samedi 10 mars 2018

"Tempête en mer sur un bateau gonflable"

Cette nuit, il y a eu le petit bruit de la messagerie Instagram dans mon trois heures du matin.
J'avais oublié de fermer le bureau, de claquer la porte en sortant.
J'ai glissé un oeil sur les petits mots, brume mystique entre les cils.

Il y avait une insomnie, une absence et une tempête en pleine mer.
J'espère avoir su trouver les mots, j'espère savoir les trouver encore. Encore et encore.
J'espère avoir su te tendre la main dans la nuit, ma douceur.
Je rougis encore, ajuste ma couronne de fleurs guerrières et regarde tes quelques mots qui m'ont fait jurer, en bon marin-pêcheur. Si j'en suis au point de ma vie où je vous sauve de la peur, rien qu'avec mes mots, avec mes mots mon Dieu, rideau. On arrête le match maintenant, on va prendre un verre à la buvette. Mes mots n'ont jamais osé imaginer plus fou, être les pansements dans la nuit.

La nuit.
Il n'y aura rien de doux, noyade et panique dans un océan déchaîné. Il faut lever le menton, avaler le moins d'eau possible et implorer la Lune.
Cette peur ?
C'est normal, tu es en pleine tempête, la sérénité n'est plus qu'une poussière dans ton vocabulaire.

La nuit.
Les petites trahisons.
Il y a ce règne de la terreur. Ne crois aucune des chimères qui te persécutent dans l'insomnie. Elles ont tort, forcément. C'est pour ça qu'elles attaquent à cette heure, les garces.
Regarde les heures passées, prends-les comme une offrande païenne à tes absents.

La nuit.
Les absents.
On courra toujours après eux à deux heures du matin, turbulents malheureux dans des couloirs sans fin. Des centaines de portes et aucune qui...
C'est terrible oui, tu seras à deux orteils de la folie.
Mais regarde, je suis là.
A deux, on nagera moins vite mais ça ira.
L'eau est un peu froide mais ça ira.
On va s'essouffler à crier dans les vagues mais ça ira.
On cherchera un regard un soir d'hiver, un rire éclatant et un murmure.
On ne les trouvera pas.
Alors on pleurera.
On pleurera.
Après toi, ma douce, tes jolis mots, j'ai froncé les sourcils et j'ai pleuré dans mes archives entre une soirée arrosée et un trajet en voiture.
Sa nuque, son index moqueur qui pointe ma fossette sur le parking d'Ikea, le tee-shirt qu'il avait un jour de rien.
Ce n'était pas exactement ça, je cherchais sa voix à mon oreille et... Non, ce n'était pas comme ça qu'il me disait.
Mais ça ira.
Évidemment, que ça ira.
On oublie, mais pas le sang.
Jamais.

Ça ira.
Pas maintenant, parce que les nuits de grandes marées, c'est fait pour pleurer et nager à en crever.
Mais ça ira.
Ça passe.
Il y a toujours un matin, un retour au port.
Ça ira.
Ça passe.

Quand un navire est en difficulté, le bateau le plus proche va à sa rencontre.
Regarde, regarde toutes ces lumières, ils sont déjà si nombreux à venir.
Laisse-toi ramener sur la terre ferme.
On va te sécher, te faire chauffer un truc et te frotter les bras.
Tu le sens, ce bonheur du retour à la maison ?

Cette nuit, il y a eu le petit bruit de la messagerie instagram dans mon trois heures du matin.

Dérangez-moi, toujours.
Même à trois heures du matin.
Surtout à trois heures du matin.
Dérangez-moi.



("En pleine mer", c'est une playlist que j'ai bricolé aujourd'hui pour vous, les marins. 
Des larmes et des remous.
Mais ça ira.
Je vous assure que ça passe.)

6 commentaires:

  1. On ne s’en rend pas toujours compte, le hasard tombe toujours bien, vraiment. À croire qu’il le fait exprès.

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  2. ce que tu écris est merveilleux

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    1. Merci, inlassablement merci, de prendre le temps de me lire et de me dire de si jolies choses.
      Triple cœur sur toi <3

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  3. Ça fait plusieurs fois que je lis il est tellement magnifique ton texte coeur sur toi #vsomaxfamilly

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    1. Merci, merci de laisser un petit mot ici.
      J'espère que ça saura t'accompagner si jamais tu tombes à la mer.

      <3

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