jeudi 15 mars 2018

Ce que je voulais entendre

Maintenant que nous en sommes là, je ne sais pas trop quoi faire de mes mots. Peut-être que je devrais prendre le temps de choisir un thème, un fil conducteur, un chemin. Mais je n'aime que le bazar des ateliers de bricolage, les rues perdues et les itinéraires secondaires.

Puis.
Il y a vous.
Vos messages encourageants, nos échanges stimulants, vos doutes touchants, vos parcours qui enrichissent le mien.
Vos combats.
Et vos deuils.

Il y a J., son premier message, vendredi dernier.
Sa vie balayée il y a quelques années et mes mots qui bercent.
Mes joues se colorent devant l'honneur, immense, d'être un bistouri dans cette chirurgie réparatrice.
Je prends de ses nouvelles dimanche soir, en manteau-baskets dans le canapé, en rentrant du pub.

Puis.
Mes mots se promènent sur l'après T., le bouleversement de toutes les secondes de ma vie.

J'ai beaucoup repensé depuis à ce que je voulais entendre quand j'étais sous les vagues après sa mort. Quelques échanges la semaine dernière avec certains d'entre vous, et c'est après ça que mes mots ont couru aujourd'hui.
Ce que je voulais entendre alors.


Rien.


Je ne voulais rien entendre.


Voilà, merci de m'avoir lue, à demain !





Je voudrais trouver les mots justes, quête sans limite, pour vous dire ce qui m'aurait sorti de ce domaine de la peine.
Mais je ne voulais que du rien en fond sonore, de l'absence et le monde figé.
Pas les "ça ira", les "C'est normal" ni les "on est là".
Parce qu'on ne veut pas que ça passe, parce ce qu'il n'y a rien de normal et parce qu'on ne veut pas être.
C'est l'essence de la douleur, un concentré.
Corps tremblant, lèvres serrées, mots en exil, circulation sanguine qui s'inverse et. Le vide qui creuse les veines, sanctifie chaque respiration.
Je me rappelle l'été, les gens heureux et moi qui trouvait obscène que la vie continue.

Parce que oui, la vie continue.

C'est dégueulasse, on est d'accord.

Mais la vie continue.

Il y aura l'apaisement après la colère, le repos et la douceur des premiers réveils sereins.
Il y aura les paupières baissées devant la beauté de ces jours nouveaux.
Il y aura le premier souffle enfin léger.
Il y aura.

Un futur simple dégoûtant, conjugaison d'une planète qui tourne sans lui.
Mais il y aura.

Pour le moment, ce sont les larmes au réveil, son prénom à l'oreille, son absence partout, sa présence nulle part, son ombre qu'on cherche sur le sol, sa voix qui disparaît.
Pour le moment, c'est son appel qu'on guette, sa silhouette qu'on cherche dans la foule.

Pour le moment, c'est son absence.

Pour le moment, c'est la solitude.


Pour le moment, c'est sa mort.


Je me souviens des premières légèretés, de l'indulgence retrouvée, de ce sentiment d'injustice qui disparaît.
Il faut du temps.

Evidemment.

Beaucoup de temps.

Mais on l'a, le temps, non ?
On n'a plus que ça, après la mort.

Du temps.
Pour ramasser des poussières de courage et conquérir les jours sereins.

6 commentaires:

  1. Woaw, quelle beauté. c’est très compliqué de réagir à chaud, comme ça, alors je veux juste t’envoyer tout mon amour et attendre patiemment demain pour t’en envoyer encore et encore

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    1. Douce Amélie,

      Merci de prendre le temps de m'écrire ces quelques mots si encourageants.

      J'ai hâte de partager le billet de demain avec toi, une ode aux mauvais calculs, aux bêtises colossales et à mon clan, ma bande.

      J'espère que ce billet te plaira !

      Merci encore de t'égarer ici.

      <3

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  2. Moi, je me souviens surtout de la colère. J'étais toute seule. Ca fait encore mal, même si moins qu'avant. Je le vois partout... Je l'aime encore de tout mon coeur.
    Merci pour ce doux billet.

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    1. Mon chat,
      Merci pour ton passage, fidèle au poste. Quel délice !

      Je suis en train d'écrire, de détricoter. C'est long, très long.
      Le fracas, la sidération, la colère, la douleur, la rage, l'angoisse, l'attente, l'espoir déçu.
      Les matins sans, les nuits de quête.

      Mais l'amour, toujours.
      Toujours.

      A très vite.
      Prends soin de toi.
      <3

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  3. Je me souviens du pique qui m'a traversé le coeur. Annoncer sa mort comme annoncer une banalité. Ça fait mal, ça brûle, ça sert. Les mots des gens qui ne comprennent pas. Parce que la douleur est unique, toxique.

    Merci, de compatir, prends bien soin de toi.
    Lola. ❤

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    1. Comme tu le dis, la douleur est unique.
      On ne trouvera jamais des mots universels pour l'écrire, la dire, la consoler, l'effacer ou la comprendre.
      Alors il y a les mots maladroits.

      Je ne sais pas, si je m'approche de ce que je veux écrire, en ce qui concerne la peine.

      Je veux mettre des mots là où il n'y en a pas.
      La lumière dans le chaos.

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