sommeil paisible dans le canapé, se tait les bras ballants devant le trop grand. 
Chacun, dans cette maison, a perdu T. 

Nous avons perdu T. 



Ça nous rapproche.

Ça nous éloigne.

Parce que face à la douleur, nous serons toujours seul. 
Il y a autant de chagrins que de cœurs brisés. 



Je me suis retrouvée là, au-dessus du marbre.
Pour la première fois depuis l'enterrement.
J'étais un peu troublée de voir l'identité dans le funéraire. Son prénom... Je ne l'ai prononcé qu'une fois, quand ils s'apprêtaient à l'emporter. 
J'avais dans la main droite les fleurs sauvages qui poussent dans ma cour, dans la main gauche les dernières négociations.
Et si je lui parle, il reviendra ? 
Et si je lui chante, il reviendra ?
Finalement, j'ai juste murmuré son petit nom, les lettres sautillantes, les sons riants.
Et j'ai pleuré, pleuré, pleuré, pleuré.
Je crois que ce recueillement gauche, seule sur le gravier, je ne le referai pas.
C'était important, d'y aller enfin. Certainement. Je ne sais même pas.
Mais ce n'est pas mon deuil, fleurir son absence. 



Demain, il y a le grand soir. 
Enfin.
Demain, il y a l'émouvant dans la fête, le tourbillon jusqu'au chaos et la vie, qui à la mort, se fera écho.


C'est certainement ça, finalement.
Une histoire d'échos.

dimanche 29 avril 2018

Avant le pas d'anniversaire, Jour 1




(Nous sommes chez B.
Exilée dans la cuisine, je les regarde venir, repartir, rire, prendre un verre dans le placard du haut, une bouteille dans le placard du bas.
Je prends un temps, observatrice sur la touche.
J'ai imposé Arcade Fire, en direct de l'Accord Hotel Arena.
Ils sont en train de jouer un titre de leur album Funeral, qui a bercé des mois et des mois de nos vies.
Arcade Fire, c'est depuis mes 14 ans, encore un groupe commun avec ma mère et... 
Si vous ne deviez regarder qu'un titre partagé ici, c'est ça... 
Ils ont joué dans un ascenseur. 
Et fendu la foule de l'Olympia pour jouer Wake Up...
ILS ONT FENDU LA FOULE POUR JOUER WAKE UP.
A L'OLYMPIA !
C'est d'une beauté bouleversante, ça vous coud des certitudes)


Il y a la tasse à côté, sur la table un peu abîmée.
Il y a des étiquettes de fruits dessous, blague de l'enfant qui taquine en moi.
Je ne sais pas si cette customisation a été découverte.

Les gars sont dans le salon, dans les canapés avachis.
Il y a mon préféré, celui en velours qu'on a offert à B.
On l'a trouvé dans une brocante, celle du canal Saint-Martin.
On s'était séparé en équipe de l'incroyable, j'étais avec T. et une désormais ex de P. dont j'ai oublié le prénom (oups, pardon pardon)
J'étais tombée sur ce trésor.
Un canapé trois places du vert d'un paon.
On l'a ramené en faisant des pauses, on s'asseyait dedans et regardait les voitures passer.
Des passants nous encourageaient en riant, des mecs sont descendus de chez eux partager une bière avec nous et un chien s'est assis avec moi.

Aujourd'hui, l'anglais règne sur un samedi rythmé par des "J'ai récupéré les gars à la gare" et "Elle arrive quand A. ?"

(Attendez, il y a une de mes chansons préférées, No Cars Go. Sortie en 2007, dans l'album Neon Bible.
Je vais pleurer de joie.
J'ai appris à chanter cette chanson pendant des trajets Rennes-La Torche avec toute la clique. 
T. était encore vivant et...
Oh mon Dieu, merci l'Univers de me donner ce son maintenant, merci. Tu ne me déçois jamais !)



Vous savez quoi ?
Si ma vie c'est désormais ça, je signe tout de suite.
Même la douleur, les matins terribles, les nuits d'angoisse, les rages angoissées, les peurs avides, le deuil parfois acide.
Je prends tout et le reste.
Parce qu'il y a la musique, les bouquins glanés ici et là, les ruelles qu'on redécouvre, les amis qu'on retrouve, les chiens joyeux qu'on rencontre, les concerts brûlants, les brasses déliées dans la mer glacée, les terrasses offertes aux grands vents, la paix qu'on cherche, les dimanches pluvieux et les regards langoureux, l'amour sans limite ni condition, les jours qui s'égrènent et la beauté de l'inconnu.

La vie nous offrira des trésors tels que ça

On y va ensemble ?
A deux.
Pas à trois, on est déjà découragé à trois.
Un...
Deux...

samedi 28 avril 2018

Adho Mukha Svanasana


Le yoga, ce n'est pas un truc d'étranges hippies, ce n'est pas un truc qui ressemble à des étirements.
Le yoga, c'est la sueur et les muscles, la discipline et le contrôle, la respiration et le mouvement. 
Le yoga, c'est se dédier à un instant, à son corps sur ce tapis, dans cet espace.



Rien n'allait.
Le chat que je garde en fuite, sa maman humain absolument pas inquiète (la mère juive en moi est quant à elle désespérée), le pas d'anniversaire.
Alors j'ai créé un refuge, comme un château d'enfants en couvertures et secrets.
J'ai déroulé mon tapis et mes vertèbres.
Et après bientôt dix ans de yoga, j'ai compris Adho Mukha Svanasana, la posture du chien tête en bas.

J'ai compris que cette douce inversion, c'est comme une ardoise magique.
Pour rester comme ça, bouger puis trouver l'immobilité, inspirer puis expirer, il faut laisser les troubles disparaître.
C'est comme dissoudre du sel dans de l'eau. 
Au fil de la pratique s'adoucissent les heurts.
Et à chaque rendez-vous avec mon adoré chien tête en bas, me défaire des amers. 



Ce soir, c'était comme de l'huile sur un rouage grippé.
J'ai pensé à lui pendant un petit temps.
Puis je l'ai laissé penser un peu à moi.



J'aimerai qu'il pense à moi en ce moment, comme on pense à lui. Comme je pense à lui.


J'aimerai qu'il sente cet amour qui s'étire jusqu'à son pas d'anniversaire, apogée.
J'aimerai qu'il sente notre amour, le leur et le mien.
J'aimerai qu'il nous aime autant que nous l'aimons, eux et moi.



Tu le sens, comme on t'aime ? 
On t'adore...
Prends soin de toi.
Prends soin de nous. 

vendredi 27 avril 2018

Effleurer des mémoires


(Ça sera moi et mes démons)



C'est toujours un bouleversement de savoir que des gens pensent à moi, parlent de moi.
Je crois que ça me sidère, me laisse un peu gênée, mal à l'aise.
J'effleure des mémoires.
Des gens pensent à moi.
Des gens pensent à moi...
Des gens pensent à moi ?

C'est peut-être un pied d'argile en moi, un gris dilué de la dépression, un chaos soudain dans un tiroir bien rangé.
Il y a ce nœud dans mes cheveux, celui qui tricote le "personne ne t'aime" en tapoti-tapota-tapote fort fort fort.
Tu n'as aucune valeur, rien rien rien ris fort allez rien rien rien.



A chaque fois que mon cœur s'engonce dans le costume étriqué du Je ne vaux rien, j'essaie de me répéter que j'ai été aimée, que je suis aimée et que je serai aimée.
J'ai été aimée.
Je suis aimée.
Je serai aimée.

Oh, par pitié, démêlez ce nœud.
C'est moche, de ne pas croire en ça.
De ne pas croire que l'on vaut quelque chose.
De ne pas croire l'estime qu'on me porte.
Parce que c'est ça, le pire : voir l'amour offert brûlé à l'acide.
C'est comme le syndrome de l'imposteur appliqué à l'intime.
Qui suis-je pour être aimée ?



A quel moment de ma vie s'est glissé sur moi cette crampe ?
Est-ce que je finirai par prendre ces beautés sans ce pincement sous l'omoplate, sans remise en question immédiate ?

jeudi 26 avril 2018

Mille fois





J'ai pris tous mes mots, mille fois.
J'ai revu la scène, mille fois.
J'ai rêvé ces baisers, mille fois.
J'ai cherché sa silhouette, mille fois.
J'ai senti son tee-shirt bleu marine dans ma main droite, mille fois.
J'ai guetté son visage, mille fois.
J'ai traqué son rire, mille fois.

Je prendrai encore tous mes mots, mille fois.
Je reverrai encore la scène, mille fois.
Je rêverai encore ces baisers, mille fois.
Je chercherai encore sa silhouette, mille fois.
Je sentirai encore son tee-shirt bleu marine dans ma main droite, mille fois.
Je guetterai encore son visage, mille fois.
Je traquerai encore son rire, mille fois.

Je pourrais écrire ça : il me manque. 
Mais ce n'est pas assez fort.
Cette absence, c'est faire, défaire et refaire les mêmes phrases et me retrouver tout autant démunie.
Cette absence, c'est un engrais sur la dépression, un combat à mener en plus de ceux dans mes bras déjà chargés.



Il y a ces jours et ces jours et ces jours vécus, les laisser infuser en moi et me séparer de leur vivacité. Déposer un voile sépia. 



Quand je suis entre deux séries de mille fois, que rien ne me retient plus si ce n'est l'acharnement, je donne tout.
Pas les mots, non. 
Les muscles.
Courir, courir, courir.
Nager, nager, nager.
Pratiquer, pratiquer, pratiquer.
Travailler, travailler, travailler.

Ce soir, courbatures et sommeil.
Il n'est même pas 21 heures.
Je caresse la dernière heure de ce mercredi et file m'écrouler.
Récupérer avant la prochaine course.

mercredi 25 avril 2018

En juillet





Mon tendre, 

Peut-être que si je me fais plus louve, tu reviendras.
T'écrire des mots qui ne seront désormais jamais dit, te parler des amours qui ne seront désormais jamais effleurés.
Peut-être que si je dis ces souffles sous le voilage en lin un soir d'août, tu reviendras.
Te soupirer, en languissante et femme au port.

Le soleil revient, la lumière et la peau offertes, les pas légers et les pluies effacées.
Le printemps revient, les nuages et les muscles effilés, les nuits attendues et les trésors cherchés.

Il y a ton pas d'anniversaire et juillet, les épreuves paraissent insurmontables.
Et pourtant.
C'est douloureux, que ce soit de plus en plus facile.
J'aimerai te saigner jusqu'à ce que cadavre s'en suive. 
Mais ça ne marche plus comme ça.
Il faut que je vive ta mort différemment. 
Vivre une mort... 



J'ai un peu peur de la douleur de juillet, de son corps écroulé et emporté par des bras inconnus, et du mien serré et plaqué au sol par des bras forts.
J'ai un peu peur de sombrer, de pleurer, de peiner, de crier, de trembler.


Mais ça ira.
J'ai tellement mal que ça ira.

mardi 24 avril 2018

Que reste-il de lui ?


(Il aurait aimé ça)


Sur le brouillon posé dans l'étagère, les petits mots.

Bientôt, ton anniversaire.
Ton pas d'anniversaire.

Je trouve ça insensé, que la date reste en moi comme ça.
Peut-être que c'est parce que c'est le 1er mai... Ça doit jouer. Je ne sais pas.

Je trouve tout ça très triste.
Vraiment.
C'est du gaspillage.
La fête sera merveilleuse, ces quelques jours incroyables.
Mais que restera-t-il de toi après tout ça ?
Que reste-il de toi ?
Est-ce que je vais te porter encore ?



Je crois que c'est un travail de chaque instant.
Il y a des jours faciles, où les heures défilent avec aisance.
Il y a des jours plus grinçants.

Je n'étais pas prête à vivre ça.
Je n'étais pas prête à évoluer dans ce "tout est à refaire" permanent.
Mais on n'est jamais prêt à ça, alors ça va, ça ne vient pas de moi.



Nous sommes lundi, en leggings et tisane avalée.
Je vais de nouveau dérouler mon tapis, faire du yoga, une pratique d'Adriene Mishler qui s'appelle "Yoga for self love" et écouter ma respiration.
Ma respiration...
Parce que je suis encore là.

Parfois, ça me fait chier, d'être encore là.
Pas de beaux mots, non, parce que c'est ça : "ça me fait chier".
Je suis dans ces instants vaguement en colère, assurément chagrine, je me sens nulle et conne et moche et et et et et jusqu'au fond de mes émois.

Aujourd'hui, je vais lutter contre tout ça.
A grand renfort de muscles et de respiration.

Ma respiration...

lundi 23 avril 2018

Coquille vide


(J'ai retrouvé cette chanson, quand T. me manquait cette nuit.
J'ai peur de juillet, de l'oubli de l'été, des mots vains et des plus jamais)




Grand chantier du printemps.
Balayer la cour, prévoir son lessivage.
Arroser les plantes et rempoter un petit rosier.

Au milieu de quelques feuilles mortes, des escargots, une vis, des petites fourmis et deux très gros vers de terre.

Découvrir une petite coquille vide, marron blond, blond marron, marron ou blond, blond ou marron.
Ellipses colorées en dilution.
Légèreté friable.

Que devient-on une fois la coquille abandonnée ?

Il est passé où, cet escargot ?
Est-ce un transformiste, qui a voulu vivre sa vie de limace au grand jour ?
Est-ce un minimaliste qui après avoir lu le livre de Marrie Kondo a abandonné son seul bien matériel ?
Est-ce un amoureux transi qui a laissé ses défenses derrière lui ?



Il reste quoi, de nous, une fois notre coquille abandonnée ?

dimanche 22 avril 2018

Note du samedi : Ishnaan




En ce moment, ce qui me fait lever, c'est la perspective de pratiquer ma séance de yoga les portes et fenêtres ouvertes, en écoutant les oiseaux réveiller la journée.

Chaque matin, c'est une victoire. D'atteindre la verticale, de ne pas m'engluer dans la dépression, d'avoir envie de vivre ces nouvelles heures.
Parfois, c'est dur. Très dur.
Et ces parfois sont les pires. Parce que j'ai peur de sombrer de nouveau.
C'est une histoire de jamais plus et de pour toujours.
Je me souviens avec sidération de ces mois passés à penser au suicide dans mon lit. Dès le premier battement de cils, dès la lueur de conscience, c'était là. Je voulais me tuer. Je ne me disais pas "Je veux mourir". Je me disais "Je vais me tuer". Des images se dessinaient en moi, mon corps pendu ou drogué, et. Non, chut, on est samedi soir, je pars tout bientôt rire avec le clan, la  bande, alors chut, chut, chut. Mais en fait, ces images ne sont pas si terribles, c'est plutôt le reste, ce qui restera tatoué sur chacun de mes organes. Je. Chut.
Alors maintenant, c'est une question de survie, ces quelques minutes au réveil. Ce n'est pas une figure de style, un beau ton sépia sur un quotidien, c'est du vrai : c'est une question de survie.

Pour survivre, je médite d'abord quatre minutes. Très exactement quatre minutes, oui. Encore sous la couette, me rappeler que je suis là, et que ce n'est pas si mal. Ecouter ma respiration, sentir se diluer le sommeil et tenir à distance la vilaine.
Pour survivre, je bois un grand verre d'eau. Vite et bien.
Pour survivre, je fais du mini yoga. Je crois que ça consiste surtout à faire le chat en soupirant d'aise.

Après, c'est l'heure d'un autre combat : Ishaan.



Ishnaan, c'est un truc de crevure de hippie que j'ai longtemps pratiqué, un peu abandonné, et gaiement repris.
Ishnaan, ça consiste à ne se laver qu'à l'eau froide. La plus froide possible. Jusqu'à ce que la température soit agréable (je crois que c'est une affaire de trois minutes, comme le brossage de dents).
On pratique ça dans un rituel bien établi, aussi vieux que le yoga. Réveil aux aurores (4 heures, normalement...), ablutions (nettoyage de la langue, rinçage du nez, des oreilles et des yeux, sept coups d'eau sur le visage (pour les sept chakras)), Je coupe là, parce que je suis intarissable sur le yoga mais ça ne vous intéresse probablement pas.
Donc, au moins ce fameux Ishnaan.
D'abord, il faut se brosser le corps consciencieusement, s'enduire d'huile (ça me fait toujours penser aux vieux péplum) et de courage.
Mouiller les pieds et les mains.
Et se jeter à l'eau.
Les petits cris et jurons sont en option.

Pourquoi, me direz-vous ?
Les bienfaits sont multiples, mais le plus cool à mes yeux, c'est de commencer la journée sur une sacrée victoire. Avoir trouvé le confort dans l'inconfort, fait preuve de volonté. On n'a rien à envier à Beyonce, on a vaincu la facilité de l'eau chaude. C'est immense.



Peut-être que c'est ça, les petites victoires.
Faire en sorte de n'avoir rien à envier à Beyonce.

samedi 21 avril 2018

Note du vendredi : une échappée



(Je vous glisse ça ici, c'est tellement chouette...
Si peu connu en France, mais je ne désespère pas : un type en a parlé sur France Inter)




C'est la journée de la fuite, du filons vite et pas si loin.

J'ai couru au parc à dix heures, le dos chauffé au soleil.
J'ai donné un cours de yoga, traîné en short dans ma cour et mangé du melon. J'ai fait un vœu parce que c'était le premier de l'année, mais râlé parce qu'il venait d'Afrique (je n'ai pas vérifié auprès de la dame au marché... Pardon la Terre, j'ai merdé)
J'ai récupéré un super tapis d'acupression et essayé de lâcher prise dans l'inconfort. Sans trop dire de gros mots. Mon dos était brodé de petits trous.
J'ai acheté deux avocats absolument pas mûrs pour les garder en réserve, regardé la météo et réfléchi à ce que j'allais manger ce soir (il n'est absolument pas envisageable de faire chauffer le four ou les plaques)

J'ai surtout pris le temps de ne rien faire d'incroyable et de le faire super bien.



Je suis allée me promener aux Gayeulles.
J'ai vu des petites pousses merveilleuses, un lapin, une superbe voûte de branches que j'aurai voulu en ciel de lit, des canetons qui paressaient dans l'herbe avec leur maman et une minuscule rivière.
J'ai bu plein d'eau à l'ombre, mis deux orteils dans un étang et tendu mes bras au ciel.


Maintenant, je vais couper des légumes et nettoyer un mur de ma cour, appeler les copains pour qu'on s'organise une baignade demain (Rennes a désormais un bassin nordique, je ne suis que joie !) et un verre à Mythos (ça se termine dimanche...).
Ça va être rien, mais ça va être bien.
J'espère que ce billet est un peu ça : rien, mais bien.

vendredi 20 avril 2018

Note du jeudi



Me baigner.
C'est l'obsession du jour.
J'ai sorti mon maillot de bain et prends en note les horaires de train.
Demain, peut-être.

Ce matin, marcher au soleil.
Il y avait les camions de CRS, le marché des antiquaires.
J'ai fait un crochet par la Biocoop déserte, regarder les vitrines de mes librairies préférées.
J'ai mené de petites enquêtes chez le fleuriste, guettant un lierre et un jeune olivier.

Maintenant, les sacs prêts pour filer au marché.
Du Pilates dans la cour.
Me préparer à en lessiver les murs, m'enthousiasmer de ce travail uniquement physique.
La radio en fond sonore, les mains crispées dans des gants.



Il y a des doutes grands comme une maison, mais je.
Je glisse au moins de la musique, garde ces mots.
Vous y gagnerez ça.
Tisane en regardant le ciel, pieds nus à l'orée du béton.

jeudi 19 avril 2018

Note du mercredi : le pas d'anniversaire



(Je vous dépose cet acoustique, parce que je venais d'écouter un live de Bon Iver et qu'ils se sont glissés à la fin de la vidéo, sur la grille qui me fait toujours perdre un temps fou à choisir de la musique.
J'ai trouvé ça un peu marrant.)



Il est 21 heures 02.
Appartement tiède, pieds nus.
Ils arrivent.

Le clan, la bande.

Ils arrivent avec des trucs de costauds, bouteilles de vin et bouffe de mecs qui s'en foutent.
Alors je bois une tisane et coupe un avocat.
Après les deux verres de vin au soleil, ce n'est pas un luxe. Cette tromperie dans ma détox me fait l'effet d'un petit tourbillon estival, légère migraine en sus.
Mes épaules sont toutes tendues de Pilates et de jour ouvré, mais elles se tiennent hautes et droites. C'est peut-être la chose la plus délicate que m'offre le sport : me tenir droite. Vaguement fière, assurément plus forte.

Ce soir, on va continuer de parler de son pas d'anniversaire.
On prépare un truc immense, fou, sauvage et turbulent.

Un bar privatisé, des copains par voitures entières, des nationalités différentes, des gens que je connais à peine, d'autres que j'aime depuis longtemps.
Il faut commander, organiser, accueillir, loger, prévoir, conduire.

C'est beau et salvateur.



J'espère, si fort, que ça change quelque chose en moi.
Que ça me donne la certitude que tout n'est pas vain, qu'il reste de lui des merveilles ailleurs qu'en moi.
Que de sa mort reste sa vie, la mienne, les nôtres.
Que dans sa mort il y a la vie.

Evidemment, gérer ça, ce sera...
Je suis la sensible et la délicate, alors imaginez un peu...
Ne faire que préparer ce grandiose, c'est une émotion incroyable.


J'aime me dire que vous le connaissez maintenant un peu.
Que vous serez un peu là, à cette soirée.



J'entends la grosse voix de B. sur la terrasse du bar voisin.
Il glisse la clef dans la porte.
A demain... <3

mercredi 18 avril 2018

Note du mardi




Joues cousues de soleil, bras nus de printemps, lèvres en jour d'énergie.

Vous l'avez senti, ces notes sont devenues moins essentielles pour moi.
Je les annonce le matin, même pas après la publication de sept heures. Parce que le téléphone à cette heure, beurk. Je préfère dormir, courir ou faire du yoga.
Je me dis maintenant que si elles sont lues, même sans retours potentiels, c'est déjà grand.
Alors je lâche prise.
J'arrête de me battre pour être lue.
C'est parfois un peu frustrant, mais chut.
C'est une descente en vélo : on enlève les pieds des pédales et on se laisse guider.

Lâcher prise.
C'est une des choses que j'apprends chaque jour sur mon tapis.
S'abandonner dans une posture, trouver l'aisance dans la difficulté, patienter et laisser faire le corps (I'm talking to you, crow pose !).



Aujourd'hui, j'ai pratiqué dehors.
Il y avait le tapis déroulé sur le béton, les serviettes qui séchaient sur la corde à linge et un thermos de thé qui patientait.
Il y avait ma super playlist un peu folle, celle qui a "Southcoaster" dedans (j'ai fait plein de chien tête en bas et de guerrier I et II en l'écoutant, c'était génial).
J'ai même fait du Pilates après, les abdos un peu tremblants.



Il est 21 heures 41.
Vaisselle et rangement, stretching et yoga, lecture et sommeil.
J'ai arrosé mes plantes, de petits ruisseaux convergent dans la cour. Je regarde ces ombres décorer la nuit, la corde à linge immobile et le ciel ourlé de nuit. Je mets ce nouveau Ben Howard sorti il y a quelques heures et.



(Vous allez bien ? Ça ne vous ennuie pas de lire ça ? 
Je ne sais pas si ça a un intérêt, un joli là-dedans...)

mardi 17 avril 2018

Note du lundi




J'ai été réveillée par lundi, un peu avant 5 heures 30.
J'étais étrangement enthousiaste, doucement excitée. Alors je me suis levée.
J'ai fait du yoga avec plein de petites lumières et de jolies magies. Puis je suis partie courir.

C'était une course merveilleuse, de celles qui donnent envie de galoper plus loin encore, de celles qui font défiler des beautés et des marrants, qui font sentir en nous une force éternelle.
Je suis sortie dans la nuit et j'ai vu.
Des empreintes de pluie.
Un camion faire sa livraison.
Le banc parfait pour faire des pompes.
Une dame avec une valise rouge à roulettes.
Deux chats dans la vitrine du bar à chats (je me suis arrêtée, oui. Ils s'en fichaient un peu, de mes sourires ravis et de mes compliments).
Passer devant la future boutique vegan à côté de chez moi.
Un petit mot intrigant sur une porte en bois (je me suis dit que je le lirai en remontant plus tard, mais j'ai oublié).
Le jour se lever.

C'était si beau, ce cadeau.
Le ciel limpide au-dessus de l'opéra.
Ecouter plein de trucs fous.

En arrivant devant la porte de mon immeuble, j'avais envie de faire durer l'instant.
Alors j'ai fait demi-tour et me suis élancée.

C'était beau de lumière et de foulées apaisées.



J'ai fait plein de choses capitales.
Ranger des plantes et filer faire une lessive.
Cuire du quinoa et faire sécher des orties.
Lire ça (quel bien, mais quel bien !) et surprendre un titre de Sopico sur France Inter.
Ecouter une émission sur Rocard et regarder le linge sécher au soleil (première fois de l'année ! Vite, un vœu !)



J'espère que votre lundi était beau.

lundi 16 avril 2018

Note du dimanche



Peut-être que quand je n'ai rien d'incroyable à vous écrire, je vais reprendre ces paresseux billets.
Ceux que j'appelais juste "Note", des riens en un jour.
Peut-être que je vais faire ça...

Note du dimanche, donc.

Il est presque 22 heures, j'ai des choses à faire aussi intéressantes que ranger un peu, mais je suis bien trop occupée.
A regarder la nuit, boire un latte lait de riz-rooibos-vanille, réfléchir à une séquence de yoga (guerrier I, geurrier II, guerrier I, torsion à droite, torsion à gauche, et... Bref), à un mudra à faire pendant la posture de l'enfant, à cette posture de la demi-lune que j'ai l'impression d'avoir perdu et ma playlist de running pour demain.
De la mélancolie et des trucs de crevure de hippie.

J'avais besoin de faire de l'effervescent aujourd'hui.
J'ai couru ce matin dans le parc (youpi), fait des pompes (youpi), des burpees (beurk) et monté-descendu les hauts escaliers de la rue de Paris (beurk).
J'ai nettoyé des choses dans ma cour à en avoir mal aux mains, rempoté des plantes et pris quelques gouttes de pluie.
J'ai traîné au festival Mythos avec le clan, la bande. J'avais un thé dans mon sac, tout allait bien. Même cette place au concert de Cantat me passant sous le nez ne m'a pas fait grogner (en fait, je grogne rarement, donc ça ne compte pas vraiment cette histoire). Ce festival est tellement cool qu'il y avait aujourd'hui une super boom pour les enfants.
J'ai trimbalé mes virulents mâles à une vente de cactus, succulentes et plantes inconnues. Ils étaient ravis (non).
Au terrier, j'ai pris du temps pour être seule, me faire comprendre que recevoir de l'amour n'était pas une question de légitimité. Ce doute permanent est un sabotage dégoulinant de cruauté et grignote chaque joli mot qu'on m'envoie, chaque jolie beauté qu'on me dit. Alors j'ai médité (inspirer la douceur, expirer le grinçant). Sur le coup, ça apaise un peu.
J'ai fait des salutations au soleil en écoutant ma super playlist de yoga, celle qui contient surtout du rap et donc aligne carrément les chakras (non).
J'ai...

On s'en fout un peu, non ?

Je ne sais pas.

Il est 22 heures 26, je vais faire des trucs nocturnes.
Je vais mettre des trucs qui font ranger vite, dont ce son qui est dans ma playlist intime de ma langueur.
Langueur qui me désespère souvent, en ce moment.
(Pourquoi suis-je comme ça ? La question est vaste, la réponse introuvable)

dimanche 15 avril 2018

Mon samedir, pour rimer avec Nemir



A cette heure, au creux du poignet droit, le tampon du festival Mythos.
A mes chevilles, le corps possédé au concert de Nemir.
Ce mec groove, danse et enchante, en drôle et sincère.
J'ondule encore, programme mon running de demain au son de son nouvel EP, celui qui tourne depuis sa sortie.
Mais avec un humour délicieux, ce sera "Ça sert" qui couvrira mes premières foulées.
Il a ouvert le concert sur ce titre...

Je voulais dérouler de nouveau mon tapis de yoga et écouter "Demain".
Parce que "La nuit, je crois en mes rêves".
Mais en fait non, je vais juste raconter un peu, me démaquiller vaguement (lâchons prise, nous aurons toujours du mascara sous les yeux au réveil) et dormir enfin.



Mais à cette heure, je vis aussi le dilemme, le grand.
J'aimerais aller au concert de Bertrand Cantat lundi soir.
Mais je sens sur mes épaules les raisonnements populaires et tout à fait légitimes.

Je crois très fort aux secondes chances et aux suivantes.
En témoigne mon engagement dans la vie carcérale.

Je crois très fort aux secondes chances et aux suivantes.
Mais je comprends que réinsertion et vie publique soient difficiles à associer et à concevoir.
Je pense que ce débat autour de la tournée de Cantat nous questionne sur ça : notre rapport aux secondes chances et les limites qu'on y fixe.



Pour beaucoup, aller applaudir Bertrand Cantat, c'est cautionner les violences faites aux femmes.
C'est comme ça, c'est un réflexe pavlovien.

Mais je n'ai pas tellement la force de taper du poing sur la table, en fait.
Ce n'est pas moi, ça.
Les conflits, c'est mon horreur.
Être en opposition, ma grande difficulté.
Défendre mes convictions, c'est mon impossible.
Alors je fais profil bas.
Etant une crevure de hippie, beaucoup des choses auxquelles je m'intéresse sont moquées. Mais je me tais.
(Oui, les gens peuvent être chiants et fermés, c'est décevant)
(Non, je ne me fais jamais violence dans ces débats stériles, je suis nulle oui, mais perdre autant de temps et d'énergie...)



Je me dis qu'on n'a pas brûlé les œuvres de Céline malgré son antisémitisme.
(Mais on devrait, c'est surtout très chiant)

Je me dis qu'on n'a pas brûlé les oeuvres de Sade malgré ses viols.
(Mais on devrait, c'est surtout très chiant)


Il est 23 heures 09.
Et je vais aller à la billetterie demain, pour cette place de concert.

Il est 23 heures 18 (j'ai écouté "Saiyan" et mis de l'eau à chauffer. En dansant, oui)
Et je me réjouis de demain.
Du yoga et du parc cavalé, de la cour à fleurir et du jour clair.

samedi 14 avril 2018

Pointiller les chagrins



Pointiller les chagrins.
C'est ce que j'ai fait hier.
Entre petite blessure du jeudi et questionnements de meuf, les trésors.

Peut-être que c'est ça, le retour vers la douceur.
Réussir à glisser du joliment wahou entre les acidités.

Alors tout en vrac, comme au magasin bio où je vais, en bonne crevure de hippie, des trésors :
- Il y a eu la petite pêche en feutrine aperçue par terre, dans la rue. J'ai immédiatement pensé à l'expression "garde la pêche" et aux fruits d'été.
- J'ai écouté le nouvel EP de Nemir. Zion, c'est le son que je vais ajouter à ma playlist de mes yoga dance parties. Il y a son concert demain, mon attente toute sautillante. Le lieu du concert, en haut de la rue, est magique. Parc du Thabor, chapiteau et beaux instants.
- J'ai vu Eddy de Pretto en showcase, un instant court, si court, et pourtant intense, si intense. Et ma journée a été bercée par Quartier des lunes. Ma mère m'a raconté qu'elle venait d'acheter l'album, sous mes conseils avisés. Et j'ai remis un coup de paillettes sur sa médaille de maman que j'aime à la folie.
- J'ai acheté des chaussettes et pense sérieusement que ce genre de shopping est le meilleur du monde. Je n'ai pris que des couleurs improbables, des motifs qu'on pourrait qualifier d'improbables. Et j'étais  contente, en grand.
- J'ai beaucoup pensé à G., une grande tante très éloignée morte cette semaine. Elle avait 87 ans et un énorme, énorme cœur. Je ne l'ai vu que quelques fois dans ma vie, dans sa maison à Clarensac, près de Nîmes. Mais je me souviens qu'elle était gentille comme on devrait tous l'être. Elle avait pourtant peu de visites, ses enfants étant des pignoufs (ma chère famille, du côté de mon cher père, est... Disons que si on veut faire un prélèvement de cons, il y a de quoi faire). Alors prenons un instant pour penser à elle. Germaine, 87 ans. Au jour où le feu le chien de ma grand-mère avait dévoré tout le dîner alors qu'à côté, cette dernière disait qu'il ne volait jamais rien. A ce même chien qui tombe dans la piscine et découvre la natation. A mon expédition en solitaire, mp3 et soleil brûlant, pour acheter du pain dans une supérette où le monsieur avait le bel accent du Sud et m'avait offert une glace à l'eau. Pensons à Germaine donc, bienveillance et bienveillance et bienveillance.
- J'ai fait un thé au terrier, l'ai glissé dans un thermos et filé au parc. Et j'ai bien fait, puisqu'il y a eu deux heures plus tard une averse de grand été.
- J'ai acheté un plant de menthe et un de sauge. Je leur cherche des noms. Pour le moment, c'est Kim et Gordon, parce que... Parce que.
- Un couple au look rock-bobo-si cool m'a accostée dans la rue, en rapido Fangio, pour me dire que ma couronne était magnifique. Du coup, je ne regrette pas de mettre fait violence ce matin et de l'avoir glissé dans mes cheveux un peu emmêlés (Ont-ils une vie autonome ces salopiots ?). Il y a eu le sourire de cette nana cool en vélo, le regard de quelques petites filles, ma voisine qui a dit qu'on dirait une fée. J'ai l'impression d'être surtout couronnée de la gentillesse de ces tendres du jour.
- J'ai fait des galettes vegan pour une copine gentille qui passe son temps à Picard et clame qu'il faut, IL FAUT, manger des protéines animales. Si j'étais une virulente, je braillerais comme un âne. Mais vu que... Hein... Du coup, j'ai cuisiné pour elle. Elle va se régaler à ça de l'indécence.
- Une jolie chienne que je croise souvent s'est jetée sur moi. Je ne l'avais pas vu de tout l'hiver, et qu'elle me reconnaisse, si contente de me voir, à gonfler mon petit coeur de fucking dog lover comme une montgolfière. J'aime avoir des amis qui sont chiens de profession.
- Je vais vite vite me brosser les dents, avec ma brosse à dents d'écolo (j'en suis là, oui) et filer me roudoudouner dans mon lit, ayant déjà hâte d'être demain.

Prenez soin de vous.
Ne doutez pas de votre force ce week-end.
C'est fait pour ça le repos, prendre le soleil et le courage comme des crocodiles.

vendredi 13 avril 2018

Jeudi en gris



Au marché, vers 15 heures.
J'ai acheté des kilos de fruits et des légumes par panier.
Je riais avec des inconnus, parlais de mes petits sacs en tissu tellement plus écologiques à un monsieur intrigué et de la météo folle.
Je prenais le temps de parler avec la jeune roumaine qui vend une revue, lui demandais des nouvelles de son fils.
J'étais contente, entre mes betteraves crues et mon sac d'épinards.

Au terrier, vers 16 heures.
J'ai réfléchi aux jolies plantes que je veux installer dans la cour.
Je notais des variétés, m'enthousiasmais quant à la vente de Maison Bouture ce week-end.
Je venais de préparer un énorme pot de ma décoction du moment, hibiscus, menthe et citron. La nuit au frigo et le lendemain en régalade.
J'étais bien, entre mon petit thé et mes grands carnets.

Dans le métro, vers 18 heures.
J'ai ri de l'horoscope dans 20 minutes avec la jeune fille dont je m'occupais ce soir-là.
On a fini par le lire aux deux dames en face de nous, on riait tant. Plus aurait été indécent.
D'autres passagers souriaient, c'était un joli moment.
Rencontre furtive et rigolade.
Avec les enfants, sur le chemin de la maison, on s'est arrêté pour paresser au soleil.
On a lu un livre que j'avais emmené, Emma à Rome.
Je leur ai fait écouter Sonic Youth en rentrant.
Je leur ai expliqué comment fabriquer du baume à lèvres.
On a fait un wok en tout fou, croquant une carotte en cuisinant.

Départ pour une autre garde, 19 heures 30.
Playlist et marche marche marche jusqu'au métro.
Le soleil était si doux, les couleurs sur les immeubles merveilleuses.

Installée avec ma musique, j'écris des petites notes.
Un type s'assoit en face de moi, tout sourire.
Je lui offre le mien, de sourire, celui en paillettes, celui que je veux intense pour cajoler les inconnus.
C'est ce en quoi je crois très fort : un sourire d'une fraction de seconde, si il est bien tricoté, chatouille jusqu'aux peines les gens.
L'homme me fait signe d'enlever mes écouteurs.
Je rougis et l'écoute.
"C'est beau, votre couronne de fleurs, là. Ça vous va très bien !"
Mon sourire, encore, en grand, et un merci en wahou.
Aujourd'hui, ma couronne a fait attendre une petite fille devant son immeuble.
Elle m'a regardée passer, admirative.
Je lui ai fait un clin d’œil et un petit signe de la main.
Et je me suis sentie grande et merveilleuse.
Alors ce compliment, il en fait de nouveau frémir les fleurs, de ma couronne.

Je me replonge dans ma playlist.
C'est celle de mon yoga fou, "Yoga Dance Party".
Il y a beaucoup beaucoup de rap dedans. 
Je me souviens que j'attendais "Southcoaster" et le hiatus prononcé par Vinsi.
A chaque fois, je souris et hoche la tête, "C'était un hiatus !".
Je vois l'homme d'en face se lever, s'apprêter à descendre à la station.
J'enlève une nouvelle fois mes écouteurs, pour lui souhaiter une bonne soirée.
Parce que je suis ce genre de meuf.

Et là.
L'ignominie sous la bienveillance.
Sur le ton du conseil, les mots qui m'assassineront toute la soirée.
"Si tu perdais un peu de poids, tu serais vraiment une très belle femme".

Et là.
Mon sourire.
Mon "D'accord".
En dix secondes, tout qui s'écroule.

Le peu d'estime de moi que j'ai, brûlé.
Les beautés dont on m'a caressée, effacées.

Pour lui, ça a duré un temps minuscule, c'était un microscopique moment dans sa journée.
Pour moi, ce sera un nouveau gravillon à porter.
Parce qu'on ne garde jamais près du coeur les compliments et les douceurs.
On trimballe toujours les cruautés et les acidités.
Toujours.

En descendant à ma station, gorge serrée et ses mots qui tournent en moi.
Il vient de me faire reculer de quelques pas dans ce long, si long travail.
Pour ne pas me détester, pour continuer à faire la paix, pour être douce et bienveillante avec moi comme je le suis avec les autres.

Au travail, à 21 heures.
Raconter et pleurer.
Appeler ma mère et pleurer.
Vous lire (vous, les coeurs...) et pleurer.
Pleurer.
Me sentir coupable, ne pas dîner, regretter la terrible époque où, me chercher les pires excuses, établir les plus cruelles comparaisons, penser aux punitions que je vais m'affliger. "Mais enfin, il m'a rangée avec les obèses !" et me sentir sale, si sale.

En rentrant, à 23 heures.
Fuir le regard des passants.
Garder les yeux baissés au sol.
Vouloir être minuscule.
Avoir envie de... pleurer.



Pardon, mon corps.
Il ne savait pas.

Mes mains.
Qui nourrissent, caressent des joues d'enfants, se posent sur des corps d'hommes, ont apaisé un chat mourant, écrivent sans relâche.
Pardon.

Mes bras.
Qui chaque jour montrent leur force sur mon tapis de yoga, ont bercé des nouveaux-nés, ont enlacé des amis et des amours.
Pardon.

Mes seins.
Qui ont été aimé, effleuré et habille sous leur petit bonnet un coeur palpitant et malgré tout courageux.
Pardon.

Mon ventre.
Qui a abrité mes pires acidités, longs jours de famine et doigts dans la gorge, mais qu'un mec a embrassé avec un amour infini pendant des mois et des mois pour réparer cette haine.
Pardon.

Mes fesses.
Qui se sont talées sur des chevaux énervés, des bancs d'université, se sont crispées sous des squats vigoureux.
Pardon.

Mes cuisses.
Qui ont été parcourues par sa main droite et son pouce un peu rugueux, écrasées par ses baisers, celles qui me font courir dans le parc avec conviction.
Pardon.

Mes mollets.
Qui sont criblés de cicatrices, musclés de longues marches et barbouillés sans gentillesse de crème hydratante.
Pardon.

Mes pieds.
Qui ont parcouru des villes et des pays, exploré le fond des mers et des océans, tapoté contre d'autres pieds sous une couette chaude.
Pardon.



Pardon, il ne savait pas.
Que chaque femme voit tous les compliments, les regards caressants des hommes et ses minuscules assurances balayés par une seule cruauté.
Que des mots en méchant peuvent prendre cinq secondes et pourtant créer une nouvelle blessure à promener toute sa vie.
Que sous son conseil inopportun se cachait une cruauté infinie.
C'est terrible, mais il ne savait pas.

Je suis désolée pour toi, mon petit corps, de te détester autant ce soir.
Je suis désolée, vraiment.
On fait tant de travail pour continuer ensemble.
On aurait pu y passer tant de fois.
Je suis désolée.

Je suis désolée, mon petit corps, pour toutes les fois où je n'ai pas su faire demi-tour.
Quand j'ai appris à me faire vomir, quand j'ai eu toutes les clefs pour te haïr en cadeau avec les magazines, quand je n'ai pas su que le consentement sexuel, c'était pendant toute la baise, quand je t'ai affamé, drogué, imbibé, maltraité.
Je suis désolée.


Pardon, mon petit corps.
Je vais essayer de prendre soin de toi.
D'y croire quand on me dit que je suis belle.
De continuer à faire la paix.
Pour te remercier de m'abriter.
Pour te remercier de me permettre de faire.

Merci.







Et à tous les tendres qui ont pris le temps de me dire des réconforts et des douceurs en ce jeudi... Merci. 
Du fond du cœur.
Je sais pourquoi je suis là, dans le terrier ouvert sur la nuit, à plus d'une heure du matin, encore totalement étourdie de cette méchanceté.
Pour écrire.
Et vous écrire un merci, en grand et en broderie.
Je vais essayer de continuer ce chemin vers la paix, entre lui et moi.

Merci...<3

jeudi 12 avril 2018

Temps mort




Today you were far away and I didn't ask you why What could I say I was far away You just walked away and I just watched you What could I say How close am I to losing you Tonight you just close your eyes and I just watch you slip away How close am I to losing you Hey, are you awake Yeah I'm right here Well can I ask you about today How close am I to losing you How close am I to losing


Et cette chanson, en adorée.
C'est en la partageant ici que je comprends la tournure terrible qu'elle a désormais. Quelle peine... Et quelle beauté, malgré tout.
Parce que c'est comme deux dessins de ma vie qui se fondent, partage d'encres et d'aquarelles.
The National, c'est une partie de mon adolescence. Quand cette chanson arrive dans ma vie, je n'ai même pas quinze ans.
Je crois même avoir partagé ce trésor avec ma mère.
Je me souviens qu'en me voyant plus tard laisser l'album Hight Violet bercés mes mois, sans relâche, elle m'a offert Trouble will Find me le jour de sa sortie française.
Bientôt, ça fera vingt ans que le groupe existe.
Vingt ans...
The National, c'est un des groupes que j'emporte à travers les années.
C'est une rencontre à La Route du Rock, avec le clan, la bande, qui à l'époque était encore la Famille.
Je n'en reviens toujours pas.
Mes merveilles musicales, mes rencontres bouleversantes, sont toujours liées à T. et B. (un jour, je vous écrirai comment ma main gauche s'est retrouvée sur la guitare de Kurt Cobain, grâce à T., mon à jamais merveilleux)
The National, ce sont des nuits et des nuits d'écoute.
Que je porte jusqu'à mes vingt ans et quelques.
Avec T., corps abandonnés dans la nuit immobile.
Seule, trajets en bus et vie de rien dans le terrier.
Cet album, Cherry Tree...
J'espère que vous en palpitez un truc incroyable. Quelque chose qui vous parle.



Ce soir, je n'ai rien à dire.
Alors je vais essayer de le dire bien.

Je n'ai rien à dire parce que je suis fatiguée, et c'en est fatigant.
En anglais, il y a l'expression "sick and tired" qui dit tout.
Je ne trouve pas vraiment les mots en français.

Mercredi soir, sur mes doigts une odeur de coriandre.
La nuit est tombée, j'en suis arrivée au chaos où je me lance dans des chantiers étranges.
Nettoyer les fenêtres, balayer la cour.
Ranger un placard, m'attaquer à l'armoire.
Laisser mon corps habiter l'endroit alors que j'aimerai être au large, toujours plus loin.



Lui envoyer un texto.
Au fidèle B.
Celui qui à cette heure doit être dans un bar du quartier.
Celui dont j'ai éclaté la voiture et qui rit de cette histoire avec une pointe de consternation.
Celui qui explique par sa nationalité écossaise sa connaissance enviable des jurons gaéliques et une consommation appliquée et quotidienne de whisky.
Celui qui bosse dans la musique et me raconte avec un enthousiasme bouleversant les projets qui se dessinent à l'horizon, vers l'Amérique en fierté.
Celui avec qui j'aime ne pas parler et écouter des vinyles.
Enfermée dans mon silence mutique, laisser ses anecdotes me ramener au port.
Il y aura un verre sur la table basse, les fenêtres ouvertes sur la nuit.
J'aurai un peu froid mais ça ira, il sera là.
Il racontera les concerts que nous nous sommes prévus pour ce mois d'avril.
Il y aura l'odeur de l'encens que j'achète chez l'indien dans ma rue, le bruit du bar à cocktails d'à côté.
Ce sera un temps mort, un souffle qu'on reprend pendant le match.
Il y aura The National et mes paupières lourdes.


Je suis fatiguée, je n'ai rien à dire.
Je n'ai rien envie de dire.



Lui envoyer un texto.
Et lui écrire, en anglais et dévoilé, que rien.
Ma tête sur son épaule, son bras autour de moi, sa voix grave et du calme.

mercredi 11 avril 2018

A ma gauche


C'est une histoire de langueur.
De sourires en coin, de cils qui se baissent au-dessus de joues roses.
De lèvres mordillées, de respirations suspendues.
De discussions en pointillé, de regards appuyés.
De silences en forme d'attente, de sourcils haussés.

C'est une histoire de fourmillements.
Espace crépitant entre deux mains sur un comptoir.
Ondes murmurant entre deux corps sur un canapé.
Murmures se tissant entre deux silhouettes dans la rue.

Des yeux sur une nuque, un profil et une échappée rougissante.
Des silences et une frontière.
Et tout qui se floute à en oublier de minauder.
Et à deux pas, deux grands pas, hésiter à l'embrasser.

Tant de fois avant ce soir de mai, j'ai voulu franchir ces deux pas.
Frémissements, la rougissante n'est qu'une hésitation.
Mais attendre, encore...
Faire espoir des regards en doux.


C'est me retourner, son regard posé sur moi.
C'est mon regard posé sur lui et mon esquive quand il se retourne.


C'est mon doute.
C'est depuis quand, que je... ?
Et c'est moi ou lui aussi il... ?
Et on fera quoi si jamais on... ?
On va devenir quoi, si on... ?
Et pour notre groupe de copains, de renards, ce sera fini ou alors on... ? 


Entre nous, des saisons et des ruées dans l'ordinaire.
Des nuits à regarder des films. En quelques mois, tout Hitchcock, Fellini et Ken Loach. Des films asiatiques et britanniques, des nationalités jetées sans organisation panique. Il y a eu « Rosemary's baby », visionné une dizaine de fois. En noir et blanc, en couleurs, en nocturne et en jours fériés. Et mon imitation de Mia Farrow, à la fin, qui le faisait rire, tellement rire. Je jubilais de l'entendre, fière, si fière, de créer ça. Et c'est doux que même maintenant, ça me fasse sourire en format familial. Il y a eu l'affiche de « Casablanca » que je lui ai offert, dénichée dans un refuge rennais que j'aime tant.
De la musique berçant nos constamment. Des vinyles traqués sans répit chez des disquaires défiés, des CD trimbalés entre la voiture et des soirs heureux, des playlists griffonnées pour des échappées. Il y a eu un voyage en voiture, pour aller voir des copains jouer en Angleterre, des CD qui bercent les loups assoupis sur la banquette arrière. Des joues contre des vitres, des têtes contre des épaules, et Ben Howard.
Des printemps à lire au parc à côté de chez moi, herbe douce des quartiers riches et siestes en abandonnés. Il y a eu ce mardi, entre de l'eau gazeuse et des gobelets de café vide, mon fouta qui sent les étés. La coccinelle qu'il m'offre, en me disant que oui, il la gardera quand je partirai en vacances.
Rien de moins fantastique que du quotidien.

Entre nous, des mots et des regards qui se pointillent.
Et se dessine à l'horizon un pas à franchir, en peut-être que.

Entre nous, c'est ce soir de juin.
Des heures et des jours et des mois et des années qu'on s'apprête à illuminer.
Il y a eu sa main tendue dans la nuit et des inlassables qui se sont tissés.
C'est drôle, je suis persuadée que la première fois qu'il m'a parlée, rien qu'à moi, c'est pour me dire de lui donner la main, dans cette nuit au large.
Je suis persuadée qu'avant ça, ce n'est que lui se taisant, fumant une cigarette et me regardant parfois du coin de l’œil. Je me sentais parfois un peu ridicule face à lui, me disant qu'il me trouvait certainement folle à lier.
Il vient de fêter ses vingt-cinq ans, on se prépare tous à partir quelques jours à la mer.
L'air doux. 
Les pavés et la nuit qui tombe.
Nous marchons, côte à côte.
Claquements de mes sandales, l'odeur de son tabac.
Nos bras se frôlent parfois.
Traversée de la rue Saint-Michel et les terrasses qui se remplissent.
Nous étions allés prendre un café. 
Je l'avais fait rire de bêtises éternelles.
Il m'avait raconté de jolies découvertes. 
Le café s'est éternisé, s'est transformé en un verre de vin, puis un deuxième.
Nous avions rendez-vous dans un bar avec le reste de la meute, la famille. 
Alors on paresse dans des rues tièdes et on se laisse divaguer en silence.
Rue du Chapitre.
Avant de traverser, à la frontière entre les pavés et le bitume, je m'extasie. 
"Regarde ce ciel ! Des fois, j'ai vraiment envie d'applaudir l'univ...".
Et sa main, son bras dans mon dos.
Mon corps qu'il serre contre le sien. 
Ses lèvres qui me font taire et sa main dans mes cheveux.
Accrochée à ses cils, je murmure que c'est une erreur, "On ne devrait certai..."
Et ses lèvres, encore. 

Quand on a traversé, les lampadaires étaient allumés.
Quand on a traversé, la promesse s'est tissée. Rue du Chapitre, toujours nous embrasser. C'était drôle, c'était devenu un pacte. Été, automne, hiver, printemps, été, automne, hiver, printemps,... été.

Il y en a eu des baisers.
Des timides, des emportés, des dévorés, des oubliés, des ivres, des rigolés, des pleurés, des attendus, des bouleversés.
Je les retrouve parfois quand je marche dans Rennes. Vendredi, m'offrir une couronne de fleurs dans une boutique de cette rue du souvenir. Et à la frontière entre pavés et bitume, mes cils que je baisse et les cieux qui s'ouvrent. C'est malgré tout de la coïncidence en beau, d'acheter du fleuri dans la rue de nos palpitants troublés.

Je me dis souvent que je devrais quitter la ville, parfois même la vie. Comment on fait, après ? Est-ce que je serai à jamais ravagée, une terre brûlée, un chaos à la merci des grands vents ?
Mais je reste, tourisme du deuil et jours plus légers.



On a vécu.
Avec des films, de la musique dans le banal pailleté.
Il y a eu les réveils en éternel, café-thé-balcon. Dans le tiède ou le grand froid, notre côte à côte silencieux, son corps encore endormi à ma gauche. Avant même sa première cigarette, avant même que ma peau ne se caresse de l'odeur de son savon Cleopatra, notre important rien avec vue sur les arbres.
Il y a eu le sommeil qu'on cherche, un album en tout bas, tout bas. Chaque soir. Je me souviens de David Bowie et son index qui caresse les paroles sur mon avant-bras droit. Je me souviens de ses murmures au-dessus de Damien Rice. D'amour en crypté sur des chansons que je n'entendais déjà plus au premier baiser.
Il y a eu du rien. Il y a eu du tout. Des jours de pluie, des nuits d'ivresse, des baignades dans la mer glacée, des cafés dans des rues agitées, des après-midis à lire dans le canapé, sa voix sur mon répondeur, son rire dans le couloir, mes pieds nus dans sa voiture, ses lèvres dans mon cou et des tant et plus à l'infini.
Nous étions fabuleux, pour vernir le banal.



Depuis, il y a eu quelques baisers.
Avouons-le, tous aux odeurs d'alcool et de nuits inconséquentes. Une grande majorité avec la perspective d'une étreinte crue et de lendemain rien.
Pas un seul sans penser à lui.
Goûter un autre et m'éloigner encore de ses lèvres.
Contre ma bouche, des hommes dont j'ai oublié la voix et auxquels je ne pense jamais.
Il y a eu un mec. Une douce récréation, un espoir, une poignée de semaines en cœur un peu déshabillé et mon oscillation entre « chic, je l'aime bien !» et « tuez-moi, je l'aime bien... ».
C'était, mais je n'étais pas prête.
Tant que je chercherai du lui en un autre homme, je reste condamnée aux simulacres de tendresses presque anonymes.
Tant que je cherche à voir si il existe du lui quelque part, je reste condamnée.



Parfois, je me dis que je suis finie.
Que jamais, jamais, je n'y arriverai.
Parfois, je sens en fort que je vais continuer.

Bien sûr, je vais continuer.
Ça m'ennuie parfois, mais je vais continuer.





Et mes matins, vue sur l'arbre de ma cour.
Mon thé, de mes yeux dessinés le jour en nostalgie.
Vivre notre côte à côte.
A gauche, toujours, son corps endormi.

A gauche, à jamais, son corps endormi.

mardi 10 avril 2018

La course éternelle




Dimanche soir, elle est là.
C'est comme une soudaine douleur dans le mollet.
C'est comme une crampe dans un muscle tendu.
Une inquiétude vaporisée autour de moi et une peur qui transpire des murs du terrier.
La gorge qui se serre et le ventre qui se noue.

Tu n'es pas importante.
Si peu de personne te pleurerait, tu le sais...
Tu n'as rien de précieux.
J'aurai ta peau, bientôt.
Je suis bien plus patiente que toi, c'est dire !
Tu crois vraiment que ces petits comprimés nous séparent ?
Enfin, ma douce...
Avec ou sans, tu es ma victoire et mon règne.
Tu ne m'échapperas pas.
Tu ne m'échapperas jamais...
Je suis toi.
Tu es moi.
Croyais-tu vraiment que ces épreuves aller changer un truc ?
J'étais là avant, je suis là après.
Je serai là cette nuit, et demain matin, et après, et après, et après, et après, et après, et après, tu es à moi, et après, et après, et après, et après, et après, et après, et après, et après, et après, et après, et après, tu peux pleurer ça ne changera rien, et après, et après, et après, et après, et après, 

La dépression.
Même le Vidal ne sait pas quoi en dire.
Le sujet est si peu étudié par les chercheurs que c'en est affligeant.
Le sujet est si tabou dans nos sociétés que c'en est rageant.

Il n'y a rien d'évident dans son traitement.
Des lobbys pharmaceutiques balancent sur le marché des comprimés inefficaces et dangereux. Parce que oui, c'est aussi une histoire de gros sous, sinon comment expliquer qu'un médecin vous prescrira pour les mêmes symptômes quelques comprimés et son confrère d'autres ? Comment expliquer que certaines molécules ne font créer le chaos au milieu de la maladie ? Comment expliquer que des patients se sont suicidés en plein protocole de soin ?
Des drogues qui tuent en vicieux et des effets secondaires qui peuvent vous terrasser.
Parce que oui, c'est une drogue. On agit sur la chimie du cerveau.
Tout, absolument tout, dépend de ce traitement.
Et il va falloir supporter les mille douleurs infligées.
Parce que c'est une question de vie ou de mort.
C'est aussi grave que ça, la dépression.
On en meurt.

Il n'y a d'ailleurs rien d'évident non plus dans son diagnostic.
J'ai vu son ombre quand j'avais 18 ou 19 ans. J'avais arrêté de manger depuis trois semaines, un ami m'avait jetée chez le médecin. On m'a prescrit de la Paroxetine. Je suis repartie avec l'ordonnance.
Je n'ai jamais pas été à la pharmacie.
Parce qu'on ne m'avait pas dit. Que j'étais malade et en danger.
Il y a eu une autre rupture, quelques mois de comprimés cette fois. Je fais un sevrage seule, pensant que ça ne sert à rien, puisque je ne vais pas si mal que ça.
Parce qu'on ne m'avait pas dit. Que j'étais malade et en danger.
Elle a fait quelques apparitions, des chutes puis des remontées, jusqu'à son coup de maître en forme de pendaison et un autre médecin.
Il m'a sauvé la vie, rien que ça.
J'étais gavée, gavée de médicaments, mais j'étais passée à travers les balles.
J'avais survécu, et c'était déjà énorme.

Les médicaments...
Encore maintenant, je n'en reviens pas qu'un équilibre précaire réside sur de la chimie et la manipulation d'une industrie.
J'ai changé plusieurs fois de protocoles, on a doublé des doses, diminuer des prises, augmenter des posologies.
Si j'oublie mon traitement quotidien, c'est une catastrophe. Une vraie. Vertiges dans la foule, sentiment d'oppression, tremblements, et, et, et, et.
Aux Etats-Unis, une femme s'est jetée par la fenêtre à cause d'un oubli.
J'ai déjà regardé une bouteille de Javel en me disant que j'allais l'ouvrir et en boire, là, dans le Super U bondé. J'avais zappé mon antidépresseur et mon anxiolytique.
Alors oui, oublier une fois à une incidence. Lire le contraire un jour m'a bouleversée.
Evidemment qu'ils ne diront pas que c'est gravissime.
Il y a un intérêt à faire gober ces drogues (remontez un peu... Un peu...Presque... Voilà ! "Gros sous")

Et puis il y a la thérapie.
Travail de longue haleine.
Des séances stimulantes, d'autres violentes, affligeantes ou agaçantes.
C'est nécessaire.
Pas de savoir d'où vient la maladie (on ne se harcèle pas pour savoir où on a chopé ce microbe quand on est enrhumé) mais comment faire avec.
Savoir si ce que je ressens aujourd'hui, c'est ma langueur légendaire ou cette fichue maladie.
Avoir le droit de dire les choses les plus terribles qui se tapissent en moi.



Ma dépression, je n'ai jamais réussi à lui donner un petit nom.
Mes plantes ont des prénoms, mon grain de beauté dans le cou s'appelle Peter).
Mais ma dépression, je l'appelle juste elle. Mise à distance avec la meurtrière.
C'est avoir un soudain gouffre à quelques centimètres de mes orteils et attendre.
Temps suspendu et terreur sous la langue.
Est-ce que je vais plonger, encore ?
Est-ce que je vais avoir la force de reculer ?
Ma dépression, c'est un sommeil lourd comme du plomb, des journées oubliées, penser au suicide avec application, des crises de larmes. C'est un jour mon corps qui se fige à deux pas du Champs Libres, j'étais paralysée. Aucune douleur, pas un mouvement.
Ma dépression, c'est le sabotage de chacune des facettes de ma personnalité, c'est cette voix qui me répète que je ne vaux rien, absolument rien, qu'il faut que je crève dans la seconde.

Sachez que je me bats.
Avec application.
Patience.
Indulgence.
Rage.
Hooligan du stade des Costières.
Mon but ? Avoir toujours une longueur de plus.
Et si possible, la baiser.
Ne nous mentons pas, ne la jouons pas fine et délicate.
Elle est vulgaire avec moi, je suis vulgaire avec elle.
C'est ma course de fond, un marathon sans ligne d'arrivée.
Parfois, je me décourage, alors je vais moins vite.
C'est au moins ça, que j'ai appris : me ménager. Parce qu'elle ne le fera pas pour moi.



Un jour, je ferai des choses pour me battre contre ce tabou.
La dépression est une maladie mentale.
Une maladie du cerveau. En bref et schématisé, un récepteur envoie un message à l'émetteur, qui le reçoit mal et le renvoie à l'envoyeur. C'est ça, la dépression.
Ce n'est pas un coup de mou, ce n'est pas de la paresse.
Je me battrai pour que plus personne n'entende "Il faut toucher le fond pour remonter !", "Donne-toi un petit coup de pied aux fesses, ça ira mieux" et autres inepties.
Je me battrai pour qu'on puisse dire qu'on dort mal parce qu'on est dépressif comme on dit qu'on dort mal parce qu'on a mal au dos.
Je me battrai pour que la dépression ne soit plus sujet à ragots.
Je me battrai pour que la dépression soit comprise par tous comme étant une maladie.
Parce que oui, je l'écris encore : la dépression est une maladie.






Quelques pistes, pour aller plus loin :
- L'intervention TED de Nikki Weber Allen : longtemps, je me suis dit que je n'avais rien pour être malheureuse. Je riais en disant "Je ne suis pas en Syrie, j'ai vraiment une maladie de blanche privilégiée !". Oui, le tabou pue jusqu'au cœur des malades.
- L'intervention TED de Kevin Breel : étant une "tout pour la marrade" convaincue, c'est parfois étrange pour moi de concilier meuf drôle et dépressive. Comme l'impression de me dédoubler, de monter sur scène. A chaque fois que je revois ce discours, je pleure... Et j'ai trouvé là mon inspiration et ma force pour mener ce combat contre le tabou.
- L'organisation To Write Love on Her Arms : les Etats-Unis ont un coup d'avance sur l'Europe, clairement... Son fondateur, Jamie Twokowski, est inspirant et... Fouiner un peu et vous découvrirez quelques trésors bouleversants de bienveillance. et là, je vous mets le Tumblr qui fourmille de quelques rassurants mots.
- If you feel to much de Jamie Twokowski (en anglais) : un bouquin qui dit que oui, on a le droit de souffrir, et oui, on a le droit d'être aidé.
- La bande-dessinée Chute libre de Mademoiselle Caroline : bouleversante, tellement bouleversante... Certaines planches me rappellent à quel point je reviens de loin, de très très loin. Grâce à cette BD, j'ai découvert le travail de Charles Cungi (psychiatre) et porte une petite croix dessinée au stylo sur la main gauche. Pour me rappeler de respirer quand je commence à perdre pied.