samedi 31 mars 2018

Au bout du fil

Je n'aime pas trop téléphoner.
Je ne sais pas tellement pourquoi.
Il y a une poignée de gens à qui j'adore parler au téléphone et d'autres dont j'esquive les appels, de vagues connaissances dont je ne maîtrise encore pas tous les codes.
Voilà, c'est dit.
Mes excuses aux concernés.

Je pense que c'est parce que je ne peux pas voir leurs visages.
J'accorde tellement d'importance aux mots et aux images que c'est compliqué de me fier seulement à leur voix et leurs mots en pantin.

Une fois ce constat établi, vous comprenez bien que les démarches administratives qui nécessitent un coup de fil...
J'ai même payé pendant quelques mois un surplus incompréhensible à ma mutuelle pour ne pas avoir à les appeler.
On en est là, oui.

Hier matin, il y a eu l'épreuve force 5 : appeler la CAF.
Je me suis échauffée. J'ai pris soin d'être dans de bonnes dispositions.
J'ai bu un thé avant, fait un pipi de sécurité comme avant de partir en expédition, remis un coup de blush, rajusté mes chaussettes et terminé ma to do list.
Aucune distraction. Aucune échappatoire.
J'ai écris une amorce d'appel sur un post-it orange.
On en est là, oui.

Et malgré les premiers mots griffonnés...
Le trac en tapant des numéros, en sélectionnant des rubriques.

M'excuser platement une fois mon interlocuteur en ligne. Alors que c'est son travail, de répondre à ma petite question.
Sourire béatement en essayant de tout faire pour qu'à l'autre bout du fil, il entende que je l'estime.
Alors je suis là, devant la fenêtre, avec une tête de ravie de la crèche.
Vous croyez que ça s'arrête là ?
Voyons...

Mon tic étrange au téléphone, celui qui fait rire les copains, les afflige parfois un peu.
Je me mets sur un pied. Flamant rose connecté.
Peut-être que mon inconscient cherche à faire de mon corps une antenne.
Ou seulement à concentrer mon malaise social dans une seule partie de mon corps.
Vous croyez que ça s'arrête là ?
Voyons...

Pied que je pose et retire du radiateur.
Bord du tapis que je lisse de mes orteils.
Faire des squats en me trémoussant, pour voir si j'ai toujours mal au dos (ouais, encore un peu).
Loucher vite devant le miroir pour voir si je peux faire l'effet Boomerang d'Instagram.


Et la conclusion, une fois le téléphone raccroché : je ne suis pas adaptée à la vie terrestre.

Et j'ai oublié 25% de la conversation.

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