dimanche 11 mars 2018

Dimanche en broderie de mon clan, ma bande

Je suis souvent celle qui se réveille en premier.
Je me souviens d'un boyfriend qui avait dit qu'il ne m'avait jamais vu dormir.
A chaque fois que je me réveille le dimanche matin, dans la maison de B. silencieuse et figée, je repense à ça. A mon sommeil clandestin.
Puis je glisse encore plus loin sous la couette.
Pied Un, Pied Deux, Couette, Plaid Un, Plaid Deux, musique.
Très fort.
Ce matin, c'était Sonic Youth.
Pieds Un et Deux qui frottent Couette et Plaid Un, Plaid Deux exilé à l'autre bout du lit en chien de fusil.
Je n'entends jamais la porte s'ouvrir sur l'un de mes gars sûrs et une tasse de thé au lait.
Alors à chaque fois, je sursaute et râle vaguement.
J'arrache mes écouteur et remets le son.
Ce matin, c'était P.
Il s'est installé sur la couette, je lui ai donné un petit bout de Plaid Un.
Protocole classique d'un lendemain de cuite.
On n'a pas refait la soirée.
On n'a pas ri.
On a bu sans même se décrocher un regard, Tasse Une, Tasse Deux.
Yeux vides, Sonic Youth et pénombre rassurante.
Ensuite, c'est toujours B. qui arrive.
Le bon second, qui marche vite sur le parquet, si vite pour un matin, si vite une tasse à la main.
Je me glisse contre P., tend un bout de Plaid Un à B, et on reprend.
Pieds Un et Deux au milieu, Tasse Deux.
Pieds Trois et Quatre à droite, Tasse Un.
Pieds Cinq et Six à gauche, Tasse Trois.
Puis c'est le doux dernier. T.
Main qui frotte le visage, bruit de barbe.
S'assoit au bout du lit.
Je pousse avec Pied Un Plaid Deux vers lui.
Tasse Quatre, soupirs d'aise dans le matin doux.
Quand Tasse Une n'est plus qu'un souvenir, c'est le départ.

Couette, Plaid Un, Plaid deux, qui volent, volent, volent.
Pieds Un, Deux, Trois, Quatre, Cinq et Six, nus sur le parquet qui filent, filent, filent.
La musique qu'on branche.
Très fort.
Lomepal.
"Vos vies, ma musique", une loi que j'applique, dictature et douceur.
On fait du café, on fait chauffer de l'eau, on parle, parle, parle, grogne, grogne, grogne.
On fait trop griller les tartines, une fois dans le grille-pain, c'est pas assez, deux fois, c'est trop.
On râle parce qu'il nous faut un truc à bulles, de l'eau qui pique, c'est bien les trucs à bulles, l'eau qui pique, le dimanche matin.
Il y a toujours, absolument toujours qu'une seule cuillère sur la table.
"Putain, tu peux me passer la cuillère ?!".
Ça finit toujours comme ça.
On pourrait sortir plus de couverts, mais.
Non.
Je crois que ce n'est pas dans notre routine, il n'y a pas de place pour Cuillère Deux dans nos matins.

Ensuite, il y a moi qui prend un temps fou dans la salle de bain
Parce que le dimanche, c'est le jour où je fais mes expériences de meuf.
Je chante très très très fort, danse, danse, danse sur l'émail.
J'entends parfois un virulent "MAIS C'EST PAS BIENTÔT FINI ?!" si l'un de mes gars sûrs n'est pas d'humeur. Parfois un grommellement, un "Elle nous tuera", une exclamation qui à mon oreille a sonné comme "lépobusson"
Je me contente dans ces cas-là d'ouvrir le rideau de douche, de lever le menton et de brailler au plafond "Je vous aime, vous le savez ça ?", parce que généralement, ça répond à peu près à tout.
Et je reprends.
Chanter très très très fort, danse, danse, danse.

Je me maquille ensuite dans la cuisine, regarde les aiguilles tourner et crie moi aussi des trucs. Généralement aussi utiles que "Tu crois que les pingouins ont des genoux ?", comme ce matin à B.
Qu n'a pas la parade, coupe l'eau, me demande de répéter, sors de la baignoire et se colle à la porte.
Et conclut qu'il est trop vieux pour mes conneries. Suivi d'un chapelet de jurons écossais.
(Oui, les pingouins ont des genoux, selon Google. Hyper décevant)

Je les regarde arriver chacun leur tour, plus frais qu'un matin doux.
On boit du café, on refait du café, on boit du café, on refait du café.

Tasse Un, Tasse Deux, Tasse Trois, Tasse Quatre.

4 commentaires:

  1. Merci Un, je ne saurai numéroter les éléments qui me traversent en te lisant! Merci Deux ..

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  2. Merci Un : que tu sois là, maintenant, c'est inouï.
    Merci Deux : que tu m'écrives de si gentils petits mots, c'est inouï.
    Merci Trois : que tu me lises, c'est grand.

    J'espère que tout va bien pour toi.
    J'espère que tu as aimé traîner avec nous, entre lit et caféine.

    <3

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  3. J'ai aimé cette histoire, cette façon d'écrire me plaît terriblement. Elle est si naturelle.

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    1. Merci du fond du coeur pour cette visite dans mon dimanche matin <3

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