samedi 17 mars 2018

La tristesse du café soluble

Mercredi.
Au troisième étage d'un vieil immeuble, assise à une table au bois rassurant.
Carnets ouverts, encre violette, dos courbé sur des pages à jardiner.
A ma droite, la tasse.
Couleur trompeuse.
Le doute menace mes papilles.

Rien ne me rend plus triste que le café soluble.
Je crois même que je devrais arrêter de me reposer sur une tasse de cette mauvaise idée et sortir un sachet de thé de mon sac à pois. Je devrais arrêter de m'imposer cette petite angoisse avant la première gorgée, ce goût de Sopalin mouillé, cette odeur de wagon-bar.

Rien ne me rend plus dubitative que la préparation d'un café soluble.
Je ne sais absolument pas comment faire plier mes improvisations et respecter le mode d'emploi stricte scandé sur la boîte toujours massive. J'interprète, fais voyager des cuillères impatientes et verse perplexe une eau bouillante sans surprise.
C'est toujours à partir des deux premières cuillerées que toutes mes certitudes s'écroulent. Je jauge les petits grains au fond de la tasse.
J'en rajoute.
En retire.
En rajoute encore.
Je remue, espérant la révélation sur la porcelaine.
Je relis encore le mode d'emploi.
Et interprète, encore.
Parce que oui, j'interprète.
Donnez-moi des instructions, quelques secondes et je me retrouve dans une situation périlleuse, ubuesque ou affligeante, selon l'inspiration. Les avis divergent mais le résultat est le même : je crée le chaos.
Et là, dans une simple tasse.

Rien ne m'inspire autant d'images chagrines qu'une boîte de café soluble.
Par certainement la pellicule d'un film glissé dans mon bagage visuel, ça me fait penser à un matin d'ancien détenu fatigué. Assis dans une cuisine un peu froide, pieds nus sur un carrelage abîmé, il essaie de se réchauffer d'espoirs qu'il sait vains.
La boîte de café soluble sur la table en formica, le bol seul.



Oh, vous savez quoi ?
Assise au troisième étage de ce vieil immeuble, à une table au bois rassurant, je prends la décision salvatrice de me lever.
Je laisse mes mots s'évaporer dans mes carnets, à la main la tasse au goût de regrets.
Et la jette dans l'évier, l'empreinte de cette seule gorgée dans ma bouche.

La vie est trop courte pour boire du mauvais café.

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